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19/10/2017

Corée du Nord

 
Voyage et réflexions autour de la République Populaire Démocratique de Corée

L’énigme nord-coréenne

    Loic RAMIREZ

Par où commencer pour décrire Pyongyang ? La ville apaise les yeux du visiteur. Aucune publicité, aucune enseigne commerciale, aucune affiche vendant tel ou tel produit, aucune agression visuelle. Le calme des rues et des grandes avenues en fin d’après-midi est agréable lorsqu’on connait le chaos des centre villes des grandes cités européennes aux heures de sortie de travail. Par la fenêtre du minibus je regarde les gens qui marchent sur les trottoirs, attendent le tramway, les enfants qui se tiennent par la main, sourient et s’amusent. Des scènes ni plus ni moins banales que celles qui se jouent à Paris, Madrid ou ailleurs. Mais dans cette capitale, sans doute la plus décriée au monde, il semble nécessaire de souligner ce quotidien fait des mêmes petites choses qu’ici. Il faut dire que puisque la Corée du Nord « rend fous ceux qui en parlent » comme le dit le spécialiste Bruce Cummings , il est important de raconter les choses à tête reposée. Ce texte revient donc sur un voyage effectué il y a plus d’un an et demi dans ce petit pays situé à l’extrémité du continent asiatique. Le 1 septembre 2012 une délégation de 12 jeunes communistes espagnols, organisée sous la bannière des CJC (Collectifs des Jeunes Communistes), se retrouvait à Pékin. Le 4 septembre, à travers la compagnie aérienne Air Koryo, la délégation atterrissait à l’aéroport de Pyongyang. J’accompagne ce groupe pour 10 jours de visite officielle en République Populaire Démocratique de Corée plus connue sous le nom de Corée du Nord. Invitée de marque par le régime, la délégation est logée au sein du grand hôtel Chongnyon, qui appartient à la Ligue des Jeunesses Socialistes Kim Il Sung. Enorme bâtiment gris duquel on peut apercevoir une bonne partie de la ville. A l’arrivée, un programme de visite bien défini nous est proposé sur l’ensemble du séjour. La première d’entre elles, comme le veut la tradition, est le dépôt de gerbes aux statues de Kim Il Sung et de Kim Jung Il sur la colline Mansudae qui surplombe la capitale. Deux grands colosses de bronze s’imposent sur une énorme place blanche aveuglante sous le soleil d’été. Des dizaines et des dizaines de coréens s’y rendent, en groupe, pour eux aussi rendre hommage à leurs dirigeants. Quelques touristes, toujours accompagnés de guides, se prennent en photo au pied des sculptures. Toujours soucieux de respecter l’horaire du programme, nos accompagnateurs s’empressent de nous faire remonter dans le minibus qui n’aura de cesse de nous emmener aux différentes visites. L’Université Kim Il Sung, le Palais de la Jeunesse, le Théâtre du Peuple, la Tour de l’idée Juche, etc. une vision globale des différentes installations publiques de la capitale ainsi que quelques déplacements en dehors vont nous être offerts durant ce court séjour.

« On ne te montre que ce que l’on veut te montrer » me disent la plupart des gens à mon retour, soulignant la frustration que marque l’absence d’autonomie dans les déplacements. Il est certain que si l’on part du principe qu’une fois sur place tous ne sont que des figurants dans une gigantesque mise en scène visant à cacher les camps de prisonniers et l’oppression brutale d’un régime ubuesque, alors rapporter les choses vues sur le terrain n’y changera rien. Pourtant, si l’on prend pour référence les informations données ici (en Europe occidentale) sur ce qui se passe là-bas on peut, avec un minimum de recherche, se rendre compte qu’elles s’avèrent être fausses dans la plupart des cas. Par exemple, durant la coupe du monde de football de 2010, suite à l’élimination de l’équipe de la RPDC (sa qualification au Mondial relevait de l’exploit) l’ensemble des médias a affirmé que celle-ci avait subi des sanctions pour ne pas avoir remporté la compétition. « L’entraineur de Corée du Nord condamné aux travaux forcés » titre le Figaro en août 2010 . Le parisien, au même moment, affirme que « tous les joueurs - sauf deux Jong Tae-se et An Yong-Hak, nés au Japon - et l’entraîneur ont été convoqués au Palais de la Culture des Peuples pour être humiliés et insultés durant six heures par 400 individus parmi lesquels des journalistes et des dirigeants politiques » . Pourtant, en janvier 2011, dans un article publié par le journal Libération (nullement proche du régime de Pyongyang) et signé par Michel Temman on peut lire ceci : « Après un Mondial piteux, l’équipe de foot n’a pas été jetée au bagne. Elle participe à la Coupe d’Asie (...) De fait, les footballeurs nord-coréens n’ont pas été sanctionnés pour leur Mondial : 17 des joueurs présents en Afrique du Sud sont aujourd’hui au Qatar, ou la Corée du Nord débute la Coupe d’Asie des nations. « Satisfaite qu’aucun joueur n’ait été puni », la Fifa n’a pas poussé plus loin son enquête. Elle a reçu des autorités nord-coréennes et de plusieurs sources parallèles l’assurance que Kim Jong-hun (l’entraineur) n’avait pas été maltraité ni condamné à l’exil dans un bagne » .

En décembre 2013 l’annonce de l’exécution par les autorités nord-coréennes de Jang Song-Thaek est un autre exemple de la désinformation à laquelle est soumise la petite nation asiatique. Oncle du dirigeant Kim Jung Un, Jang Song-Thaek est vice président de la commission de la défense nationale lorsqu’il est démis de ses fonctions et exécuté le 12 décembre 2013 pour “haute trahison”. Selon le site FranceTVinfo.fr Pyongyang reprochait au dirigeant d’avoir commis « des actes criminels » mais également d’avoir des « relations inappropriées avec des femmes » ou encore d’avoir « mollement applaudi lors d’une réunion officielle » . A cela s’ajoute que quasiment tous les médias ont relayé les détails de l’exécution durant laquelle « Jang Song-thaek et cinq de ses bras droits auraient été déshabillés et jetés dans une cage, avant que ne soient lâchés 120 chiens, affamés depuis trois jours, sur eux. Une centaine d’officiels ainsi que Kim Jung Un auraient assisté à ce spectacle de près d’une heure » . Dévoré par des chiens pour ne pas avoir applaudi avec vigueur... le fantasme est à son comble. Pourtant, sans pour autant aller lire la version d’un quelconque journal nord-coréen, un autre son de cloche est mis à la disposition du lecteur français : Le 15 décembre 2013 le site du Courrier International met en ligne un article traduit d’un journal sud-coréen (Kyunghyang Sinmun) dans lequel les propos d’un exilé nord-coréen passé au Sud sont exposés. Extrait : « Kang Myong-do, professeur d’université réfugié en Corée du Sud, révèle que Jang Sonk-taek, oncle de Kim Jong-un et ex-numéro deux du régime de Pyongyang, récemment exécuté, avait pour but de provoquer des changements en Corée du Nord. Le Pr Kang a affirmé dans une interview, donnée à la chaîne sud-coréenne YTN le 13 décembre, avoir été en contact avec Jang Song-taek. Kang Myong-do, 55 ans, gendre de l’ancien Premier ministre nord-coréen Kang Song-san, a fui la Corée du Nord en 1994. Le Pr Kang aurait essayé de rallier à sa cause Jang Song-taek – exécuté par son neveu Kim Jong-un. Il aurait aussi effectué récemment quelques déplacements secrets en Chine et en Asie du Sud-Est pour rencontrer certaines personnalités nord-coréennes. ’De deux choses l’une, ou Jang Song-taek était écarté du pouvoir, ou Kim Jong-un était tué’ » . Sans que cela n’intervienne sur le débat autour de la peine de mort cette information offre une autre perspective sur la réaction des autorités nord-coréennes à l’égard de ce qui semblait être une menace de déstabilisation politique. Quant à l’exécution par des chiens affamés elle s’est avérée être une “blague” provenante d’un site web chinois et qui fut reprise en boucle par de nombreux médias (une sorte d’humour de répétition). Comme le souligne un article sur le site de RFI en janvier 2014 : « Cette affaire n’est pas la première ; il semble qu’avec la Corée du Nord, c’est comme si les médias oubliaient l’une des règles essentielles du journalisme : la vérification » . Jang Song Taek a, en réalité, été fusillé. Dernière boulette en date : l’annonce en août 2013 de l’exécution de la chanteuse Hyon Song-Wol (ancienne petite amie de Kim Jung Un selon les médias) pour avoir fait une sex-tape avec son compagnon du moment. « ’Ils ont été tués à la mitrailleuse pendant que les proches des victimes observaient la scène’, écrit le journal sud-coréen. Si la vision horrible de proches exterminés ne suffisait pas, Chosunilbo (journal Sud-coréen) précise que les familles du couple auraient été déportées dans des camps de travail, selon le principe nord-coréen de ’culpabilité par association’ » informe Lepoint.fr . Miracle ! Le 17 mai 2014 le site d’information RT (Russia Today), relayant une information du journal britannique The Guardian, informe que la chanteuse Hyon Song-Wol est ré-apparue à la télévision nord-coréenne lors d’un événement culturel à Pyongyang . Vivante, évidemment.

Le mois de septembre est doux à Pyongyang. Les avenues et les parcs sont fleuris et bien entretenus. De nombreux drapeaux rouges et de la RPDC ornent les trottoirs, annonciateurs de la Fête Nationale qui a lieu le 9 septembre. Une sensation d’apaisement règne dans les rues de la capitale. On voit partout des groupes de militaires, jeunes, mixtes, mais jamais armés. Ils viennent en groupe au cirque, au zoo, dans les salles de concert, etc. La nuit tombée Pyongyang s’endort sous une lumière chaude et discrète. Nous sommes loin des villes stroboscopes qui brillent de milles feux et se recouvrent d’enseignes publicitaires lumineuses. L’image d’un pays “plongé dans le noir” colle à la peau de la Corée du Nord, face à l’électrique voisine Corée du Sud. « Des images satellites révélées par la NASA montrent que le pays dirigé par le dictateur Kim Jong-un est littéralement plongé dans le noir et semble complètement isolé du reste du monde » rapporte le site d’information du 20 minutes en février 2014 . Pourtant de la fenêtre de ma chambre je vois la capitale ainsi que les voitures qui, pareils à des lucioles, sont devenues des points lumineux qui défilent le long des axes routiers. Dans un ouvrage sur l’économie de la RPD de Corée, l’auteur Benoit Quennedey relève les chiffres de production d’électricité dans le pays (selon les données de la CIA). La production d’électricité au niveau national est de 22,5 milliards de kWh en 2008 ; à titre de comparaison, la même année, le Maroc est à 19,8 milliards de kWh, l’Irlande à 27,28 milliards de kWh, le Nigeria à 21,92 milliards de kWh et l’Equateur à 16,42 milliards de kWh . On est loin d’une exception “obscurantiste”.

Toujours se référent aux chiffres la Corée du Nord possédait, en 2011 (selon le rapport de 2012 du Programme des Nations Unies pour le Développement, PNUD), une espérance de vie de 68,8 ans. Soit plus que l’Afrique du Sud (52,8) ou le Sénégal (59,3) et au même niveau que l’Ukraine (68,3) et la Russie (68,8). Toujours selon la même source, en 2008, le taux de mortalité maternelle de la RPD de Corée est de 250 décès pour 100.000 naissances. A titre de comparaison les Etats Unis ont un chiffre de 24 sur cent mille, la Chine de 38, le Cameroun de 600 et la Sierra Leone de 970 . Sur le pourcentage d’accouchements assistés par des personnels soignant qualifiés la Corée du Nord se situe néanmoins au niveau des pays les plus développés : 97%. Légèrement inférieur à la France (99%) mais au dessus des Philippines (62%) ou encore de l’Inde (53%).

Quant à l’éducation « comme dans les pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, la quasi-totalité de la population nord-coréenne est alphabétisée » rapporte Benoit Quennedey . Selon les chiffres du rapport du PNUD de 2011 le taux d’alphabétisation des adultes en RPD de Corée (soit +de 15 ans) est de 100%. Situant le pays légèrement au dessus de certaines nations nettement plus développées comme l’Espagne (97,7%) ou le Mexique (93,6%). En se basant sur un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé datant de 2010, la RPD de Corée possède une “densité de médecins” (médecins pour 10.000 habitants) équivalentes aux pays développés comme l’Allemagne ou le Royaume Uni : plus de 30 médecins pour dix mille habitants. Alors que dans le groupe de classement inférieur (à savoir entre 20 et 29 médecins pour 10 mille habitants) on trouve des pays comme le Japon ou les Etats Unis . Ainsi, malgré un bilan correcte sur certains points la RPD de Corée ne parvient pas à se détacher de l’image d’épouvantail qu’agitent régulièrement les grands médias d’information. Même un quotidien proche du courant anti-impérialiste comme l’Humanité parle d’un « royaume de l’horreur et du sadisme » sous la plume d’un certain Damien Roustel .

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Ecole maternelle de Pyongyang (2012)

“Royaume” ou “dictature” sont souvent des mots évoqués faisant fi du fait, qu’officiellement, la Corée du Nord se présente comme une “République” . Il y existe trois partis politiques : Le Parti du Travail de Corée, le Parti Social-démocrate de Corée et le Parti Chondogyo Chong-u. Les trois sont membres du Front démocratique pour la réunification de la patrie (qui dans ce cas là représente l’unique force politique du pays) . Ajoutons que selon la “Constitution Socialiste” de la RPD de Corée c’est l’Assemblée populaire suprême « constituée des députés élus au scrutin secret, selon les principes du suffrage universel, égal et direct » qui est l’organe de pouvoir supérieur de la nation. C’est cette Assemblée populaire, qui possède un mandat de cinq ans, qui élit le Président du Comité de la défense nationale de la RPD de Corée (le chef des armées). Dans ce cas précis Kim Jung Un depuis 2012. Toujours selon la constitution (article 66) « le citoyen acquiert, à partir de 17 ans, le droit de vote et le droit d’être élu sans distinction de sexe, d’origine ethnique, de profession, de durée de résidence dans le pays, de fortune, de degré d’instruction, d’appartenance politique, d’opinion politique ou de confession » . Admettons que cela ne soit que de jolis mots écrits dans de beaux textes comme peut l’être la Déclaration des Droits de l’Homme appliquée à la réalité du monde.

Alors en effet, si l’on s’attarde sur les rapports d’Amnesty International (de 2012), on peut relever, dans le cas de la RPD de Corée, l’existence « de crises alimentaires », « d’arrestations et de détentions arbitraires », de « tortures », de l’existence de la peine de mort et d’une absence « d’opposition politique connue » . De quoi confirmer cette image de dictature féroce. Pourtant, si l’on s’attarde à regarder la situation des autres pays (y compris ceux qui ne sont pas qualifiés de “dictature”) on découvre également de graves violations en matière de Droits de l’Homme. Par exemple, selon ce rapport de 2012, Amnesty International relève en France l’existence de « tortures et mauvais traitements » supposément infligés par des membres de la force publique, ainsi que des cas de « morts aux mains de la police » et « des cas de discrimination de membres des minorités ethniques et religieuses », notamment les Roms . En Grèce également Amnesty International souligne l’existence « de torture et d’autres mauvais traitements infligés dans des postes de police et des centres de détention pour migrants », « de conditions de détention médiocres et d’une grave surpopulation » dans les prisons et d’actes de racisme de la part d’agents de police . La Corée du Sud, alors qu’elle est souvent mise en avant pour pointer du doigt la déviance maléfique de sa voisine, possède pourtant des caractéristiques communes à celle-ci selon Amnesty International. Comme dans le nord la peine de mort y est maintenue, la liberté d’expression y est soumise à d’importantes restrictions et les détracteurs du gouvernement sont victimes « d’harcèlement » et de « poursuites judiciaires », tout comme le sont « les personnes qui, sans violence, exprimaient leurs opinions ou diffusaient des informations sur Internet » contraires au pouvoir . Enfin, si l’on s’éloigne de tous ces rapports et de ces chiffres mais que l’on reste dans le bon sens tout simplement, il serait difficile de faire de la RPD de Corée la nation la plus belliqueuse ou meurtrière si l’on prend en compte l’ensemble des interventions militaires orchestrées par les Etats Unis depuis le milieu du XX°siècle, la politique israélienne à l’égard de la Palestine ou l’implication de l’état colombien dans l’assassinat d’opposants et de syndicalistes. Une chose n’excusant pas l’autre, elle a au moins le mérite de nuancer les propos.

C’est ce que je vois à travers la fenêtre du minibus pendant que celui-ci roule dans Pyongyang : un pays qui n’est ni l’enfer décrit ni le paradis socialiste espéré. A l’avant du car, l’un de nos guides, Kim, prend le micro et entonne la chanson “Besame mucho” (embrasse moi beaucoup, chanson mexicaine de Consuelo Velasquez) qu’il a apprise durant ses études à Cuba. Un brin espiègle il s’amuse à emprunter les expressions typiques du parler cubain lorsqu’il s’adresse aux jeunes espagnols. A côté de moi, “Perla”, notre traductrice également, me montre une vidéo de son fils sur son portable. Elle me pose des questions sur l’Espagne et la France puis me parle du Pérou, où elle a vécu quelques années. « C’est à toi de chanter » lance Kim en tendant le micro à sa compatriote. Perla nous annonce qu’elle va nous chanter une chanson coréenne traduite à l’espagnol. « Ma bien aimée Pyongyang, tu es mon coeur, tu me manques jour et nuit, chaque fois que je me trouve loin de ma Pyongyang je t’accompagne, Pyongyang, Pyongyang... » .

Loïc Ramirez

mai 2014

Photos : Archives de l’auteur - Rues de Pyongyang en septembre (2012)

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Groupe de jeunes communistes des CJC avec leur deux guides : Perla et Kim (2012)

14/10/2017

Francis Cousin (la stratégie du Capital)

No comment...

24/08/2017

"Les droits de l'homme" vus par Bruno Guigne...

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La supercherie du droit-de-l’hommisme
Hormis les réactionnaires qui pensent que les hiérarchies sociales sont fondées en nature et qu’il y a des hommes faits pour commander et d’autres pour obéir, tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut défendre les droits de l'homme. Mais il faut admettre que les uns et les autres ne parlent pas de la même chose. Si l'on entend par cette expression la possibilité pour chacun de jouir du bien commun, alors l'accès à l'emploi, au logement, aux soins et à l'éducation fait partie des droits de l'homme - ou des droits humains, ne jouons pas sur les mots - au même titre que la liberté d'expression ou le choix de son orientation sexuelle. Prendre au sérieux les droits de l'homme, c'est y inclure les droits collectifs, c'est-à-dire la possibilité de vivre dans des conditions matérielles décentes.
Les militants des droits de l'homme, pourtant, ne s'intéressent qu'aux droits individuels et délaissent ostensiblement les droits collectifs. Que des individus soient emprisonnés ou empêchés de s'exprimer par des gouvernements autoritaires leur est insupportable, mais que des masses d'affamés subissent la loi d'airain du capital mondialisé leur est indifférent. Leur compassion pour l'humanité souffrante est étrangement sélective. Ils ne se mobilisent que pour des minorités ou des individus isolés, ils agissent au cas par cas en sélectionnant les individus ou les groupes qu’ils jugent dignes de leur attention, et on ne les voit jamais prendre fait et cause pour une classe socialement opprimée.
Le vocabulaire de la plupart des ONG - majoritairement anglo-saxonnes - en témoigne clairement. Elles entendent combattre la discrimination et non l'exploitation, l'exclusion et non la pauvreté, la privation de liberté infligée à quelques-uns et non la misère imposée au grand nombre. Leur philosophie est celle de l'individualisme libéral, qui ne connaît que des individus porteurs de droits et se soucie peu de savoir s'il y a parmi eux des riches et des pauvres. Ne parlons pas de la lutte des classes, ce gros mot qu'elles ne veulent même pas entendre prononcer. La seule lutte qui compte à leurs yeux, c'est celle qui vise à aligner des individus abstraits sur un standard restreint aux libertés formelles - et individuelles - en oubliant allègrement que ces libertés n’existent que sous certaines conditions.
Pour tout dire, le droit-de-l'hommisme ordinaire occulte le fait que ces libertés individuelles ne sont effectives que si les droits collectifs sont garantis par des structures sociales qui les favorisent. En d'autres termes, les droits individuels ne sont réels que si les individus sont correctement nourris, logés, éduqués et soignés, et ces conditions ne sont réunies à leur tour que si un rapport de forces entre classes sociales les inscrit dans la durée. Bref, les droits-de-l'hommistes oublient tout bonnement que les individus ne sont rien sans la société et que les droits individuels dont on réclame l'application ne sont que du vent si la société est divisée en dominants et dominés.
Cette indifférence aux conditions d'exercice des droits dont ils font pourtant leur fonds de commerce n'est pas étonnante. Petits-bourgeois des pays riches, les défenseurs des droits de l'homme défendent les droits dont ils jouissent, dont ils pourraient jouir ou dont ils voudraient que jouissent ceux qui leur ressemblent. Pourquoi dépenseraient-ils leur énergie à lutter contre la faim dans le monde quand leur assiette est pleine ? Pourquoi se battraient-ils pour l'appropriation collective des richesses puisqu'ils n'ont aucun problème de fin de mois ? En luttant pour les droits de l'homme, ils aspergent d'eau bénite leurs états d'âme de nantis que leurs conditions d'existence n'amènent jamais à interroger les ressorts de l'oppression et de l'injustice qu'ils ont constamment à la bouche, mais sans savoir de quoi ils parlent.
Que les pauvres soient pauvres importe peu à leurs yeux, car les pauvres revendiquent en général autre chose que la reconnaissance de droits individuels rendus impossibles par l'absence de droits collectifs. Lorsque l'extrême richesse côtoie l'extrême pauvreté, revendiquer la liberté d'expression avec un minimum de sérieux impliquerait d'exiger l'expropriation des capitalistes qui contrôlent la presse afin de créer les conditions d'une information plus objective. Mais on n'a jamais entendu un droit-de-l'hommiste formuler ce genre de revendication. Le contrôle des médias ne s'expose à sa foudre vengeresse que s'il est exercé par de méchants dictateurs qui défient le nouvel ordre mondial. Pour les autres, il n'y a pas de problème.
Sélective, cette indignation pseudo-humaniste choisit ses victimes. Les autres peuvent crever. Lors de la chute du communisme, en 1991, les organisations droits-de-l'hommistes ont crié victoire. L'idéologie des droits de l'homme ayant été inventée pour lutter contre l'URSS, cette victoire finale sembla consacrer leur vision du monde. Mais aucune de ces organisations n'a souligné que les prisons soviétiques étaient vides depuis longtemps et que le totalitarisme dont la philosophie politique des années 70 faisait un mal absolu était une coquille vide. On ne s'émut pas davantage, chez les humanistes, en constatant que sous la présidence Eltsine (1991-2000) l'espérance de vie régressa de dix ans sous l'effet des réformes structurelles dictées à la Russie par le FMI. C'est normal. Les petits vieux qui meurent en masse dans le paradis capitaliste n'intéressent pas les défenseurs des droits de l'homme.
L'humanité souffrante dont se soucient des ONG pétries d'humanisme se résume à un agrégat indistinct d'individus abstraits, atomisés, dont le sort n'est intéressant que s'il témoigne d'une violation de leurs droits individuels, de préférence dans un pays exotique dont le procès est instruit par la doxa occidentale. Mais on n'a jamais vu “Amnesty International” - dont le seul intitulé relève de la publicité mensongère - s'insurger contre le fait que 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, ou que des centaines de milliers d'ouvrières sont surexploitées par les multinationales occidentales dans les “maquiladoras” de la frontière mexicaine. On répondra sans doute que ce n'est pas l'objet social de cette organisation, et je répondrai à mon tour que c'est précisément le problème sur lequel il convient d'insister.
Cette triple sélectivité dans le choix des droits en question, des individus concernés, et enfin des pays sur lesquels on braque le projecteur, explique donc beaucoup de choses. Elle explique que l'on fasse le tri parmi les victimes en évitant soigneusement d'incriminer les structures - celles de l'exploitation capitaliste mondialisée – qui sont responsables de 90% des malheurs qui frappent l'humanité. Elle explique aussi la fascination des ONG droits-de-l'hommistes pour la défense des LGBT. La lutte contre les discriminations qu'ils subissent est légitime, mais il faut être lucide sur l'effet de cantonnement qu'elle génère. Car cette cause, aux yeux du droit-de-l'hommisme petit-bourgeois, présente l'avantage de transcender la division sociale, d'évacuer la question des rapports de classe, bref de conférer à la lutte pour les droits humains une universalité abstraite qui sert les intérêts dominants.
La sélectivité du droit-de-l'hommisme permet aussi de comprendre pourquoi la condamnation des violations incriminées épouse toujours un axe nord-sud. Aucune ONG vénézuélienne ne mène campagne contre la mainmise d'une poignée de milliardaires sur la quasi-totalité des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occidentales dénoncent sans relâche les violations de la liberté de la presse au Vénézuéla, alors que la presse, loin d'y être opprimée par le pouvoir, appartient à une poignée de capitalistes qui combattent le gouvernement. Machine de guerre contre les Etats récalcitrants, le droit-de-l'hommisme bénéficie donc de financements colossaux, à l'image de ces “Casques blancs” qui jouent au djihadiste côté cour et au brancardier côté jardin grâce aux 15 millions de dollars versés par des fondations britanniques. Moyennant une trousse à maquillage, ils arrivent même à fabriquer des victimes pour émouvoir le populo scotché devant les petites lucarnes.
Ces exemples montrent également que la fonction expresse de l'idéologie droit-de-l'hommiste - servie par ces appareils idéologiques de masse que sont les ONG - est de saper la souveraineté des Etats qu'elle a pris pour cibles. De la fondation de George Soros aux officines qui participent aux conflits armés sous couvert d'action humanitaire en passant par les révolutions de couleur organisées de l'étranger, la galaxie droit-de-l'hommiste intervient partout, distribuant subventions, éléments de langage et certificats de moralité à qui-mieux-mieux dans le seul but de semer le désordre dans des pays dont la liste est fournie par la CIA et dont le seul tort est de faire obstacle à l'hégémonisme occidental. La Russie en sait quelque chose, et on comprend qu'elle ait neutralisé cette poignée d'exhibitionnistes à moitié débiles (Femen) dont l'activisme desservait les intérêts du peuple russe.
Savamment orchestrée au nom des droits de l'homme, toute cette agitation a pour but de vider de sa substance le droit des peuples à s'organiser comme ils l'entendent. Dirigée contre le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, cette ingérence fait peser une menace d'implosion sur les sociétés dont l'essor ou la résistance déplaît à Washington, Londres ou Paris. Pratiquée à grande échelle, l'intervention militaire chez les autres n'a pas toujours donné les résultats escomptés. Elle est désormais remplacée par cette épée de Damoclès planant sur la tête de tous ceux qui osent défier l'Empire et contester le monopole du dollar. Faute de pouvoir vitrifier ses opposants étrangers à l’arme lourde, un Occident arrogant brandit alors l'étendard de l'internationalisme humanitaire. Relayé par un gauchisme qui dissout ses illusions perdues dans le pathos et oublie Trotsky avec BHL, il agite frénétiquement le miroir aux alouettes des droits de l'homme, éblouissant beaucoup de bonnes âmes qui ne voient pas que cette idéologie est le faux-nez de l'impérialisme.
L'Occident a beau croire qu'il a découvert la pierre philosophale, la conception des droits de l'homme, pourtant, n'est pas univoque. Pour les Chinois, le premier des droits est celui de ne pas mourir de faim. Cette priorité n'est pas celle de la gauche occidentale, sinon elle mobiliserait davantage d'énergie à lutter contre la faim dans le monde qu'à promouvoir les droits des minorités. Mais cette divergence n'est pas une raison suffisante pour dire que les idées chinoises ne valent rien. “A plusieurs, nous sommes moins sujets à l'erreur que lorsque nous sommes seuls à décider”, disait Aristote. On veut bien admettre qu'un milliard 379 millions de Chinois puissent se tromper, mais on peine à croire que ce soit le cas tout le temps, d'autant que leur pays qui était un champ de ruines en 1949 est aujourd'hui la première puissance économique du monde. A défaut de quelques coups bien mérités sur le museau, un peu d'humilité éloignerait homo occidentalis de son penchant indécrottable à donner des leçons à la terre entière.
 

10/08/2017

Résister à l'obligation vaccinale.

 

Site du Pr Joyeux...

06/08/2017

Venezuela

21/06/2017

Alors?

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09/06/2017

Le futur qui nous est promis , selon Attali...

Attali : « La démocratie a échoué, maintenant ça suffit, on met de l'ordre ».

Jacques Attali, éminence grise du Pouvoir en France, porte-parole de la finance, conseiller de tous les présidents, parrain d’Emmanuel Macron, déclare sans ambage que la démocratie est un leurre, que l' Europe nous est imposée, que l'État d'urgence restera permanent et que l'Homme deviendra peu à peu un robot marchandisé !

Au moins c'est clair...

Petit montage vidéo de Vox Plebeia

28/05/2017

L'agrochimie en action...

 

 

 

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La FNSEA veut faire disparaître les petits cours d’eau de nos cartes...

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