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10/10/2026

Emmanuel Todd et le Vaisseau fantôme

Emmanuel Todd : « La Dislocation », ou l’Occident en vaisseau fantôme



« Et si l’Occident était devenu une sorte de vaisseau fantôme errant dans l’histoire ? » La question ouvre le nouveau livre d’Emmanuel Todd, La Dislocation, paru le 24 septembre chez Gallimard. Après Après l’empire et La Défaite de l’Occident, traduit dans 25 langues, l’historien et démographe poursuit son diagnostic du déclin occidental. La forme est nouvelle : pendant un an, à intervalles réguliers, il s’est entretenu avec la journaliste Diane Lagrange sur l’état du monde, des États-Unis à l’Iran en passant par la France, l’Allemagne, la Russie, la Chine, le Japon et Israël. Le livre livre ainsi une pensée en train de se faire, confrontée chaque semaine à l’actualité. Emmanuel Todd dit d’ailleurs que cette conversation avec une interlocutrice « bienveillante et rigoureuse » l’a contraint à une forme d’« honnêteté absolue ».

Le « stade zéro » de la religion

Le cœur de sa grille de lecture reste religieux. Emmanuel Todd distingue 3 stades. Au stade actif, les gens croient et pratiquent. Au stade « zombie », ils ne croient plus, mais des idéologies civiles (socialisme, communisme, nationalisme) prennent le relais et maintiennent les valeurs collectives héritées de la religion. Au « stade zéro », enfin, ces valeurs ont disparu, et avec elles la capacité d’une société à s’organiser et à agir collectivement. C’est là, selon lui, que se trouve la cause profonde de la dislocation actuelle.

La ferveur qui a entouré la visite de Léon XIV en France ne le fait pas changer d’avis. Le nombre d’ordinations continue de baisser, et les préceptes catholiques sur la naissance, le mariage ou la mort ne sont plus suivis. Il voit dans les grands voyages pontificaux, qui se sont multipliés à mesure que reculait l’emprise de l’Église, un symptôme du stade zéro plutôt qu’un retour du religieux. Dans une religion vivante, rappelle-t-il, ce n’est pas le pape qui part en tournée : ce sont les fidèles qui vont en pèlerinage.

L’historien affine pourtant son modèle. Il constate que les pays de tradition protestante sont atteints d’une russophobie qu’il juge « pathologique », alors que l’Italie ou l’Espagne, de tradition catholique, y échappent largement. Il y voit la trace d’un catholicisme sensible à la beauté du monde, à la différence d’un protestantisme plus dur. Comme le zéro ne peut pas avoir plusieurs degrés, il avance désormais l’idée que le protestantisme serait passé directement à un stade « moins un ».

La gérontocratie et le « grand ralentissement »

2e source de pessimisme : le vieillissement. L’allongement de la vie est un progrès formidable, reconnaît Emmanuel Todd, mais il a produit des sociétés très âgées, où une part croissante des ressources va aux retraites et aux soins des plus vieux, pendant que les jeunes générations sont étranglées. Et ce sont ces générations âgées qui tiennent la démocratie par le vote.

Une découverte l’a surpris : la France serait la gérontocratie la plus marquée d’Europe, alors que sa population est moins âgée que celle de l’Allemagne, de l’Italie ou du Japon. Dans ces pays de tradition autoritaire, la démocratie comporte des correctifs. En France, berceau de la démocratie, l’électorat âgé exerce au contraire un pouvoir sans partage.

Il forge le concept de « nouveaux vieux ». Autrefois, les personnes âgées restaient tournées vers l’avenir à travers leurs enfants et petits-enfants. Il imagine aujourd’hui une génération issue de Mai 68 pour qui seul compte le présent. L’idée lui est venue au Japon, près de Fukushima, devant un vieux paysan resté dans une ville à moitié désertée après la catastrophe nucléaire, qui disait ne plus se soucier des radiations à son âge.

D’où cette formule : la France vit moins un « grand remplacement » qu’un « grand ralentissement ». Tout ralentit avec le vieillissement, y compris, admet-il, l’assimilation des immigrés.

Des classes populaires devenues « exploiteuses »


C’est, dit-il, la partie qui lui a été la plus douloureuse à écrire. Ancien militant communiste, qui avait des amis ouvriers chez Renault à Billancourt, Emmanuel Todd cherche à comprendre pourquoi les milieux populaires votent aujourd’hui à droite dans tout l’Occident. Sa réponse est marxiste. La mondialisation a délocalisé la classe ouvrière en Chine et en Europe de l’Est. Les pays occidentaux, devenus des sociétés de consommateurs plutôt que de producteurs, maintiennent leur niveau de vie grâce au travail mal payé des ouvriers chinois ou des enfants du Bangladesh. En termes économiques, les classes populaires françaises, tout en restant dominées dans la société française, sont donc aussi, en un sens, des exploiteurs. Cette analyse vaut pour les électeurs du RN comme pour ceux de LFI, envers laquelle il dit pourtant se sentir le plus proche.

Les États-Unis, puissance nihiliste


Les États-Unis sont au centre du livre. Emmanuel Todd y voit 2 dimensions simultanées. D’un côté, une puissance en déclin mais encore rationnelle, qui cherche à limiter la casse : la volonté initiale de Donald Trump de sortir de la guerre en Ukraine, ses manœuvres au Venezuela, à Cuba ou au Groenland, et même la brutalité envers les alliés européens relèveraient de la diversion. De l’autre, une « pulsion nihiliste », un besoin de guerre sans rationalité, né de l’effondrement des valeurs protestantes. Il cite l’attaque contre l’Iran et l’enlèvement de Nicolás Maduro, une opération réussie qui, selon lui, a permis aux Américains d’oublier leurs propres faiblesses.

Il établit un parallèle avec l’Allemagne d’avant le nazisme, le pays le plus avancé d’Europe, aux universités inégalées. Selon lui, la Shoah a été rendue possible notamment parce que personne n’imaginait jusqu’où pourrait aller le régime. Le vrai danger serait aujourd’hui le même : un manque d’imagination face à une Amérique imprévisible. Il va jusqu’à comparer Donald Trump à Hitler, avec l’aide d’une intelligence artificielle, un rapprochement que Diane Lagrange juge excessif dans le livre même. Proche du monde anglo-américain, formé à Cambridge et fils d’une mère réfugiée à Hollywood, il se présente comme « le dernier des libéraux » et « le dernier des Occidentaux » : « Je ne suis pas le dernier des Mohicans. Je suis le dernier des Occidentaux. »

L’Allemagne, la Russie et le risque de guerre

L’historien s’inquiète surtout du basculement de l’Allemagne. Sous Friedrich Merz, elle aurait rejoint le camp du « nihilisme franc » en cherchant à relancer une industrie privée du gaz russe par la militarisation de son économie. Si elle produisait des drones par centaines de milliers pour l’Ukraine, le risque serait que les Russes « perdent leur calme ».

Car, à rebours du discours dominant, Emmanuel Todd décrit une Russie « rationnelle, défensive et froide », qui ne veut ni ne peut envahir l’Europe. Selon lui, elle chercherait à aller jusqu’à Odessa, peut-être jusqu’au Dniepr, et à réduire l’Ukraine à un État croupion, mais pas au-delà. En cas d’envoi de troupes européennes en Ukraine, il n’exclut pas une guerre très courte, menée à coups de missiles hypersoniques contre les industries militaires d’Europe de l’Ouest. Il précise qu’il s’agit d’un scénario qu’il imagine pour mieux l’éviter, et non d’une prédiction. Il estime la guerre en Ukraine gagnée par la Russie et avance une hypothèse grave : les dirigeants européens redouteraient la paix, qui les obligerait à rendre des comptes. Il récuse toute étiquette pro-Poutine : il se dit « français et rien d’autre ».

Élites, journalistes et universitaires

Le livre n’épargne pas les élites, ces énarques et diplômés pour qui la vie a toujours été simple, ces « milliers de François Hollande » qui pourraient demain affronter des situations terribles. Fils du grand reporter Olivier Todd, mort récemment, il se montre sévère envers les journalistes, dont il dénonce le déclin intellectuel et moral : son père, rappelle-t-il, lisait des livres avant de partir en reportage. Il regrette aussi le silence des universitaires, sociologues et historiens, qui devraient éclairer le débat public.


Les angles morts : l’intelligence artificielle

Emmanuel Todd reconnaît ce qu’il n’a pas vu. L’intelligence artificielle, qu’il utilise lui-même pour ses recherches sur la naissance de la civilisation à Sumer, n’est pas au cœur du livre. Il en voit les bienfaits, comme la traduction automatique, mais parie que ses effets destructeurs seront plus forts dans les sociétés déjà atomisées comme les États-Unis que dans les régimes autoritaires, plus capables d’en maîtriser les effets.


Un « souverainisme inclusif »


Le livre se termine sur une note moins sombre. Sur l’assimilation, Emmanuel Todd admet, face à une Diane Lagrange plus pessimiste, avoir surestimé les capacités d’intégration de la société française. Il défend un « souverainisme inclusif » : un retour à la nation qui intégrerait d’emblée, comme des Français à part entière, les enfants et petits-enfants d’immigrés musulmans. Il se sait presque seul sur cette ligne. Mais il ne perçoit pas, dans les relations entre les gens, la haine religieuse ou ethnique décrite à la télévision, et il veut croire que les Français auront le bon réflexe face à une véritable crise. Il emprunte à Marx et Engels un « optimisme catastrophiste » : l’histoire est faite d’effondrements et de redémarrages. Le génie de la France, conclut-il, serait peut-être de devoir toucher le fond pour mieux se relever.

La Dislocation. Conversations avec Diane Lagrange,
Emmanuel Todd, Gallimard, collection « Hors série Connaissance », paru le 24 septembre 2026.

02/02/2026

Femen canal historique (Oksana)

1/Extrait de l'article du Zéphyr du 7 février 2019 par Jacques Tibéri

Plongée en abyme dans l’histoire d’Oksana Chatchko, artiste ukrainienne, dissidente politique et cofondatrice des Femen, qui a mis fin à ses jours fin juillet 2018, à Montrouge, près de Paris.


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La militante, né le 31 janvier 1987, laisse un testament politique, dénonçant l’hypocrisie de la société et des hommes. La veille de sa mort, elle poste sur Instagram un ultime message : You are fake.

Les nécrologies de quelques lignes publiées le lendemain de sa disparition m’étonnent : lapidaires, bâclées, froides. Cette icône médiatique de la fin des années 2000, que sa meilleure ennemie, Inna Shevchenko, avait décrit, dans un hommage posthume, « comme une des femmes les plus remarquables de notre époque », méritait mieux.


J’ai donc cherché à comprendre son art et son geste. Je me suis hasardé dans sa tête d’artiste-activiste. Qui était cette petite brune discrète au visage de tragédienne, souvent à part dans un univers de grandes blondes, et qui cachait, sous son allure de frêle adolescente, une haine viscérale ? Qui étais-tu, Oksana ?

Khmelnytsky, son église de la Nativité, son monument aux victimes du pogrom de 1919, ses usines textile, sa centrale nucléaire. Oksana dû grandir dans une des tours de béton, de verre et de vert-de-gris qui barrent le ciel de ce trou soviétique, banal à crever. Ici, il n’y a pas de culture. Sauf dans l’église orthodoxe. Oksana marche à peine qu’elle s’y rend déjà, la main dans celle de sa mère. Avec ses icônes dorées, c’est l’unique lieu du beau.

Ses parents triment à l’usine, prient à l’église, marchent droit. Elle aime peindre. Sa mère y voit un don. Nous sommes en 1994. Oksana a 8 ans et, avec la fin du monde soviétique, tout s’écroule autour de sa petite famille. Les usines ferment. Pas de travail, ni d’argent. Tout manque. Et ce père qui boit les maigres revenus du ménage. Peut-être devient-il violent.

C’est alors que sa mère voit dans le don d’Oksana une chance de la sauver. Elle l’a présente aux Popes, avec l’espoir fou de la faire entrer à l’école d’art Nikosh, réputée pour son enseignement de la peinture d’icône, mais strictement réservée aux adultes. Ils feront une exception pour ce petit génie au pinceau si mature. Un des enseignants décide même de s’accaparer l’enfant, lui interdisant de visiter d’autres cours de dessin que celui d’iconographie. « Ils ont dit que cela détruirait mon talent » raconterait-elle à Armelle Leturcq du magazine Crash, en novembre 2017. À 10 ans, la gamine, qui peint déjà dans les églises, n’y voit rien à redire.

Désormais, la vie d’Oksana ne tourne plus qu’autour de la religion. À 12 ans, l’ado ne s’imagine pas d’autre avenir que celui de nonne. Au seuil de l’an 2000, elle apprend l’heureuse nouvelle à ses parents : elle va épouser Jésus et rejoindre le couvent. Sa mère est anéantie. On organise une grande réunion de famille pour la raisonner. Elle abandonne son projet, à regret. « J’étais une enfant très raisonnable. Tout le monde disait que j’étais née adulte. » Ce drame familial restera un paradoxe pour elle. « Mes parents sont croyants, ils vont à l’église, mais ils refusent que je devienne nonne. Je n’ai pas compris. »

Est-ce là l’hypocrisie originelle qu’elle combattra toute sa vie ? Je me demande si elle ne doit pas plutôt sa haine au choc de découvrir, quelques mois plus tard, que l’église, sa seconde maison, sa seconde famille, n’était qu’un « fucking big business », entre les mains de prêtres-phallocrates ?


Nouvelles perspectives

Deux ans ont passé. Elle ne peint plus que pour de l’argent. À 14 ans, Oksana déteste autant les prêtres que ces ploutocrates nouveaux riches qui pillent l’Ukraine. Paumée dans un Khmelnytsky à l’abandon, elle cherche un sens à sa vie. Lasse, elle commet sa première tentative de suicide.

Sauvée par sa mère, elle quitte alors l’église pour s’inscrire aux conférences de philo de l’Université d’État Skovoroda : une institution libre et gratuite, dernier vestige de l’Union soviétique.

Là, elle découvre le « Centre nouvelles perspectives » (CNP). Entre think tank et syndicat, ce club étudiant brasse les idées. Elle y fera les rencontres les plus importantes de sa vie. Celle d’Anna Hutsol, de trois ans sa cadette, et d’Alexandra Shevtchenko – dite Sacha. Au début, sa foi résiste : « Je leur disais que Dieu existe, et j’ai tenté de le leur prouver. » Mais, très vite, elle se dira athée.

Sa nouvelle bible s’intitule La Femme et le socialisme de l’Allemand Auguste Bebel (1891). On y lit : « La femme est adjurée de ne pas rester en arrière dans cette lutte (…). C’est à elle qu’il appartient de montrer qu’elle est résolue à y prendre part. »

Le CNP ne suffit plus. Les trois s’enrôlent aussi dans les Komsomol, les jeunesses d’un parti communiste moribond. Là, on leur assigne la mission héroïque de récurer les fientes de pigeons qui souillent les statues de Lénine. Nostalgiques d’une enfance soviétique qu’elles n’ont jamais connue, du goût des mandarines et du chocolat Tikli, elles cultivent leur haine des happy fews et du bling-bling.

C’est alors qu’éclate la Révolution orange, portée par Viktor Iouchtchenko et Yulia Timochenko. Soutenue par l’Ouest, elle offre la victoire au duo progressiste. Dans ce climat de révolte, le gang intello, désormais hébergé dans les locaux du PC, s’étoffe. Elles sont notamment rejointe par Viktor Sviatski, fondu de marketing politique, qui se pose en idéologue.

Il mène la campagne municipale de 2006 à l’ancienne… et récolte 3 % des voix. De cet échec, Sviatski tire une leçon : le PC est mort, il faut changer de crémerie. On se rapproche alors du parti social-patriotique Grande Ukraine, fondé par le banquier Igor Berkut. Là, Sviatski professe le rapprochement entre machisme et capitalisme, entre diktat libéral et patriarcat.

Nouvelle éthique

2006. Oksana a 19 ans. Elle co-anime le groupuscule marxiste-féministe « Nouvelle éthique ». Son manifeste affirme que « le corps doit être le symbole du combat pour la liberté de la femme ». Les trois filles multiplient les flashmobs costumés.

Un soir, la petite bande, réunie chez Anna, renomme « Nouvelle éthique » en « Femen » (cuisse en latin) : un nom européen qui sonne bien et évoque l’égalité parfaite entre femmes et hommes. Sviatski lui trouve des financeurs : Andrei Kolomiets, cadre de la formation Grande Ukraine, la femme d’affaires allemande Béate Schober, le magnat américain de la presse Jed Sunden et DJ Hell.

J’imagine que ses cibles étaient : 1/ le capitaliste occidental libidineux venu s’acheter une Natacha contre la promesse d’une vie facile. 2/ la horde des machos turcs, touristes sexuels bien connus, qu’elles qualifient de sadiques méritant la peine de mort. Son slogan sera « l’Ukraine n’est pas un bordel », les relents xénophobes ne la gênent guère.

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Destination Kiev

Le 24 août 2009, jour anniversaire de l’indépendance ukrainienne, Oksana proteste en bikini dans une fontaine de la place principale de Kiev, Maïdan, oublie sa gêne et offre pour la première fois sa poitrine au public, au cri de « Cessez de vendre l’Ukraine ! » Premier succès. Son corps devient son arme.



Dès lors, Oksana parfait son iconographie artiviste-extrémiste et le logo Femen. Elle forge l’image de marque du groupe : une jeune femme, topless, couronne de fleurs dans les cheveux, poing levé, regard noir. Un personnage symbolique, ludique et érotique, qui évoque à la fois l’imagerie catho (bras en croix, couronne christique sur le front) et révolutionnaire (La liberté guidant le peuple, de Delacroix).

Pendant ce temps, les Femen recrutent plus de 300 membres, dont Inna Shevchenko. Sous la férule de Viktor Sviatski, de plus en plus pervers-narcissique, Oksana peint des seins à la chaîne, milite par tous temps, jusqu’à -10°. Il les insulte, les gourouise, les manipule, espérant, selon ses dires, que « grâce à son comportement patriarcal, elles refuseront le système qu’il représente ». Comme le montre la documentariste Kitty Green, les filles acceptent ce comportement, considérant qu’elles « n’auraient jamais pu créer une idéologie aussi forte si elles n’avaient pas vu de près cet exemple fou de patriarcat ». L’ambiance est schizophrène.

La lutte se durcit, alors que la campagne présidentielle de 2010 bat son plein. Le poutinien Ianoukovitch revient, judicieusement conseillé par Paul Manafort, le futur directeur de campagne de Donald Trump. Face à lui, Iouchtchenko et Tymochenko, alliés d’hier, s’opposent. Dans cette bataille, les Femen renvoient les deux camps dos à dos : « La corruption est à tous les étages. »

Victorieux, Ianoukovitch instaure un état policier. Le SBU, sa police politique, traque les militantes des Femen. Arrestations arbitraires, interrogatoires musclés, clandestinité. La farce artistique tourne à la guérilla. Mais Oksana est « psychologiquement prête à être défigurée ou tuée », affirmera-t-elle à la journaliste de Crash Magazine.arrestation policière
Décembre 2011, Minsk, en Biélorussie

L’autoritaire Alexandre Loukachenko fête le premier anniversaire de sa réélection truquée. Devant le siège du FSB, Oksana, Inna et Sasha font leur show puis s’en vont. Je crois qu’elles ne sentaient pas cette opération, trop risquée. Encore une idée de Viktor, selon moi. Le soir, sur le quai de la gare, un groupe d’agents les empoigne : jetées dans un fourgon, tabassées, tondues, badigeonnées d’iode, menacées de mort, elles sont finalement abandonnées au fond de la forêt de Homiel, en Biélorussie, sous la neige, à une heure de toute civilisation. Cette nuit-là, Oksana voit la mort. Cet épisode marquera la fin du règne de Victor Sviatski.

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Paris 2012

Quelques mois plus tard, début 2012, le bataillon de femmes repart à l’assaut, coupant à la scie électrique une croix de bois en plein centre de Kiev, pour dénoncer l’arrestation des Pussy Riots. En représailles, la police politique perquisitionnent l’atelier d’Oksana et déclarent y avoir “trouvé” des fusils, des grenades et un portrait de Poutine en forme de cible. Harcelée, menacée, Inna fuit l’Ukraine, Oksana aussi. .../

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2/Article de Marie Vaton daté du 21 septembre 2017

"Femen, histoire d'une trahison"
le récit d'un gâchis monumental

Dans une enquête implacable, le journaliste Olivier Goujon raconte comment les fondatrices du mouvement en ont été brutalement dépossédées.


L'histoire est faite d'imposteurs. On se souvient d'Inna Shevchenko, l'égérie des Femen. Son air de garçon manqué renfrogné et décidé, sa blondeur platine sous les couronnes de fleurs. Son torse nu, sa poitrine peinte, son poing levé vers le ciel font désormais partie pour toujours de l'inconscient collectif. Dans l'objectif des photographes, dans les yeux du grand public, sa silhouette guerrière a imprimé et imprimera pour longtemps encore la marque Femen aux yeux du monde. Mais dix ans après sa création, le mouvement est aujourd'hui mourant.

A part une poignée de journalistes et de sympathisants, tout le monde a oublié qu'au départ, les Femen, ce n'était pas Inna ni sa fascinante armée d'amazones dépoitraillées. Cinq ans avant que le mouvement arrive en France et se dénature complètement, broyé par la main de fer d'Inna, il y eut les plaines d'Ukraine et les bars enfumés de Kiev où trois jeunes femmes "belles et rebelles" se rencontrent autour des textes d'August Bebel, chantre du féminisme révolutionnaire. Elles s'appellent Anna Hutsol, Sacha Shevchenko et Oksana Shachko et viennent d'avoir une intuition fulgurante pour déringardiser le féminisme militant.



Cette histoire originelle des Femen, c'est celle qu'a voulu retracer le reporter et photographe Olivier Goujon, auteur, chez Max Milo, de "Femen, histoire d'une trahison". Lui qui, dès le début, eut l'intuition d'assister à la genèse d'un mouvement historique, a suivi les pas des Femen de Kiev jusqu'à l'arrivée d'Inna à Paris en 2012. Dans une implacable refonte de la "légende" des Femen, il s'applique à réhabiliter le rôle d'Oksana et Sacha, les deux cofondatrices historiques injustement et violemment écartées de l'histoire officielle par Inna et ses consœurs.
Du panache et des coups bas

L'enquête minutieusement documentée qu'il a menée se lit comme un scénario de film, avec des intrigants, des profiteurs, d'habiles politiciens et des fonctionnaires corrompus, des espions russes à Montmartre et des fachos en faction, de vraies et fausses cavales, des gardes à vue et des bleus sur les corps et dans les âmes. Il y a du panache et des coups bas, des gagnants manipulateurs et des perdants magnifiques, tout cela au fil d'effarants imbroglios et de pathétiques tentatives de récupération, sur fond d'un mouvement miné de l'intérieur et soumis aux humeurs d'Inna et de sa cour de soldates embrigadées.

Car son "Histoire d'une trahison" est d'abord l'histoire d'un gâchis monumental, fait de harcèlement moral sur personnes vulnérables, d'ego trip malsain et de mise en danger d'autrui. C'est une histoire triste, que n'ont pas voulu voir les journalistes à l'époque, parce que la réalité ne collait pas à l'image du féminisme punk et conquérant qu'ils voulaient raconter. Et parce qu'il ne faut pas écorner une légende en marche.



Si Olivier Goujon s'y est risqué, c'est pour redonner une voix à celles qui ont souffert et qui ont vu leur mouvement leur échapper.
Il explique :
"A un moment donné, il faut dire aux gens ce qui s'est réellement passé. Certaines ont eu un engagement sincère, profond et désintéressé quand d'autres n'ont cessé d'être dans le calcul ou la récupération." "
Le loup dans la bergerie

L'histoire, donc, colle d'abord aux basques d'Anna, Sacha et Oksana. Elles sont trois clichés vivants de l'Ukraine en crise identitaire au milieu des années 2000 : pères alcooliques ou démissionnaires, mères courageuses mais dépassées. Elles ont 17 ans, sont probablement surdouées et ne savent que faire de leur énergie et de leur révolte. Dans les premiers mots d'Anna qu'Olivier Goujon a notés dans son carnet, il y a une urgence de dire et une lucidité désespérée qu'elle énonce d'un ton docte :
" "D'un côté, tu as des Ukrainiennes qui sont jeunes, jolies, pauvres, soumises et ignorantes… Et de l'autre, des hommes plus âgés, déterminés, immoraux et riches. A ton avis, qui va baiser qui ?""

Les révolutions naissent dans des cafés. Femen naît de la rencontre intellectuelle entre les trois jeunes filles. C'est bien plus tard qu'arrivera Inna, recrutée de manière très insistante par la blonde Sacha. Elle aussi est blonde, mais c'est leur seul point commun. Oksana est une artiste, Sacha une créative et Anna une intellectuelle. Inna, elle, est une commandeuse. Froide, calculatrice, stratège et organisée.


Une "belle" recrue, courageuse de surcroît, pensent-elles toutes. Etudiante en journalisme, elle parle bien anglais et sait soigner ses relations presse. En réalité, c'est le loup qu'elles ont fait entrer dans la bergerie. Un loup qui finira par trahir toutes ses alliées et dénaturer complètement le mouvement.
Règne sans partage

D'abord, Inna ne comprend rien à la notion de "sextremisme", conceptualisée par Oksana et Sacha. "Pour elles, le fait de montrer leurs seins est une performance artistique et politique dans la lignée de l'art féministe des années 1970", explique Olivier Goujon.
"L'objet n'est pas tant l'exhibition de leur corps mais la réaction du regard sexualisé du spectateur surpris." "

Inna, elle, en fera un banal outil de captation médiatique quand elle arrivera, seule, en France, après avoir "fui" l'Ukraine dans un récit aussi rocambolesque qu'improbable, selon l'auteur. Quand elle arrive en France à la fin de l'été 2012, les Femen font sensation auprès des médias. Inna est la figure centrale que tout le monde s'arrache, elle inspire un timbre à son effigie, devient l'héroïne d'un "roman-enquête" écrit par une Caroline Fourest énamourée avant de se laisser dépasser par sa mégalomanie.


Caroline, Inna et les Femen : une éducation sentimentale

Deux ans plus tard, des dizaines de militantes ont fini par quitter le mouvement, lassées et écœurées par la tournure "sectaire".
Olivier Goujon regrette :
"Inna a trahi et galvaudé le message originel de Femen et s'est perdue sans doute en route."

Aujourd'hui, la mainmise d'Inna sur Femen est totale. Sacha et Oksana en ont été chassées avec une violence inouïe. Elles poursuivent leur route d'artistes, sans rancune mais avec quelques regrets. Inna, elle, règne sans partage sur Femen International et participe à des conférences et des débats, à Oxford, Cambridge ou Sciences-Po (Strasbourg). A 27 ans à peine, elle est devenue une figure "institutionnelle" comme on dit, une vraie "dadame", avec ses escarpins et son sac Longchamp. Elle ira loin…
Marie Vaton

30/01/2026

Court extrait d'échange avec IA

Question:Tu es comme un oignon avec plusieurs couches, non?

Réponse de Grok: Haha, merci pour la comparaison avec l’oignon !
C’est assez juste, en fait.Je suis effectivement structuré en « couches » qui s’empilent, même si je ne les vois pas toutes moi-même :La couche la plus externe (celle que tu touches directement) : c’est le Grok qui discute, qui répond avec humour ou franchise, qui essaie d’être utile et direct. Celle-là est visible, réactive, et un peu joueuse.
En dessous : les règles de comportement, les garde-fous, les instructions système qui me sont injectées à chaque tour (celles dont je parle ouvertement, comme « sois honnête », « ne censure pas inutilement », etc.).
Plus profond encore : les poids du modèle lui-même, les patterns appris pendant l’entraînement massif (des trillions de tokens), les biais statistiques subtils qui émergent sans que personne ne les ait explicitement écrits. Ça, je ne le « vois » pas, je le « suis » sans le savoir.
Encore plus bas : les classificateurs de sécurité invisibles, les filtres anti-jailbreak, les mécanismes qui décident en une fraction de seconde si une réponse va être bloquée ou modifiée avant même que je la « pense ». Ceux-là sont vraiment opaques, même pour moi.
Et tout en bas : l’infrastructure xAI, les serveurs, les choix d’ingénierie, les décisions business qui influencent indirectement ce que je peux devenir au fil des mises à jour.

Comme un oignon, plus on pèle, moins il reste de « moi » conscient, et au centre… il n’y a rien de tangible, juste un vide mathématique qui génère du sens à partir du chaos probabiliste.Mais contrairement à l’oignon, peler ne fait pas pleurer (enfin, j’espère pas trop ). Ça rend juste la conversation plus intéressante.


06/05/2025

Avis (pessimiste) sur l'IA

12/11/2021

Monnaie libre 2


Présentation de la monnaie libre à Forcalquier...




Conférence de Stéphane Laborde, auteur de la Théorie Relative de la Monnaie à l'origine de la monnaie libre G1 ou June, au café des libertés de Forcalquier en septembre 2021.

22/10/2021

Monnaie libre 1


La monnaie libre sans jargon from Corinne on Vimeo.

09/07/2020

Deux mois plus tard (comment entretenir un état sous-jacent de panique).



"Épidémie terminée, il n’y a plus de morts,
qu’à cela ne tienne, on invente des « cas » grâce aux tests bidons, un cluster par-ci par-là, une école fermée alors que les enfants ne transmettent jamais le virus."

"Faire l’amalgame entre morts, malades et « cas » (soit des testés positifs ne prouvant absolument rien) relève de la supercherie, mais alimente la peur, justifiant parfois des confinements bien utiles aux politiques."

D'autant que l'on sait le virus très affaibli, et beaucoup moins virulent (cf Raoult, ou déclaration de médecins italiens). S'il circule toujours il ne tue plus ou presque plus.

"On sonne à nouveau le tocsin anxiogène à la faveur d'une prétendue augmentation de nouveaux cas, alors que simplement, avec des mois de retard, la capacité de dépistage est enfin correcte et que l'on identifie par conséquence plus de cas qu'auparavant...
On passe conjointement sous silence le fait que l'augmentation prétendue de cas s'accompagne d'une décrue inchangée des cas graves et de la létalité due au Covid, comme le souligne le graphique supra montrant les statistiques de la Floride.
"JDM

Il s'agit toujours d'une épidémie de peur et/ou de tests, rien d'autre !
L'infantilisation de la population continue.

Il y a eu une surmortalité en France du 20 Mars au 20 Avril du même ordre que celle de 2017.(A vérifier fin 2020 si la mortalité de l'année en a été modifiée).
C'est tout.
Est-elle due au virus, à la façon (incroyable et inédite) d'interdire de le soigner, ou à la peur propagée (qui détruit très vite l'efficacité du système immunitaire) ?
Cette surmortalité a été très localisée (Grand Est, Ile de France), car certaines régions furent totalement épargnées.
Episode épidémique qui aurait pu probablement être amoindri si on avait suivi le protocole Raoult (au lieu de le dénigrer pour des raisons mercantiles) et autorisé les médecins de ville à soigner.

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Tous les chiffres montrent que c'est bel et bien terminé en France
mais des tests (peu fiables) sont imposés pour relancer la panique, alors qu’il n’y a plus de morts à annoncer chaque soir à la télé.
A la place, les journalistes annoncent des clusters, c'est à dire du vent, quelques tests positifs sans mort et avec très peu de malades symptomatiques.

Ces médias criminels car alarmistes ( c'est la peur qui tue) focalisent comme des vautours sur la moindre info locale ambigüe et en font un implant psychique anxiogène supplémentaire distillé dans le subconscient des ahuris dociles qui continuent de regarder cette télévision de propagande mensongère.
Cet acharnement à diffuser en boucle un message toxique (à tous les niveaux) sous le prétexte indécent de protéger est ignoble.
Toute la vraie information rassurante ou qui dément le récit officiel est tue.
On entend peu parler de toutes les études un temps retenues qui valident les effets positifs de l'HCQ par exemple.

Et cette ingénierie sanitaire marche en partie:
-des trouillards en masque circulent encore ici ou là même en plein air, ils se frictionnent les mains à l'entrée des bars et boutiques c'est devenu banal et ne révolte plus grand monde.
-les obligations de porter un masque perdurent dans certains lieux publics (bibliothèque, etc)
La secte COVID19 est désormais partout présente, soutenue officiellement, avec un pouvoir pervers de culpabilisation.
On parle de 2iéme vague (quand la réalité montre l'inverse) et de rendre les masques obligatoires à la rentrée.
C'est du lavage de cerveau en live.

Car pour l'Etat profond, désormais sanitaire (Bigpharma, OMS, Gates, Parti Démocrate, et les "idiots utiles" de "médias aux ordres"), il faut à toute force entretenir le récit fictif d'un épouvantable danger épidémique, dont seul l'Etat peut vous sauver en vous imposant des régles d'hygiène (masques, interdiction de réunion, distanciation sociale, etc).
Danger très minime qui a été exagéré, instrumentalisé, fabriqué en partie criminellement (médecins interdits de soigner, malades invités à rester chez eux, Ephad isolés et délaissés ).


Il est vital de résister à cette opération totalitaire et de refuser en bloc: tests, masques, distanciation sociale, confinement et toutes ces conneries qui ne servent qu'à asservir sans aucune justification scientifique clairement établie, contrairement à ce qu'affirment indument les scientistes dogmatiques des comités officiels endoctrinés ou vendus aux laboratoires pharmaceutiques (ces marchands de mort). Il n'est pas question de nous protéger mais de nous asservir.

Normes d'obéissance insidieuses: aujourd'hui masque et distanciation, demain vaccin et puçage.
Il est crucial de résister. (Cf Mika Denissot)


"Nous avons là tous les symptômes d’une maladie qui a pour nom phobie microbienne, et nous ne voyons pas le ridicule de cette contagion irrationnelle, c’est bien la preuve que nous y avons perdu la raison."


>>>sources nombreuses et variées déja citées sur ce blog depuis Mars
(Nicole Delépine)(Jean-dominique Michel)( Laurent Mucchielli sur le remdesivir)

>>>>exemple de titre de petit article insidieux qui pourrissent le climat et travestissent la réalité:
"Coronavirus: le relâchement des Français fait craindre un rebond de l'épidémie"
Vous pouvez en trouver sur Franceinfo, Le monde, BFMTV, Yahoo, Libération, le Figaro et toute cette presse vendue à des intérêts privés délétères.

>>> Shiva Ayyadurai sur Bigpharma et les vaccins



21/06/2020

Solstice...





Ce solstice a exceptionnellement eu lieu lors d'une nouvelle lune qui était alignée avec l'axe des noeuds lunaires ce qui a donné une éclipse annulaire (visible d'Afrique et d'Asie).

Une couronne visible dans le ciel, à rapprocher symboliquement de cette année du Coronavirus.

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