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07/11/2017

Sahara verdoyant

19/10/2017

Corée du Nord

 
Voyage et réflexions autour de la République Populaire Démocratique de Corée

L’énigme nord-coréenne

    Loic RAMIREZ

Par où commencer pour décrire Pyongyang ? La ville apaise les yeux du visiteur. Aucune publicité, aucune enseigne commerciale, aucune affiche vendant tel ou tel produit, aucune agression visuelle. Le calme des rues et des grandes avenues en fin d’après-midi est agréable lorsqu’on connait le chaos des centre villes des grandes cités européennes aux heures de sortie de travail. Par la fenêtre du minibus je regarde les gens qui marchent sur les trottoirs, attendent le tramway, les enfants qui se tiennent par la main, sourient et s’amusent. Des scènes ni plus ni moins banales que celles qui se jouent à Paris, Madrid ou ailleurs. Mais dans cette capitale, sans doute la plus décriée au monde, il semble nécessaire de souligner ce quotidien fait des mêmes petites choses qu’ici. Il faut dire que puisque la Corée du Nord « rend fous ceux qui en parlent » comme le dit le spécialiste Bruce Cummings , il est important de raconter les choses à tête reposée. Ce texte revient donc sur un voyage effectué il y a plus d’un an et demi dans ce petit pays situé à l’extrémité du continent asiatique. Le 1 septembre 2012 une délégation de 12 jeunes communistes espagnols, organisée sous la bannière des CJC (Collectifs des Jeunes Communistes), se retrouvait à Pékin. Le 4 septembre, à travers la compagnie aérienne Air Koryo, la délégation atterrissait à l’aéroport de Pyongyang. J’accompagne ce groupe pour 10 jours de visite officielle en République Populaire Démocratique de Corée plus connue sous le nom de Corée du Nord. Invitée de marque par le régime, la délégation est logée au sein du grand hôtel Chongnyon, qui appartient à la Ligue des Jeunesses Socialistes Kim Il Sung. Enorme bâtiment gris duquel on peut apercevoir une bonne partie de la ville. A l’arrivée, un programme de visite bien défini nous est proposé sur l’ensemble du séjour. La première d’entre elles, comme le veut la tradition, est le dépôt de gerbes aux statues de Kim Il Sung et de Kim Jung Il sur la colline Mansudae qui surplombe la capitale. Deux grands colosses de bronze s’imposent sur une énorme place blanche aveuglante sous le soleil d’été. Des dizaines et des dizaines de coréens s’y rendent, en groupe, pour eux aussi rendre hommage à leurs dirigeants. Quelques touristes, toujours accompagnés de guides, se prennent en photo au pied des sculptures. Toujours soucieux de respecter l’horaire du programme, nos accompagnateurs s’empressent de nous faire remonter dans le minibus qui n’aura de cesse de nous emmener aux différentes visites. L’Université Kim Il Sung, le Palais de la Jeunesse, le Théâtre du Peuple, la Tour de l’idée Juche, etc. une vision globale des différentes installations publiques de la capitale ainsi que quelques déplacements en dehors vont nous être offerts durant ce court séjour.

« On ne te montre que ce que l’on veut te montrer » me disent la plupart des gens à mon retour, soulignant la frustration que marque l’absence d’autonomie dans les déplacements. Il est certain que si l’on part du principe qu’une fois sur place tous ne sont que des figurants dans une gigantesque mise en scène visant à cacher les camps de prisonniers et l’oppression brutale d’un régime ubuesque, alors rapporter les choses vues sur le terrain n’y changera rien. Pourtant, si l’on prend pour référence les informations données ici (en Europe occidentale) sur ce qui se passe là-bas on peut, avec un minimum de recherche, se rendre compte qu’elles s’avèrent être fausses dans la plupart des cas. Par exemple, durant la coupe du monde de football de 2010, suite à l’élimination de l’équipe de la RPDC (sa qualification au Mondial relevait de l’exploit) l’ensemble des médias a affirmé que celle-ci avait subi des sanctions pour ne pas avoir remporté la compétition. « L’entraineur de Corée du Nord condamné aux travaux forcés » titre le Figaro en août 2010 . Le parisien, au même moment, affirme que « tous les joueurs - sauf deux Jong Tae-se et An Yong-Hak, nés au Japon - et l’entraîneur ont été convoqués au Palais de la Culture des Peuples pour être humiliés et insultés durant six heures par 400 individus parmi lesquels des journalistes et des dirigeants politiques » . Pourtant, en janvier 2011, dans un article publié par le journal Libération (nullement proche du régime de Pyongyang) et signé par Michel Temman on peut lire ceci : « Après un Mondial piteux, l’équipe de foot n’a pas été jetée au bagne. Elle participe à la Coupe d’Asie (...) De fait, les footballeurs nord-coréens n’ont pas été sanctionnés pour leur Mondial : 17 des joueurs présents en Afrique du Sud sont aujourd’hui au Qatar, ou la Corée du Nord débute la Coupe d’Asie des nations. « Satisfaite qu’aucun joueur n’ait été puni », la Fifa n’a pas poussé plus loin son enquête. Elle a reçu des autorités nord-coréennes et de plusieurs sources parallèles l’assurance que Kim Jong-hun (l’entraineur) n’avait pas été maltraité ni condamné à l’exil dans un bagne » .

En décembre 2013 l’annonce de l’exécution par les autorités nord-coréennes de Jang Song-Thaek est un autre exemple de la désinformation à laquelle est soumise la petite nation asiatique. Oncle du dirigeant Kim Jung Un, Jang Song-Thaek est vice président de la commission de la défense nationale lorsqu’il est démis de ses fonctions et exécuté le 12 décembre 2013 pour “haute trahison”. Selon le site FranceTVinfo.fr Pyongyang reprochait au dirigeant d’avoir commis « des actes criminels » mais également d’avoir des « relations inappropriées avec des femmes » ou encore d’avoir « mollement applaudi lors d’une réunion officielle » . A cela s’ajoute que quasiment tous les médias ont relayé les détails de l’exécution durant laquelle « Jang Song-thaek et cinq de ses bras droits auraient été déshabillés et jetés dans une cage, avant que ne soient lâchés 120 chiens, affamés depuis trois jours, sur eux. Une centaine d’officiels ainsi que Kim Jung Un auraient assisté à ce spectacle de près d’une heure » . Dévoré par des chiens pour ne pas avoir applaudi avec vigueur... le fantasme est à son comble. Pourtant, sans pour autant aller lire la version d’un quelconque journal nord-coréen, un autre son de cloche est mis à la disposition du lecteur français : Le 15 décembre 2013 le site du Courrier International met en ligne un article traduit d’un journal sud-coréen (Kyunghyang Sinmun) dans lequel les propos d’un exilé nord-coréen passé au Sud sont exposés. Extrait : « Kang Myong-do, professeur d’université réfugié en Corée du Sud, révèle que Jang Sonk-taek, oncle de Kim Jong-un et ex-numéro deux du régime de Pyongyang, récemment exécuté, avait pour but de provoquer des changements en Corée du Nord. Le Pr Kang a affirmé dans une interview, donnée à la chaîne sud-coréenne YTN le 13 décembre, avoir été en contact avec Jang Song-taek. Kang Myong-do, 55 ans, gendre de l’ancien Premier ministre nord-coréen Kang Song-san, a fui la Corée du Nord en 1994. Le Pr Kang aurait essayé de rallier à sa cause Jang Song-taek – exécuté par son neveu Kim Jong-un. Il aurait aussi effectué récemment quelques déplacements secrets en Chine et en Asie du Sud-Est pour rencontrer certaines personnalités nord-coréennes. ’De deux choses l’une, ou Jang Song-taek était écarté du pouvoir, ou Kim Jong-un était tué’ » . Sans que cela n’intervienne sur le débat autour de la peine de mort cette information offre une autre perspective sur la réaction des autorités nord-coréennes à l’égard de ce qui semblait être une menace de déstabilisation politique. Quant à l’exécution par des chiens affamés elle s’est avérée être une “blague” provenante d’un site web chinois et qui fut reprise en boucle par de nombreux médias (une sorte d’humour de répétition). Comme le souligne un article sur le site de RFI en janvier 2014 : « Cette affaire n’est pas la première ; il semble qu’avec la Corée du Nord, c’est comme si les médias oubliaient l’une des règles essentielles du journalisme : la vérification » . Jang Song Taek a, en réalité, été fusillé. Dernière boulette en date : l’annonce en août 2013 de l’exécution de la chanteuse Hyon Song-Wol (ancienne petite amie de Kim Jung Un selon les médias) pour avoir fait une sex-tape avec son compagnon du moment. « ’Ils ont été tués à la mitrailleuse pendant que les proches des victimes observaient la scène’, écrit le journal sud-coréen. Si la vision horrible de proches exterminés ne suffisait pas, Chosunilbo (journal Sud-coréen) précise que les familles du couple auraient été déportées dans des camps de travail, selon le principe nord-coréen de ’culpabilité par association’ » informe Lepoint.fr . Miracle ! Le 17 mai 2014 le site d’information RT (Russia Today), relayant une information du journal britannique The Guardian, informe que la chanteuse Hyon Song-Wol est ré-apparue à la télévision nord-coréenne lors d’un événement culturel à Pyongyang . Vivante, évidemment.

Le mois de septembre est doux à Pyongyang. Les avenues et les parcs sont fleuris et bien entretenus. De nombreux drapeaux rouges et de la RPDC ornent les trottoirs, annonciateurs de la Fête Nationale qui a lieu le 9 septembre. Une sensation d’apaisement règne dans les rues de la capitale. On voit partout des groupes de militaires, jeunes, mixtes, mais jamais armés. Ils viennent en groupe au cirque, au zoo, dans les salles de concert, etc. La nuit tombée Pyongyang s’endort sous une lumière chaude et discrète. Nous sommes loin des villes stroboscopes qui brillent de milles feux et se recouvrent d’enseignes publicitaires lumineuses. L’image d’un pays “plongé dans le noir” colle à la peau de la Corée du Nord, face à l’électrique voisine Corée du Sud. « Des images satellites révélées par la NASA montrent que le pays dirigé par le dictateur Kim Jong-un est littéralement plongé dans le noir et semble complètement isolé du reste du monde » rapporte le site d’information du 20 minutes en février 2014 . Pourtant de la fenêtre de ma chambre je vois la capitale ainsi que les voitures qui, pareils à des lucioles, sont devenues des points lumineux qui défilent le long des axes routiers. Dans un ouvrage sur l’économie de la RPD de Corée, l’auteur Benoit Quennedey relève les chiffres de production d’électricité dans le pays (selon les données de la CIA). La production d’électricité au niveau national est de 22,5 milliards de kWh en 2008 ; à titre de comparaison, la même année, le Maroc est à 19,8 milliards de kWh, l’Irlande à 27,28 milliards de kWh, le Nigeria à 21,92 milliards de kWh et l’Equateur à 16,42 milliards de kWh . On est loin d’une exception “obscurantiste”.

Toujours se référent aux chiffres la Corée du Nord possédait, en 2011 (selon le rapport de 2012 du Programme des Nations Unies pour le Développement, PNUD), une espérance de vie de 68,8 ans. Soit plus que l’Afrique du Sud (52,8) ou le Sénégal (59,3) et au même niveau que l’Ukraine (68,3) et la Russie (68,8). Toujours selon la même source, en 2008, le taux de mortalité maternelle de la RPD de Corée est de 250 décès pour 100.000 naissances. A titre de comparaison les Etats Unis ont un chiffre de 24 sur cent mille, la Chine de 38, le Cameroun de 600 et la Sierra Leone de 970 . Sur le pourcentage d’accouchements assistés par des personnels soignant qualifiés la Corée du Nord se situe néanmoins au niveau des pays les plus développés : 97%. Légèrement inférieur à la France (99%) mais au dessus des Philippines (62%) ou encore de l’Inde (53%).

Quant à l’éducation « comme dans les pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, la quasi-totalité de la population nord-coréenne est alphabétisée » rapporte Benoit Quennedey . Selon les chiffres du rapport du PNUD de 2011 le taux d’alphabétisation des adultes en RPD de Corée (soit +de 15 ans) est de 100%. Situant le pays légèrement au dessus de certaines nations nettement plus développées comme l’Espagne (97,7%) ou le Mexique (93,6%). En se basant sur un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé datant de 2010, la RPD de Corée possède une “densité de médecins” (médecins pour 10.000 habitants) équivalentes aux pays développés comme l’Allemagne ou le Royaume Uni : plus de 30 médecins pour dix mille habitants. Alors que dans le groupe de classement inférieur (à savoir entre 20 et 29 médecins pour 10 mille habitants) on trouve des pays comme le Japon ou les Etats Unis . Ainsi, malgré un bilan correcte sur certains points la RPD de Corée ne parvient pas à se détacher de l’image d’épouvantail qu’agitent régulièrement les grands médias d’information. Même un quotidien proche du courant anti-impérialiste comme l’Humanité parle d’un « royaume de l’horreur et du sadisme » sous la plume d’un certain Damien Roustel .

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Ecole maternelle de Pyongyang (2012)

“Royaume” ou “dictature” sont souvent des mots évoqués faisant fi du fait, qu’officiellement, la Corée du Nord se présente comme une “République” . Il y existe trois partis politiques : Le Parti du Travail de Corée, le Parti Social-démocrate de Corée et le Parti Chondogyo Chong-u. Les trois sont membres du Front démocratique pour la réunification de la patrie (qui dans ce cas là représente l’unique force politique du pays) . Ajoutons que selon la “Constitution Socialiste” de la RPD de Corée c’est l’Assemblée populaire suprême « constituée des députés élus au scrutin secret, selon les principes du suffrage universel, égal et direct » qui est l’organe de pouvoir supérieur de la nation. C’est cette Assemblée populaire, qui possède un mandat de cinq ans, qui élit le Président du Comité de la défense nationale de la RPD de Corée (le chef des armées). Dans ce cas précis Kim Jung Un depuis 2012. Toujours selon la constitution (article 66) « le citoyen acquiert, à partir de 17 ans, le droit de vote et le droit d’être élu sans distinction de sexe, d’origine ethnique, de profession, de durée de résidence dans le pays, de fortune, de degré d’instruction, d’appartenance politique, d’opinion politique ou de confession » . Admettons que cela ne soit que de jolis mots écrits dans de beaux textes comme peut l’être la Déclaration des Droits de l’Homme appliquée à la réalité du monde.

Alors en effet, si l’on s’attarde sur les rapports d’Amnesty International (de 2012), on peut relever, dans le cas de la RPD de Corée, l’existence « de crises alimentaires », « d’arrestations et de détentions arbitraires », de « tortures », de l’existence de la peine de mort et d’une absence « d’opposition politique connue » . De quoi confirmer cette image de dictature féroce. Pourtant, si l’on s’attarde à regarder la situation des autres pays (y compris ceux qui ne sont pas qualifiés de “dictature”) on découvre également de graves violations en matière de Droits de l’Homme. Par exemple, selon ce rapport de 2012, Amnesty International relève en France l’existence de « tortures et mauvais traitements » supposément infligés par des membres de la force publique, ainsi que des cas de « morts aux mains de la police » et « des cas de discrimination de membres des minorités ethniques et religieuses », notamment les Roms . En Grèce également Amnesty International souligne l’existence « de torture et d’autres mauvais traitements infligés dans des postes de police et des centres de détention pour migrants », « de conditions de détention médiocres et d’une grave surpopulation » dans les prisons et d’actes de racisme de la part d’agents de police . La Corée du Sud, alors qu’elle est souvent mise en avant pour pointer du doigt la déviance maléfique de sa voisine, possède pourtant des caractéristiques communes à celle-ci selon Amnesty International. Comme dans le nord la peine de mort y est maintenue, la liberté d’expression y est soumise à d’importantes restrictions et les détracteurs du gouvernement sont victimes « d’harcèlement » et de « poursuites judiciaires », tout comme le sont « les personnes qui, sans violence, exprimaient leurs opinions ou diffusaient des informations sur Internet » contraires au pouvoir . Enfin, si l’on s’éloigne de tous ces rapports et de ces chiffres mais que l’on reste dans le bon sens tout simplement, il serait difficile de faire de la RPD de Corée la nation la plus belliqueuse ou meurtrière si l’on prend en compte l’ensemble des interventions militaires orchestrées par les Etats Unis depuis le milieu du XX°siècle, la politique israélienne à l’égard de la Palestine ou l’implication de l’état colombien dans l’assassinat d’opposants et de syndicalistes. Une chose n’excusant pas l’autre, elle a au moins le mérite de nuancer les propos.

C’est ce que je vois à travers la fenêtre du minibus pendant que celui-ci roule dans Pyongyang : un pays qui n’est ni l’enfer décrit ni le paradis socialiste espéré. A l’avant du car, l’un de nos guides, Kim, prend le micro et entonne la chanson “Besame mucho” (embrasse moi beaucoup, chanson mexicaine de Consuelo Velasquez) qu’il a apprise durant ses études à Cuba. Un brin espiègle il s’amuse à emprunter les expressions typiques du parler cubain lorsqu’il s’adresse aux jeunes espagnols. A côté de moi, “Perla”, notre traductrice également, me montre une vidéo de son fils sur son portable. Elle me pose des questions sur l’Espagne et la France puis me parle du Pérou, où elle a vécu quelques années. « C’est à toi de chanter » lance Kim en tendant le micro à sa compatriote. Perla nous annonce qu’elle va nous chanter une chanson coréenne traduite à l’espagnol. « Ma bien aimée Pyongyang, tu es mon coeur, tu me manques jour et nuit, chaque fois que je me trouve loin de ma Pyongyang je t’accompagne, Pyongyang, Pyongyang... » .

Loïc Ramirez

mai 2014

Photos : Archives de l’auteur - Rues de Pyongyang en septembre (2012)

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Groupe de jeunes communistes des CJC avec leur deux guides : Perla et Kim (2012)

02/10/2017

Effondrement spirituel?

source

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - A l'occasion de la parution de son dernier livre, Miroir du nihilisme, Houellebecq éducateur, Michel Onfray a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. Il y décrypte la philosophie de l'auteur de Soumission.

 


Michel Onfray philosophe et essayiste. En septembre, il publie deux livres consacrés à des auteurs qu'il admire: Vivre une vie philosophique: Thoreau le sauvage et Miroir du nihilisme. Houellebecq éducateur.



FIGAROVOX.- Vous publiez aux éditions Galilée, Miroir du nihilisme, un essai consacré à Soumission de Michel Houellebecq. Vous êtes longtemps passé à côté de l'œuvre de ce dernier. Pourquoi son dernier roman vous a-t-il fait changé de point de vue?

Michel ONFRAY.- J'avais aimé la performance littéraire d'Extensiondu domaine de la lutte qui était vif et bref, rapide et percutant. Les autres romans m'avaient paru techniquement moins rapides. J'aime les stylistes et les textes qui vont vite. Voilà pour la forme.

J'avais commis l'erreur de croire que le diagnosticien du nihilisme consentait au nihilisme, s'en réjouissait même, voire, s'y complaisait… C'était une erreur.

Pour le fond, j'avais commis l'erreur de croire que le diagnosticien du nihilisme consentait au nihilisme, s'en réjouissait même, voire, s'y complaisait… C'était une erreur. C'est confondre le cancérologue qui diagnostique la pathologie avec le cancer, la pathologie qu'il a diagnostiquée. J'étais, selon l'image bien connue, l'imbécile qui regarde le doigt quand le sage lui montre la lune!

Soumission m'a plu parce qu'il renoue avec la vitesse d'Extension. Il m'a éloigné du doigt et ramené à la lune quand j'ai constaté chez Michel Houellebecq la grande souffrance qui était la sienne à se savoir, se voir, se constater, s'expérimenter corporellement et spirituellement tel un sismographe de notre époque en cours d'effondrement.

En termes hégéliens, il est le grand homme choisi par l'Histoire pour qu'il en fasse la narration. Il est au cœur nucléaire du processus de Ruse de la raison. Le savoir, ce qui est son cas, car il est d'une redoutable lucidité, c'est affronter les plus grands tourments.

En quoi Houellebecq est-il le romancier du nihilisme?

En tant que sismographe, il enregistre toutes les secousses en rapport avec la tectonique des plaques civilisationnelles: il a diagnostiqué l'effondrement spirituels des générations produites par des parents soixante-huitards, l'écœurement d'une sexualité indexée sur la seule performance, la marchandisation des corps et des âmes, des carrières et des pensées, la contamination de l'art contemporain par le snobisme et le marché, la tyrannie de l'argent en régime libéral, la fin de la France depuis l'abandon de sa souveraineté lors du Traité de Maastricht.

Mais aussi la veulerie du tourisme sexuel en Asie, le caractère inéluctable de l'engagement de nos civilisations occidentales vers le projet transhumaniste, l'effondrement de la religion judéo-chrétienne et des valeurs qui l'accompagnaient, et, avec Soumission, le processus de collaboration des élites avec les idéologies liberticides - ici un islam francisé.

Depuis 1994, Michel Houellebecq dépèce minutieusement le Veau d'or - c'est en cela qu'il est le grand romancier du nihilisme occidental.

Houellebecq s'inscrit volontiers dans la filiation d'Auguste Comte qui était positiviste…

Mais aussi de Schopenhauer - ou de Huysmans. Il n'est pas homme à s'enfermer dans des cases, à aimer l'un, donc pas l'autre, à choisir celui-ci, donc à écarter celui-là… Il est un homme authentiquement libre.

Ce qu'il aime chez Auguste Comte, c'est sa réflexion sur la place de la religion dans la société, sur la possibilité d'une liaison d'un certain type de sacré avec le social. Qui dira qu'il ne s'agit pas d'une question essentielle si l'on veut aujourd'hui penser la question politique?

Le positivisme n'est pas la philosophe un peu bêtasse de Monsieur Homais, mais la pensée mal connue d'un homme qui estimait que la religion sociologique des Hommes pouvait remplacer la religion théologique de Dieu.

La question de la religion est un leitmotiv dans la pensée de Michel Houellebecq: que faire dans un monde vidé de toute transcendance? Lui qui décrit dans le détail le désespoir qu'il y a à vivre dans un monde de pure immanence (ce qui n'est pas mon cas: je crois que la sagesse tragique permet de vivre dans la seule immanence sans désespoir…) , il est normal qu'Auguste Comte lui parle.

Votre livre est sous-titré Houellebecq éducateur. Comment peut-on être à la fois nihiliste et éducateur?

En enseignant la nature tragique du monde, autrement dit, en évitant deux choses: la lecture optimiste du monde et… la lecture pessimiste! L'optimiste voit le meilleur partout et ne veut pas entendre parler du pire ; le pessimiste voit le pire partout et ne veut pas entendre parler du meilleur.

Le tragique quant à lui sait qu'il y a du pire et du meilleur partout… Michel Houellebecq nous enseigne où est le pire, ce qui n'a pas besoin d'être démontré, mais aussi le meilleur.

Le tragique quant à lui sait qu'il y a du pire et du meilleur partout… Michel Houellebecq nous enseigne où est le pire, ce qui n'a pas besoin d'être démontré, mais aussi le meilleur - qui provient chez lui, paradoxalement, de Schopenhauer pour qui il existe des solutions à ce monde sombre dans la pitié et la contemplation esthétique.

N'oublions pas que Schopenhauer a aussi écrit un Art d'être heureux… On connaît sa vision du monde animal, elle est d'une grande compassion. Il y a dans sa conversation en tête à tête la même présence attentive à l'autre. On n'ignore pas non plus qu'il trouve dans l'art un sens à sa vie: il a produit des romans, des essais, des poèmes, des films, des photographies, des performances d'art contemporain…

En tant qu'il dit le monde tel qu'il est, sans faux-semblants, et qu'il vit une vie poétique sans l'imposer ou la conseiller à qui que ce soit, il invite chacun à construire sa propre existence dans un temps de détresse.

Beaucoup ont vu dans ‘Soumission' une critique de l'islam radical. Vous y voyez plutôt un grand roman de la collaboration. Qui sont les «collabos» d'aujourd'hui?

Les «collabos» sont ceux qui estiment que l'Islam est une religion de paix, de tolérance et d'amour et ne veulent pas entendre parler d'un Islam de guerre, d'intolérance et de haine.

Ceux qui estiment que l'Islam est une religion de paix, de tolérance et d'amour et ne veulent pas entendre parler d'un Islam de guerre, d'intolérance et de haine.

Certes, il existe un islam pratiqué par des gens qui voient en cette religion une coutume familiale ou un signe d'appartenance dans laquelle dominent effectivement la tolérance, la paix et l'amour.

Mais il y a aussi, dans le Coran et dans l'histoire de l'islam, terrorismes inclus, une autre voie qui est celle de la misogynie, de la phallocratie, de l'homophobie, de l'antisémitisme, du bellicisme, de la guerre qui constituent des valeurs à exporter par le djihad guerrier.

Le collaborateur ne veut voir que le premier islam en estimant que le second n'a rien à voir avec l'islam. Le Coran est un livre dont les sourates justifient aussi bien le premier que le second islam.

Concrètement, ces collaborateurs sont les islamo-gauchistes qu'on trouve ici ou là au NPA, dans la France

Ce sont les islamo-gauchistes qu'on trouve ici ou là au NPA, dans la France Insoumise, dans l'aile gauche du PS, au PCF, ou à EELV. Il y en a également dans l'aile gauche des Républicains.

Insoumise, dans l'aile gauche du PS, au PCF, ou à EELV. Il y en a également dans l'aile gauche des Républicains - chez les juppéistes par exemple.

C'est aussi une critique acerbe du monde universitaire. Un monde avec lequel vous avez toujours pris vos distances …

Michel Houellebecq se contente de décrire cette institution qui fonctionne à la cooptation, au piston, donc au phénomène de cour ; avec retard, elle suit les modes qu'elle ne crée jamais ; elle se prétend du côté de la science alors qu'elle est le lieu de l'idéologie ; elle est un lieu de rituels d'écriture scrupuleux et de reproduction institutionnelle - comme l'a bien vu Bourdieu ; elle dit être un lieu de recherche mais on y cherche ceux qui y trouveraient -précisons que je parle des seuls secteurs littéraires, sociologiques, philosophiques…

C'est pour ma part un monde contre lequel je n'ai rien puisque j'ai refusé de l'intégrer après ma soutenance alors que ma directrice de thèse me proposait d'y faire carrière et que j'ai préféré rester professeur de philosophie dans un lycée technique.

Mais, en effet, l'Université est une institution et, en tant que telle, elle est un lieu où la liberté, l'autonomie et l'indépendance soufflent peu! Ni Montaigne ni La Boétie, ni Descartes ni Voltaire, ni Nietzche ni Proudhon, ni Alain ni Camus n'ont eu besoin de l'université pour penser - et leurs pensées furent vraiment libres…

Presque aussi intéressant que le livre lui-même a été son accueil au moment même où la réalité rejoignait la fiction avec les attentats de janvier 2015. Comment analysez-vous son rejet par une partie des médias?

J'ai repris le dossier de presse de l'accueil de ce livre pour essayer de voir comment on avait lynché l'homme sans avoir lu l'œuvre pour ne pas avoir à la lire et à la commenter - parce qu'elle mettait le doigt dans la plaie…

Il est intéressant de constater combien les instruments et les personnes de la pensée dominante dans les médias de l'islamo-gauchisme ont sali Michel Houellebecq afin de discréditer l'œuvre.

Il est intéressant de constater combien les instruments et les personnes de la pensée dominante dans les médias de l'islamo-gauchisme ont sali l'homme Michel Houellebecq en lançant une polémique comme ils savent le faire pour souiller l'homme afin de discréditer l'œuvre.

Il est également intéressant de mettre en perspective ceux qui ont écrit ou parlé en faveur de Mehdi Meklat (blogueur islamophile, antisémite, phallocrate, misogyne, antisémite, belliciste ) dans Libération , Le Monde , Les Inrockuptibles ou France-Inter et de rappeler ce que les mêmes ont écrit contre Houellebecq.

Ce travail a été riche d'enseignements pour moi sur le fonctionnement du dispositif collaborationniste français… Je vous renvoie au détail de l'analyse (noms, lieux, citations, analyse de tweets, etc) dans mon livre…

C'est aussi un livre sur la perte de sens dans notre civilisation occidentale. Le christianisme et l'idéologie totalitaires ont laissé la place à la religion du marché et à l'islam conquérant. En tant qu'athée et matérialiste, que cela vous inspire-t-il? Pourquoi la raison a-t-elle échoué à être le ciment d'une nouvelle civilisation?

L'Histoire témoigne qu'il n'y eut pas de civilisation construite sur l'athéisme et le matérialisme qui , l'un et l'autre, sont des signes, voire des symptômes, de la décomposition d'une civilisation.

Une civilisation n'est possible qu'avec une spiritualité qui la soutient et qui, elle-même, découle d'une religion. Depuis que le monde est monde, c'est ainsi. L'Histoire témoigne.

Elle témoigne également qu'il n'y eut pas de civilisation construite sur l'athéisme et le matérialisme qui , l'un et l'autre, sont des signes, voire des symptômes, de la décomposition d'une civilisation - je le sais au premier chef puisque je suis athée et matérialiste… On ne lie pas les hommes sans le secours du sacré.

J'en profite pour m'opposer à cette scie musicale chantée par un certain nombre de philosophes pour lesquels la religion serait ce qui relierait les hommes entre eux - sur le principe du religare, relier… C'est une vision étroite de… matérialiste, voire… d'athée!

Car, si la religion relie bien, elle ne relie pas les hommes entre eux, sur le terrain de l'immanence, mais avec le sacré, sur le terrain de la transcendance. Elle n'est pas un lien des hommes entre eux, mais des hommes avec ce qui les dépasse. Or nous sommes dans une civilisation qui a congédié toute transcendance.

Vous publiez également, Thoreau le sauvage, un livre sur Henry-David Thoreau. Qui était ce «penseur de

champs»?

C'est un homme qui montre qu'il existe une philosophie américaine loin de la philosophie européenne - et qui, ostensiblement, lui tourne le dos… L'Europe philosophique aime les Idées éthérées et les Concepts purs, elle chérit plus que tout le beau raisonnement même s'il est faux, elle aime les cathédrales utopiques même si elles sont inhabitables.

Thoreau se moque des concepts et des idées, des beaux raisonnements et des cathédrales utopiques: il veut que la philosophie soit l'art de parvenir à une sagesse qui est connaissance de la nature et invitation à y trouver sa place.

Thoreau est un marcheur, un herboriste, un géologue, un nageur, un chasseur, un pécheur, un jardinier qui mène une vie philosophique. Il n'imagine pas une seule seconde une idée découplée de ce qu'elle doit produire: une action concrète, un comportement, une pratique. C'est un penseur existentiel comme je les aime…

Sa philosophie ne peut-elle être une alternative au nihilisme que vous décrivez?

C'est une solution, oui. Pas forcément la seule.

Il faudrait ajouter que ce sympathique naturaliste invitant à se plier aux lois du cosmos pour y trouver une place qui génère la sérénité fut également le militant engagé contre l'esclavagisme et qu'on lui doit un fameux De la désobéissance civile qui, certes, a inspiré Tolstoï, Gandhi, Martin Luther King, et qui connaît un succès formidable dans l'Amérique trumpienne, mais qui a également dit qu'il fallait prendre les armes pour faire triompher les idées auxquelles on croit - comme l'abolition de l'esclavage.

C'est donc un penseur plus complexe que ce qu'en disent les habituelles cartes postales sur son compte…

Vous vous décrivez comme un tragique qui observe le bateau couler. Pourtant vous consacrez une énergie prodigieuse à transmettre à travers vos nombreuses publications, votre télé ou encore l'Université populaire de Caen. Cela ne témoigne-t-il pas finalement d'une certaine foi en l'avenir malgré tout?

Certes, nous allons mourir, notre civilisation aussi, mais, en attendant, « vivons droit » comme disait Marc-Aurèle.Il n'y a aucune raison pour s'avachir !

Vous avez raison de pointer cette apparente contradiction!

Mais, de la même manière qu'une civilisation obéit à son tropisme, j'obéis au mien qui me conduit à faire ce que je ne peux pas ne pas faire: autrement dit: rendre ce que j'ai restitué quand mon vieux maître Lucien Jerphagnon me faisait découvrir à dix-sept ans que la philosophie antique, Lucrèce en particulier, peut sauver celui qui cherche un sens à sa vie sans avoir besoin du sacré, de la transcendance, du divin ou de Dieu.

Nietzsche fait du terme médical d'idiosyncrasie une idée philosophique majeure: elle lui permet de dire que chacun obéit à un tempérament contre lequel il ne peut pas lutter et que la grande liberté c'est d'accepter, voire de vouloir et d'aimer, ce qu'on ne peut éviter. Nietzsche propose une version moderne du stoïcisme - j'y souscris.

Certes, nous allons mourir, notre civilisation aussi, mais, en attendant, «vivons droit» comme disait Marc-Aurèle… Donc vous ne trouverez pas chez moi une foi en l'avenir mais un pari dans le présent: il n'y a aucune raison pour s'avachir!

Comme Houellebecq êtes-vous «un éducateur»?

Je fais ma part…

21/06/2017

Alors?

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25/05/2017

Klèrôtèrion


Le tirage au sort démocratique par CNRS

12/05/2017

Alep réunifiée mais exsangue...

Pour assurer le suivi de la situation d'Alep qui fut dans le faisceau des phares un temps puis abandonnée des projecteurs.

Un article du Télégramme

À l'issue de sa réunification le 22 décembre 2016, la ville d'Alep, qui,...

Bastions de l'opposition au régime de Bachar al-Assad, dès 2012, les quartiers est de la ville d'Alep sont revenus dans le giron du régime syrien, le 22 décembre 2016. Mais les stigmates de la guerre civile sont partout présents. L'ancienne capitale économique du pays mettra du temps avant de se relever.

Une ville défigurée

Depuis le 22 décembre dernier, Alep est réunifiée. Les groupes armés qui tenaient la partie orientale ont été exfiltrés, sous la supervision des Russes. La ville, qui, avant-guerre, représentait 40 % de l'économie syrienne, s'est réveillée défigurée après cinq ans de combats. Le centre historique, bâti autour des souks, de la citadelle et de la mosquée des Omeyades, a beaucoup souffert. « C'est comme si un tremblement de terre s'était abattu sur notre patrimoine », constate, désabusée, Hélène Kilo, ingénieure civile au département des antiquités.

Le bilan est terrible : 30 % du centre historique sont rasés ou quasiment détruits, 30 % sont endommagés et 40 % sont à peu près sortis intacts des combats.

Dans les rues, les portraits de Bachar al-Assad sont partout. Le raïs syrien apparaît en costume cravate, en treillis militaire ou en compagnie de Vladimir Poutine. Des slogans de propagande proclament que « Bachar, c'est la forteresse de la résistance ! »

 

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09/04/2017

Le génie technologique des Song.

La dynastie des Song (960–1279) a amené les avancées techniques les plus significatives de l'histoire de la Chine...

Ces avancées ont été pour la plupart le résultat d'une volonté politique amenant la formation de talentueux fonctionnaires recrutés par des examens impériaux.

Polymathie et génie mécanique

(La polymathie est la connaissance approfondie d'un grand nombre de sujets différents, en particulier dans le domaine des arts et des sciences)

Le début de l'âge d'or de la science et de la technique sous la période Song est illustré par la rivalité de deux hommes:

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Su Song (1020-1101) s'était spécialisé dans l’astronomie, la cartographie, l’horlogerie, la pharmacologie, la minéralogie, la zoologie, la botanique. Il était aussi ingénieur civil et mécanique, architecte, poète, antiquaire, et ambassadeur de la dynastie Song.

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Su est surtout connu pour sa tour horloge astronomique, couronnée d'une sphère armillaire actionnée mécaniquement, qui fut érigée dans la capitale Kaifeng en 1088. Le mécanisme d'échappement utilisé pour actionner l'horloge de Su ne sera utilisé en Europe que deux siècles plus tard. La tour horloge de Su utilise aussi la première transmission par chaîne connue dans le monde, comme son traité d'horlogerie l'indique en 1092.

Toutefois Su Song a aussi écrit un fameux traité pharmaceutique en 1070, le Bencao Tujing, qui aborde la botanique, la zoologie, la métallurgie et la minéralogie. Cet ouvrage inclut des applications médicinales, dont l'usage d'éphédrine comme médicament. Il est également l'auteur d'un important atlas céleste composé de cinq cartes du ciel et d'un vaste écrit illustré sur la cartographie qui a aidé à résoudre les tensions frontalières entre les Song et leurs voisins Khitans de la dynastie Liao.

 

 

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Shen Kuo (1031-1095) Homme d'esprit universel, il fut notamment géologue, astronome, mathématicien, cartographe, inventeur, météorologue, agronome, ethnographe, zoologiste, botaniste, ingénieur en hydraulique, pharmacologue, encyclopédiste, poète, musicien, diplomate, général, chancelier académique, ministre des finances et inspecteur des services de l'État.Il fut également responsable du Bureau de l'Astronomie à la cour des Song, ainsi qu'adjoint du ministre de l'Hospitalité impériale.

Shen est connu pour sa découverte du vrai nord et de la déclinaison magnétique du pôle Nord en calculant des mesures plus précises des méridiens. Il corrige également le calcul de la position de l'étoile Polaire qui s'est déplacée au cours des siècles. Cela permet aux marins de naviguer sur les mers de façon plus efficace grâce à la boussole, également conçue par Shen. Ce dernier est également réputé pour sa description des découvertes de Bi Sheng, l'inventeur des caractères d'imprimerie mobiles. Shen s'intéresse aussi à la géologie, en formulant la théorie de géomorphologie et des changements climatiques à travers le temps, après avoir observé d'étranges phénomènes naturels. En utilisant les connaissances de l'époque sur les éclipses solaires et lunaires, il prétend que le Soleil et la Lune sont sphériques et non plats, tout en développant le raisonnement des précédents astronomes chinois. Avec son collègue Wei Pu du bureau d'Astronomie, Shen utilise des hypothèses cosmologiques en décrivant les variations des mouvements des planètes. Une des principales réussites de Shen, avec l'aide de Wei Pu, est la correction du calcul de l'orbite de la Lune, en observant son parcours trois fois par nuit pendant cinq ans. Malheureusement, Shen a de nombreux ennemis politiques à la cour qui sont déterminés à saborder son travail. La cour accepte complètement ses nouveaux calculs sur les orbites lunaire et solaire, mais n'adopte que partiellement sa théorie sur les mouvements des planètes.

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Une des cinq cartes du ciel publiées dans le livre sur l'horlogerie et l'astronomie de Su Song en 1092, mettant en avant la position correcte de l'étoile Polaire, découverte par Shen Kuo.

Les intellectuels comme Shen Kuo touchent à divers sujets comme les mathématiques, la géographie, la géologie, l'économie, le génie civil, la médecine, la critique d'art, l'archéologie, la stratégie militaire et la diplomatie entre autres. Au cours d'une courte mission d'inspection des frontières, Shen Kuo dessine une carte en relief en bois et colle, afin de montrer les montagnes, routes, rivières et passages aux autres fonctionnaires. Il reproduit chaque situation possible sur un plateau de jeu, et la possibilité d'une campagne plus longue pour tester les limites en approvisionnement de ses hommes.

Shen Kuo est aussi connu pour l'amélioration de la conception de clepsydres, de sphères armillaires, du gnomon et de lunettes astronomiques. Ceci lui a permis d'améliorer ses observations de l'étoile Polaire et d'autres corps célestes. Il a également mené des expériences sur les chambres noires quelques dizaines d'années après la première expérimentation de Alhazen (965–1039)

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Boussole chinoise

L'enthousiasme de ces deux hommes à engager des fonctionnaires hautement qualifiés dans les différentes sciences a eu un bénéfice à la fois sur l'administration, l'organisation militaire, l'économie et le peuple.

 

Odomètre et chariot pointant le sud

Il existe de nombreuses personnalités importantes de l'époque Song, autres que Shen Kuo et Su Song, qui ont grandement contribué aux innovations technologiques de cette période. Bien que le système mécanique de mesure des distances par un chariot appelé odomètre est connu en Chine depuis la dynastie Han, le Song Shi, compilé en 1345, fournit une description plus détaillée que les anciennes sources chinoises. Le Song Shi indique que :

« L'odomètre. [Le chariot de mesure des distances] est peint en rouge, avec des images de fleurs et d'oiseaux sur les quatre côtés et est construit en deux étages, joliment ornés de sculptures. À chaque li parcouru, la figure en bois d'un homme de l'étape inférieur frappe un tambour. Tous les 10 li, la figure de l'étage supérieur frappe une cloche. Les extrémités du chariot sont des têtes de phœnix et le tout est tiré par quatre chevaux. Son escorte était autrefois composée de 18 hommes, mais depuis la quatrième année de la période de règne Yongxi (987) l'empereur Taizong l'a augmenté à 10. La cinquième année de la période de règne Tian-Sheng (1027), le Chambellan en chef Lu Daolong a présenté des spécifications pour la construction d'odomètres comme suit : (...) »

Ce qui suit est une longue dissertation écrite par le Chambellan en chef Lu Daolong sur la taille des roues et des engins. Toutefois, le paragraphe de conclusion donne une description finale sur l'usage ultime de ce matériel :

« Lorsque la roue horizontale centrale a effectué une révolution, le chariot aura parcouru un li et la figure en bois de l'étage inférieur frappera le tambour. Lorsque la roue horizontale supérieure a fait une révolution, le chariot aura parcouru dix li et la figure de l'étage supérieur frappera la cloche. Les rouages utilisés, grands et petits, mesurent 200 mm au total, avec un total de 285 dents. Ainsi, le mouvement est transmis par des chaînes, les « dents de chien », mutuellement les unes avec les autres, de sorte que par chaque révolution tout revient à son point de départ. »

De plus, le système d'odomètre de la période Song est couplé avec un système de chariot pointant le sud, qui est inventé la première fois par le mécanicien Ma Jun (200-265). Ce chariot est un véhicule à roues qui contient des rouages différentiels, utilisés de nos jours dans les automobiles modernes pour appliquer un même couple à des roues tournant à des vitesses différentes. Le rouage différentiel est utilisé ici pour maintenir une figurine pointant une direction dans une position fixe vers le sud. Ce système utilise donc des mécanismes complexes plutôt qu'une boussole magnétique. Yan Su (燕肃; c. 961–1040), le directeur divisionnaire du ministère du Travail, recrée un chariot pointant le sud en 1027. Les spécificités employées dans sa conception sont conservées dans le Song Shi. Yan est un polymathe comme Shen Kuo et Su Song, qui a contribué à l'amélioration de conception de clepsydres, écrit des fonctions harmoniques, des théories sur les marées, etc.. Le Song Shi établit que l'ingénieur Wu Deren combine le chariot pointant le sud et l'odomètre en 1107 :

« La première année de la période du règne Da-Guan (1107), le chambellan Wu Deren a présenté les spécifications d'un chariot pointant le sud et d'un odomètre. Les deux véhicules ont été fabriqués, et le premier utilisé pour la première fois cette année lors de la grande cérémonie du sacrifice ancestral. »

Le texte décrit ensuite en détail la conception du mécanisme interne des deux systèmes combinés en un seul.

Monuments pivotants

 
Monument pivotant dans le Yingzao Fashi.

En plus des clepsydres, sphères armillaires hydrauliques, odomètres et chariots pointant le sud, il existe d'autres systèmes mécaniques impressionnants qui ont été développés durant la dynastie Song. Bien que les références littéraires sur les bâtiments pivotants mécaniques dans les temples bouddhistes remontent à 823 durant la dynastie Tang, leur usage se répand durant la période Song. De plus, le plus ancien bâtiment pivotant encore existant de nos jours date de la dynastie Song. Il a été découvert dans le monastère de Longxing à Zhengding, dans la province du Hebei. En outre, les neuf bâtiments pivotants les plus connus datent de cette époque et l'un d'eux est décrit dans le Yingzao Fashi (« Traité sur les méthodes d'architecture ») de Li Jie, écrit en 1103. Le temple Kaifu près de Changsha abrite un bâtiment pivotant qui est actionné par cinq rouages. Celui du temple Nanchan à Suzhou possède un système de frein. Les sinologues n'ont pas réussi à percer tous les mystères de son fonctionnement puisque de tels systèmes sont apparus pour la première fois en Europe sous Léonard de Vinci. Plus tard, le voyageur musulman Shah Rukh (fils du seigneur de guerre turco-mongol Timur) visite la Chine de la dynastie Ming en 1420 et décrit un bâtiment pivotant dans la ville de Ganzhou, province du Gansu. Il le nomme « kiosque » :

« Dans un autre temple, il y a un kiosque octogonal, qui possède quinze étages. Chaque étage contient des appartements décorés de laque, avec des vestibules et des vérandas... Il est entièrement fabriqué de bois poli et doré de telle façon qu'il semble être fait d'or brut. Il y a une cave en dessous. Un manche en acier fixé au centre du kiosque le traverse de haut en bas et la base de l'édifice est un plateau d'acier, tandis que l'extrémité supérieure sert de support au toit du pavillon. Ainsi, une personne dans la cave peut grâce à un effort futile faire pivoter ce grand kiosque. Tous les charpentiers, forgerons et peintres du monde apprendraient quelque chose pour leur métier en venant ici ! »

Machine à tisser

 
Détail de La Roue à tisser, par Wang Juzheng, période des Song du Nord (960–1127).
 
Pêcheur sur un lac hivernal, peint en 1195 par Ma Yuan, la plus ancienne représentation connue d'un moulinet.

Dans le domaine de la manufacture textile, Joseph Needham (1900-1995) prétend que les Chinois ont inventé la roue à tisser au XIIe siècle, et écrit que le mécanisme de commande par courroie est connu depuis le XIe siècle. Le livre de Qin Guan, Can Shu (« Livre de sériciculture »), datant de 1090, décrit une machine à enrouler la soie par oscillation. La soie est liée et enroulée à la bobine principale grâce à un mouvement de pédale. Dans ce système, le bras principal est actionné par un entraînement par courroie. Cette machine est illustrée dans le livre Geng Zhi Tu en 1237. Une illustration plus élaborée est également fournie dans un livre datant du XVIIe siècle. Le livre de Qin Guan en 1090 décrit :

« La poulie (en gardant la patte excentrée) est pourvue d'une rainure pour la réception de la courroie, une bande sans fin qui répond au mouvement de la machine qui met en rotation continue la poulie. »

Toutefois, Robert Temple écrit en 1986 que le mécanisme de courroie est mentionné pour la première fois par Yang Xiong (53-18 av.JC) dans son « Dictionnaire des expressions locales » en l'an -15. Il écrit : « Elle a été développée pour des machines en rapport avec la fabrication de soie (...) qui embobinent les fibres de soie pour les voyages du tisserand ». Temple affirme qu'une machine avec entraînement à courroie et une petite poulie est décrite dans un livre écrit entre 230 et 232. Une corde sans fin a peut-être été utilisée dans les mécanismes à roues à aubes de Du Shi qui actionnent les soufflets des hauts fourneaux au Ier siècle.

Caractères d'imprimerie mobiles

Article principal : Caractère (typographie).

La technique d'imprimerie par caractères mobiles est inventée par Bi Sheng (毕升; 990–1051) au XIe siècle. Son travail est décrit par Shen Kuo dans son livre Mengxi Bitan. Les caractères mobiles, avec les caractères en bois, contribuent directement à la production de masse d'ouvrages imprimés. De ce fait, les parents peuvent inciter plus facilement leurs fils à apprendre à lire et à écrire afin d'être capables de se présenter aux examens impériaux et de faire partie de la bureaucratie éduquée. Les caractères mobiles sont améliorés sous la dynastie Joseon en Corée, où les caractères en terre cuite de Bi Sheng sont remplacés par des caractères en métal dès 1234. Les caractères de Bi Sheng sont également améliorés par Wang Zhen (1290-1333) qui invente les caractères mobiles en bois en 1298, puis par Hua Sui (1439-1512) qui les fabrique en bronze en 1490. Bien que les caractères mobiles et en bois constituent les techniques principales d'imprimerie pendant des siècles, la presse typographique européenne sera finalement adoptée par les pays d'Asie du Sud-Est.

 
Le Bencao sur la médecine traditionnelle chinoise, imprimé par des caractères en bois en 1249.

La production en masse de papier destiné à l'écriture est déjà bien établie en Chine. Le processus de fabrication du papier est perfectionné et standardisé durant la dynastie Tang, par l'eunuque Cai Lun (50-121), en 105. Le papier est d'ailleurs largement répandu pour l'écriture dès le IIIe siècle. Par ailleurs, le papier a bien d'autres usages à cette époque. La dynastie Song est le premier gouvernement au monde à émettre des billets de banque en papier. Le papier toilette est utilisé en Chine depuis le VIe siècle, ainsi que des sacs en papier pour préserver les arômes des thés dès le VIIe siècle. Le papier est aussi utilisé par les fonctionnaires qui ont rendu de grands services et qui sont récompensés par la cour via des cadeaux imprimés sur papier. Sous la dynastie Song, toute l'industrie, publique comme privée, se développe pour répondre aux besoins d'une population croissante qui a dépassé les 100 millions d'individus. Par exemple, pour assurer l'impression des billets de banque en papier, la cour a créé plusieurs forges de monnaie et des usines dans les villes de Huizong, Chengdu, Hangzhou et Anqi. La force de travail dans ce domaine est relativement importante, puisqu'en 1175, il est rapporté que l'usine de Hangzhou à elle seule emploie plus de mille ouvriers chaque jour.

Poudre à canon

Article détaillé : Poudre à canon.
 
Plus ancienne représentation connue d'une arme à feu (un lance-flammes) et d'une grenade (en haut à droite), sur les murs de grottes à Dunhuang, 950.

Les avancées techniques ont facilité la défense de la dynastie Song face à ces ennemis venus du nord. Le lance-flammes trouve ses origines dans la Grèce byzantine, qui utilisait le feu grégeois(un liquide pétrochimique complexe et hautement inflammable) dans un système avec siphon durant le VIIe siècle. La plus ancienne référence au feu grégeois en Chine remonte à 917, par Wu Renchen dans le Shiguo Chunqiu. En 919, une pompe à projection fonctionnant avec un siphon est utilisée pour répandre « l'huile féroce du feu » qui ne peut pas être éteinte par de l'eau, comme le rapporte Lin Yu dans son Wuyue Beishi. Ceci constitue par conséquent la première référence crédible chinoise d'usage de lance-flamme employant une solution chimique de feu grégeois. Lin Yu mentionne également que « l'huile féroce du feu » est finalement dérivé d'un des contacts maritimes de la Chine dans les mers du Sud, en Arabie. Au cours de la bataille de Langshan Jiang (Rivière de la Montagne de Loup) en 932, la flotte navale du roi Wenmu du royaume de Wuyue défait une armée du Hainan de l'état de Wu. Le succès de Wenmu est facilité par l'usage d'« huile de feu » (huo you) pour brûler la flotte adverse, ce qui constitue le premier usage chinois de poudre à canon dans une bataille. Les Chinois utilisent des soufflets à doubles pistons pour pomper le pétrole jusque dans un cylindre (avec un mouvement de va-et-vient), avec à son extrémité une allumette à consommation lente qui enflamme un flot continu de feu. Ce système est décrit et illustré dans le manuscrit militaire Wujing Zongyao datant de 1044. Au cours de la chute de l’État des Tang du Sud en 976, les nouvelles forces navales des Song les ont affrontés sur le fleuve Yangzi Jiang en 975. Les forces Tang tentent d'utiliser des lance-flammes contre les navires Song, mais se retrouvent accidentellement consumés par leur propre feu lorsque de violents vents soufflent dans leur direction.

 
Un lance-flammes chinois, tiré du manuscrit Wujing Zongyao datant de 1044.

Bien que les effets dévastateurs de la poudre à canon sont décrits au cours de la dynastie Tang par un alchimiste taoïste, les premières formules écrites connues de poudre à canon remontent à 1044 dans le Wujing Zongyao, qui décrit des bombes explosives lancées par des catapultes. Les premiers développements de tonneaux de fusils et de canons datent de la Chine des Song. La première représentation dans les arts chinois du lance-flammes (une combinaison entre un lance-flammes et un fusil) se trouve sur une peinture murale bouddhiste de Dunhuang, datée d'environ 950. Ces lance-flammes sont très répandus au début du XIIe siècle, composés de tubes en bambou projetant des particules de sable, des granulés, des tessons pointus en métal et poterie ou des flèches. Par la suite, le bambou périssable est remplacé par des tubes en acier. à partir de là, le nom de cette nouvelle arme change de « lance de feu » (huo qiang) à « tube de feu » ((huo tong). Cet ancêtre du fusil est complété par l'ancêtre du canon, que les Chinois référencent depuis le XIIIe siècle comme « cracheur multiple de balles » (bai zu lian zhu pao). Il est constitué d'un tube de bronze ou d'acier qui est rempli d'une centaine de balles de plomb.

La première représentation connue d'un fusil est une sculpture située dans une grotte du Sichuan, datant de 1128, qui met en scène un personnage qui tient une bombarde, une mèche d'allumage et un boulet de canon. Toutefois, le plus ancien pistolet jamais découvert provient de fouilles menées dans la province du Heilongjiang et daté de l'an 1288. Les Chinois ont également découvert le potentiel explosif des boulets de canons creusés et remplis de poudre à canon. Plus tard, Jiao Yu écrit un manuscrit, le Huolongjing, au milieu du XIVe siècle, dans lequel il décrit le canon en acier de la précédente dynastie Song, connu sous le nom de « coup de tonnerre qui vole dans les nuages » (fei yun pi-li pao). Le manuscrit indique que :

« Les obus sont faits de fonte, aussi grands qu'un bol et qui ont la forme d'une balle. À l'intérieur, on trouve une demi-livre de poudre à canon « magique ». On les envoie voler jusque dans le camp ennemi pour exploser ; et lorsqu'ils arrivent un son comparable au tonnerre est entendu, et des flashs de lumière sont observés. Si dix de ces obus sont tirés avec succès dans le camp ennemi, l'endroit en entier sera enflammé... »

 
Illustration de la dynastie Ming montrant un trébuchet, comme décrit dans le Wujing Zongyao datant de 1044.

Comme noté précédemment, le changement de terminologie de ces nouvelles armes durant la période Song est progressif. Les canons du début de la dynastie Song sont d'abord appelés de la même manière que les trébuchets chinois. Un fonctionnaire de la dynastie Ming, Mao Yuanyi explique cet usage de terminologie et les vraies origines du canon dans son ouvrage Wubei Zhi, écrit en 1621 :

« Les gens de la dynastie Song utilisaient le trébuchet tournant, le trébuchet unipolaire et le trébuchet du tigre accroupi. Ils sont tous appelés « trébuchets de feu » car ils sont utilisés pour projeter des armes de feu comme des boules de feu et des piques de feu. Ils étaient des ancêtres du canon. »

Le Huolongjing datant du XIVe siècle est également un des premiers textes chinois à décrire consciencieusement l'usage de mines explosives, qui ont été utilisées à la fin de la dynastie Song contre les Mongols en 1277, avant d'être réutilisées plus tard par la dynastie Yuan. L'apparition des mines explosives est créditée à Luo Qianxia lors de la campagne de défense contre les envahisseurs mongols menés par Kublai Khan. Des textes chinois postérieurs révèlent que les mines chinoises sont actionnées en déchirant une corde ou par le mouvement de pièges, qui libère un poids en silex dont l'extrémité provoque des étincelles qui enflamment les explosifs des mines. Par ailleurs, la dynastie Song utilise sur les champs de bataille les premières fusées propulsées par poudre à canon au début du XIIIe siècle, sous sa forme archaïque de « flèches de feu ». Au cours de la chute en 1126 de la capitale des Song du Nord, Kaifeng, Xia Shaozeng écrit que 20 000 flèches de feu sont récoltées par les Jurchens après leur conquête. Un texte plus ancien, le Wujing Zongyao (« Collection des techniques militaires les plus importantes »), écrit en 1044 par les fonctionnaires Song Zeng Kongliang et Yang Weide, décrit l'usage de balistes qui tirent des courtes flèches enflammées et qui contiennent des paquets de poudre à canon à proximité de leur tête. Plus récemment, le Wu Li Xiao Shi, écrit en 1630 (seconde édition en 1664) par Fan Yizhi, affirme que les flèches enflammées sont présentées à l'empereur Song Taizu (r. 960-976) dès 960.

Génie civil

 
Écluse moderne en France.

Dans la Chine ancienne, le sluice, les écluses et les pertuis sont connus depuis au moins le Ier siècle av. J.-C.. Les écluses à sas sont cependant inventées durant la dynastie Song, en 984 par le commissaire assistant des transports du Hainan, l'ingénieur Qiao Weiyo. À cette époque, les Chinois rencontrent des problèmes de trafic des péniches dans le secteur de Shanyang Yundao sur le grand canal. En effet, les navires s'échouent souvent en passant les doubles cales sèches et des bandits locaux les prennent souvent pour cible. Le texte historique Song Shi, compilé en 1345, indique :

« Qiao Weiyo a également construit cinq cales sèches entre Anbei et Huaishi. Chacune d'elles possède dix voies pour permettre aux navires de monter et descendre. Les cargaisons impériales d'impôts en grain étaient lourdes et ont souvent été endommagées ou détruites, avec la perte du grain et un détournement de biens par une cabale de travailleurs en accords avec des bandits locaux. Qiao Weiyo a donc pour la première fois ordonné la construction de deux portes sur le troisième barrage le long de la rivière occidentale (près de Huaiyin). La distance entre les deux portes était de plus de 50 pas et tout l'espace était recouvert d'un grand toit servant d'abri. Les portes sont des « portes tombantes » ; (quand elles sont closes) l'eau s'accumulait jusqu'à ce que le niveau requis soit atteint. Il a également construit un pont horizontal pour protéger leurs fondations. Après cela, le précédent problème fut complètement éradiqué et le passage des bateaux fut assuré sans dérangement majeur. »

 
Diagramme d'une écluse à sas inventée au Xe siècle et décrite par Shen Kuo.

Cette pratique se répand largement et est décrite par le polymathe Shen Kuo dans son Mengxi Bitan en 1088. Il y détaille la construction d'une écluse à Zhenzhou (probablement Kuozhou le long du Yangzi Jiang) qui emploie chaque année 500 personnes et a permis d'économiser plus de 1 250 000 ligatures par an. Selon les anciennes méthodes de transport naval, la cargaison des navires était limitée à 21 tonnes var vaisseau. Avec l'introduction des écluses à sas, cette capacité est élevée à 28 tonnes par navire. Shen écrit qu'à cette époque (1080) les bateaux gouvernementaux peuvent transporter jusqu'à 49,5 tonnes, alors que les bateaux privés ont une capacité de 113 tonnes. Il note également que l'utilisation de sluices dans les canaux d'irrigation est la meilleure innovation faite dans le domaine de la fertilisation des sols avec des limons. Toutefois, les besoins agricoles et logistiques entrent en conflit, comme le montre le Dongpo Zhilin de 1060, écrit par Su Shi (1037-1101) :

« Il y a plusieurs années, le gouvernement a construit des sluices pour fertiliser les sols avec du limon, alors que beaucoup de personnes étaient en désaccord avec ce plan. En dépit de toutes les oppositions, il a été mené à bien et a connu un petit succès. Lorsque les flots du Fan Shan sont abondants, les portes restent fermées et cela cause des dommages (en inondant) les champs, tombeaux et maisons. Lorsque le débit diminue à la fin de l'automne, les sluices sont ouverts et les champs sont alors irrigués avec de l'eau chargée de limon, mais le dépôt n'est pas assez épais pour les paysans. Finalement, le gouvernement se fatigue et arrête le projet. À ce propos, je me souviens avoir lu le Jiayipan [du poète] Bai Juyi dans lequel il dit avoir obtenu un poste de Commissaire du trafic. Comme la rivière Bian était trop peu profonde pour permettre le passage des bateaux, il suggéra que les sluices le long de la rivière et du canal devraient rester fermés. Mais le Gouverneur militaire pointa le fait que la rivière était bordée de chaque côté par des champs produisant du grain pour ses troupes et que si l'irrigation était interdite, la fermeture des sluices diminuerait la production de grain. De cela, j'ai appris que durant la dynastie Tang, il y avait des champs gouvernementaux et des sluices bordant la rivière des deux côtés et que l'irrigation continuait en permanence, même lorsque le niveau d'eau était élevé. Si cela a pu être fait avec succès dans les temps anciens, pourquoi cela ne peut-il pas être fait maintenant ? Je devrais enquêter un peu plus sur ce sujet auprès des experts. »

Même si le concept de cale sèche est connu depuis l’Égypte du IIIe siècle av. J.-C. (par les Phéniciens, mais inutilisé jusqu'en 1495 par Henry VII d'Angleterre), le scientifique et homme d’État Shen Kuo écrit qu'il est utilisé pour réparer les bateaux au cours du XIe siècle :

« Au début de la dynastie (965), les deux provinces Zhe (actuellement province du Zhejiang et sud du Jiangsu) ont présenté (au trône) deux bateaux dragons de plus de 60 m chacun. Les aménagements principaux incluent plusieurs ponts avec des cabines luxueuses et des salons, contenant des trônes et des canapés tout prêts pour les voyages impériaux. Après plusieurs années, leurs coques ont pourri et ont eu besoin de réparations, mais le travail était impossible tant qu'ils étaient à flot. Donc, durant la période de règne Xi-Ning (1068 à 1077), un fonctionnaire du palais, Huang Huaixin, a suggéré une solution. Un important bassin fut creusé à l'extrémité nord du lac Jinming, capable de recueillir les bateaux dragons, et des poutres ont été installées en diagonale dans leur fond, maintenus par une fondation de piliers. Ensuite (une brèche a été faite) pour remplir rapidement le bassin d'eau, après quoi les bateaux ont été remorqués au-dessus des poutres. (La brèche désormais fermée), l'eau a été pompée par des roues et ainsi les bateaux sont restés en l'air. Une fois les réparations terminées, l'eau est à nouveau rentrée, afin de remettre à flot les bateaux une nouvelle fois. Finalement, les poutres et piliers ont été démontés et le bassin recouvert d'un toit, afin de le transformer en hangar dans lequel les navires peuvent se protéger des éléments naturels et éviter les dommages causés par une exposition excessive. »

Génie naval

Contexte

 
Détails de navires fluviaux mis à quai à Kaifeng, extrait de « Le Jour de Qingming au bord de la rivière » par Zhang Zeduan (1085–1145).

Les Chinois de la dynastie Song sont des marins habiles qui voyagent vers des escales lointaines jusqu'en Égypte. Ils sont bien équipés pour leurs voyages à l'étranger, dans des grands navires de mer conduits par des gouvernails de poupe et guidés par des boussoles magnétiques. Bien avant que Shen Kuo et Zhu Yu ne décrivent la boussole à aiguille magnétique, le traité militaire Wujing Zongyao écrit en 1044 décrit une boussole à thermorémanence. Celle-ci est une simple aiguille en acier ou en fer qui est chauffée et refroidie avant d'être placée dans un bol d'eau, produisant ainsi un effet d'aimantation faible. Toutefois son usage se cantonne à la navigation terrestre et non maritime.

Littérature

 
Autre détail de la fresque « Le Jour de Qingming au bord de la rivière ».

Il existe dans la littérature chinoise de nombreuses descriptions des activités portuaires, du commerce maritime, du commerce extérieur et des navires de commerces eux-mêmes. En 1117, l'auteur Zhu Yu écrit non seulement sur la boussole magnétique, mais également sur une ligne de cent pieds avec un crochet sur le pont du navire, utilisée pour collecter des échantillons de vase au fond de la mer afin que l'équipage puisse en déduire la position du navire en fonction de l'odeur et de l'apparence de la vase. De plus, Zhu Yu décrit des compartiments à cloisons étanches dans la coque des navires afin de se prémunir d'un échouage en cas de dommage de la coque la voile aurique, les voiles tendues sur un mat et la méthode pour battre le vent. Confirmant les écrits de Zhu Yu sur les bateaux à coques compartimentées, un navire datant de 1277 de près de 24 m de long et 9 m de large est découvert en 1973 sous l'eau près de la côte méridionale de la Chine. Cette épave compte 12 compartiments dans sa coque. La culture maritime durant la période de la dynastie Song est accrue par ces nouvelles technologies, qui permettent un plus grand trafic sur les rivières et canaux. Celui-ci est animé par les navires gouvernementaux transportant les impôts en grain, les navires et barges de tributs, les navires marchands privés, une multitude de pêcheurs dans de petits bateaux de pêche et les confortables et luxurieux yachts privés des plus riches.

En plus de Zhu yu, il existe d'autres auteurs chinois importants sur la marine. En 1178, l'officier des douanes de Guangzhou, Zhou Qufei, qui a écrit sur le commerce d'esclaves africains par les Arabes jusqu'à Madagascar, décrit la taille, la solidité en mer et la vie à bord des navires de mer chinois :

 
Peinture sur soie de la dynastie Song représentant deux jonques accompagnées par un plus petit bateau. Le bateau en arrière plan est équipé d'un grand gouvernail monté sur sa poupe.
 
Jonque de la dynastie Song, XIIIe siècle. Les navires chinois de cette période sont équipés de coque à compartiments de cloisons étanches.

« Les bateaux qui naviguent sur la mer du sud et au sud de celle-ci sont comme des maisons. Lorsque les voiles sont déployées elles ressemblent à de grands nuages dans le ciel. Leurs gouvernails mesurent plusieurs dizaines de pieds de long. Un simple navire transporte plusieurs centaines d'hommes et peut contenir une année de réserves de grains. Des cochons sont nourris et du vin est produit à bord. Il n'existe aucune raison de revenir sur la terre ferme une fois que les personnes sont lancées en mer. Au petit matin, lorsque le gong résonne sur le bateau, les animaux peuvent boire à satiété et le personnel et les passagers oublient tous les dangers. (...) Le capitaine peut dire « Pour aller vers tel ou tel pays, avec un vent favorable, en autant de jours, nous devrions voir telle ou telle montagne, (alors) le navire doit s'orienter dans telle ou telle direction ». Mais soudainement le vent peut tomber et ne pas être suffisamment fort pour arriver à destination à temps. Dans ce cas, le cap doit être modifié. D'un autre côté, le bateau peut aller au delà des repères prévus et ainsi se perdre. Une tempête peut surgir, le navire peut être soufflé çà et là, il peut rencontrer des hauts-fonds ou s'écraser sur des rochers cachés(...). Un grand navire avec la cargaison lourde n'a rien à craindre de la haute mer, mais plutôt des eaux peu profondes. »

Le voyageur berbère Ibn Battûta (1304–1377) décrit avec plus de détails la marine chinoise que Zhou Qufei. Il note que dans et près des mers de Chine, seules les jonques chinoises sont utilisées pour naviguer sur les eaux. Il remarque que les plus grands bateaux chinois s'enorgueillissent de douze mâts, alors que les plus petits en compte trois. Sur les navires chinois et leurs équipages, Ibn Battûta écrit :

« Les voiles de ces vaisseaux sont fabriqués de bandes de bambou, tissées pour former un matage. Les marins ne les descendent jamais (mais) changent simplement leur direction en fonction de la direction du vent. Lorsque les bateaux jettent l'ancre, les voiles sont encore au vent. Chacun de ces bateaux emploie 1 000 hommes, 600 marins et 400 militaires, dont des archers et des arbalétriers équipés de boucliers et des hommes qui jettent des pots de naphta. Chaque grand vaisseau est suivi par d'autres, un nisfi, un thoulthi et un roubi. Ces vaisseaux sont fabriqués nulle part ailleurs que dans la ville de Zayton (Quanzhou) en Chine ou à Sin-Kilan (Guangzhou). »

Ibn Battûta décrit ensuite les moyens mis en œuvre pour leur construction et apporte une description précise des cloisons des compartiments dans la coque des bateaux :

« Voici la manière dont ils sont construits. deux murs (parallèles) de bois très épais sont montés et dans l'espace entre les deux sont placées des planches très épaisses (les compartiments) sécurisées longitudinalement et transversalement pas de grands clous, chacun mesurant trois aunes de long. Une fois ces murs construits, le pont inférieur est intégré et le navire est lancé avant la fin des travaux supérieurs. Les pièces de bois et ces parties de la coque près de la ligne de flottaison permettent à l'équipage de se laver et d'accomplir leurs nécessités naturelles. Sur les côtés de ces pièces de bois on trouve des rames. Elles sont aussi grandes que les mâts et son activées par 10 ou 15 homme (par rame), qui rament debout. »

Bien qu'Ibn Battûta mentionne la taille des équipages marins, il décrit encore la taille des bateaux, mais aussi les luxueuses cabines des marchands à bord :

« Les vaisseaux possèdent quatre ponts, dans lesquels sont répartis les cabines et salons des marchands. Certains possèdent des placards et d'autres commodités. Ils possèdent des portes qui peuvent être verrouillées par leurs occupants. (Les marchands) emmènent avec eux leurs femmes et concubines. Il arrive souvent qu'un homme reste seul dans sa cabine, sans que les autres membres de l'équipage ne s'en rendent compte avant l'arrivée dans un port. Les marins sont aussi accompagnés de leurs enfants dans ces cabines et (dans certaines parties du navire) ils cultivent des herbes, légumes et gingembre dans des bacs en bois. Le commandant d'un tel vaisseau est un grand émir. Quand il met pied à terre, les archers et les éthiopien (c'est-à-dire les esclaves noirs) marchent devant lui, portant des javelots et des épées, battant des tambours et jouant de la trompette. Lorsqu'il entre dans la maison d'hôte dans laquelle il réside, ils installent des lances de chaque côté de la porte et y montent la garde le temps de sa visite. »

Navires à roues à aubes

 
Navire à roues à aubes, 1726.

Durant la dynastie Song une importante attention est donnée à la construction de vaisseaux automoteurs efficients, connus sous le nom d'embarcations à roues à aubes. Toutefois ces dernières sont connues en Chine depuis environ le Ve siècle, et certainement durant la dynastie Tang avec la conception de bateaux de guerre à roues à aubes par Li Gao. En 1134, le commissaire aux transports du Zhejiang, Wu Ge, construit des navires de guerres à roues à aubes équipés de neuf à trente roues. Toutefois, il existe des bateaux à roues à aubes durant la période Song tellement longs qu'ils hébergent 12 roues de chaque côté du vaisseau. En 1135, le célèbre général Yue Fei (1103-1142) tend une embuscade à des rebelles menés par Yang Yao en enchevêtrant les roues à aubes des navires en remplissant le lac par du bois flottant et des bûches pourries. Ceci leur permis donc d'aborder les navires et de remporter une victoire stratégique. En 1161, les bombes et les navires à roues à aubes sont utilisés efficacement par les Chinois Song durant la bataille de Tangdao et la bataille de Caishi contre les Jurchen de la dynastie Jin, qui ont lancé une invasion infructueuse sur le territoire des Song du Sud le long du Yangzi Jiang. En 1183, le commandant naval de Nankin, Chen Tang, est récompensé pour la construction de quatre-vingt-dix navires à roues à aubes et autre vaisseaux de guerre. En 1176, l'empereur Song Xiaozong (r. 162-1189) émet un décret impérial au fonctionnaire de Nankin, Guo Gang (qui désire transformer les embarcations à roues à aubes endommagées en jonques et galères) pour ne pas limiter le nombre de navires à roues à aubes dans les chantiers navals de la marine, car il a une grande estime de ce navire d'attaque rapide qui a permis aux Chinois de remporter la bataille de Caishi. Cependant, les navires à roues à aube ont d'autres usages que celui purement militaire. Le commissaire de la marine marchande de Quanzhou, le musulman Pu Shougeng note que les navires à roues à aubes sont également utilisés par les Chinois comme remorqueurs.

Métallurgie

 
Illustration des soufflets d'un haut fourneau actionnés par des roues à eau, extrait du Nong Shu, par Wang Zhen, 1313, dynastie Yuan.

L'art de la métallurgie durant la dynastie Song repose sur les efforts des précédentes dynasties chinoises, qui ont développé de nouvelles méthodes. Les Chinois de la dynastie Han (202 av JC - 220) savent comment créer de l'acier en fondant du carbone de fer forgé et de la fonte, dès le Ier siècle av. J.-C.. Toutefois, la dynastie Song connaît deux nouvelles innovations majeures dans la fabrication d'acier, au cours du XIe siècle. La méthode berganesque produit de l'acier inférieur, non homogène. La seconde innovation est l'ancêtre du procédé Bessemer qui utilise la décarbonisation partielle via des forges répétées sous un vent froid.

Par habitant, la production d'acier est multiplée par sept entre 806 et 1078. Ainsi, la Chine produit en 1078 127 000 000 kg d'acier lourd par an. L'historien Donald B. Wagner souligne que cette estimation est basée sur les recettes des taxes gouvernementales sur l'acier chez les différents producteurs de l'empire. Le processus de fonte utilise d'imposants soufflets actionnés par de grandes roues à eau. Un important montant de charbon est donc destiné dans le processus de production, ce qui conduit à une importante déforestation du nord de la Chine. Cependant, à la fin du XIe siècle, les Chinois découvrent la bitumeuse à coke qui peut remplacer le rôle du charbon, épargnant ainsi des acres de terrains forestiers du nord de la Chine. Cette importante augmentation de production de fer et d'acier en Chine est le résultat des besoins de l'expansion militaire, des demandes du commerce intérieur pour les produits métalliques comme les ustensiles de cuisine et une large variété des outils agricoles, et des canaux qui relient les importants centres de production avec les marchés des villes les plus animées. Les différents usages des produits manufacturés en acier sur la période Song inclut les armes en acier, les outils, les pièces de monnaie, les éléments architecturaux, les cloches de musique, les statues artistiques et les composants pour les machines telles que les marteaux à bascules hydrauliques, qui sont utilisés depuis le Ier siècle av. J.-C. et utilisés plus largement durant la dynastie Song. Selon l'historien Robert Hartwell, l'énorme production d'acier chinois au cours du XIIe siècle est équivalente à celle observée en Angleterre au début de la révolution industrielle durant le XVIIIe siècle. Toutefois, les Chinois Song n'exploitent pas l'énergie potentiel du charbon pour produire de la puissance mécanique, contrairement à la révolution industrielle qui est survenue en Occident. Dans certaines préfectures, l'industrie du fer chinoise est plus concentrée. Par exemple, le poète Su Shi recense en 1078 36 fonderies qui emploient chacune plusieurs centaines de personnes dans la préfecture industrielle de Liguo (sous sa gouvernance lorsqu'il administre Xuzhou).

Énergie éolienne

 
Moulins à vent verticaux dans la région de La Manche, en Espagne, qui diffèrent de la conception des moulins à vents horizontaux chinois.

L'effet de l'énergie éolienne est apprécié en Chine bien avant l'introduction des moulins à vent durant la période Song. Par le passé, les Chinois utilisaient des soufflets pneumatiques pour les fours et les fourneaux. Ils existent peut être depuis la dynastie Shang (-1600 à -1050), avec la technologie compliquée du moulage de bronze. Ils étaient certainement utilisés avec les hauts fourneaux en Chine à partir du VIe siècle av. J.-C., destinés à compenser l'usage répandu d'outils de fermes et d'armes dès le Ve siècle av. J.-C.. En 31, le préfet et ingénieur de la dynastie Han Du Shi utilise des roues à eau horizontales et un mécanisme complexe de rouages pour activer les importants soufflets des hauts fourneaux lors de la fusion de la fonte. Les soufflets continuent également à être utilisés en métallurgie, mais d'autres sources d'énergie éolienne sont découvertes et exploitées. L'artisan de la dynastie Han Ding Huan est le pionnier dans l'invention de la suspension cardan et du ventilateur, qui est utilisé comme système d'air conditionné. Ils comportent sept roues de 3 m de diamètre chacune et mues manuellement, mais les palais de la dynastie Tang (618-907) utilisent des ventilateurs à énergie hydraulique pour l'air conditionné. Durant la dynastie Song, Needham déclare que « les effets réfrigérants des courants d'air artificiels sont de plus en plus appréciés ». Il existe également une machine complexe de vannage par un éventail rotatif, décrite dans le Livre d'agriculture de Wang Zhen, le Nong shu (农书 / 農書) en 1313 (même si la première description d'une telle machine remonte à la dynastie Han). Après ces innovations, le moulin à vent est finalement introduit en Chine au début du XIIIe siècle au cours de la dynastie Jin au nord de la Chine.

L'érudit perse Ali Ibn Sahl Rabban al-Tabari écrit en 850 que l'ancien calife Umar ibn al-Khattab a été assassiné en 644 par le technicien Abu Lu'lu'a, qui réclamait la construction de moulins actionnés par la force éolienne. Les moulins à vent des frères Banu Musa (850 à 870) sont plus fiables que ces derniers. Les frères sont les auteurs de plusieurs moulins à Sistan (Iran). Les Chinois du nord, sous le règne des Jurchens de la dynastie Jin prennent connaissance des moulins à vent du monde islamique dès le début du XIIIe siècle. Ceci est relaté dans le Shuzhai lao xue congtan (《庶斋老学丛谈》, shù zhāi lǎo xué cóngtán, « recueil d'étude de la vieillesse par de nombreux jeunes »), écrit par Sheng Ruzi (盛如梓). On y lit :

« Dans le recueil de travaux privés de « l'Érudit placide à la retraite » (Zhan Ran Ju Shi), il y a dix poèmes de Hechong Fu. Un de ceux-ci décrit une scène de ce lieu [...] et dit que « le blé stocké est moulu par le vent impétueux et le riz est pilonné au frais par des pilons suspendus. Les Occidentaux (c'est-à-dire les Turcs) utilisent là bas des moulins à vent (feng mo) comme les gens du Sud (c'est-à-dire de la dynastie des Song du Sud) utilisent les moulins à eau (shui mo). Et lorsqu'ils pilonnent, ils tiennent les pilons verticalement ». »

Ensuite, Sheng Ruozi cite une sélection écrite de moulins à vent de « l'Érudit placide à la retraite », qui est en fait Yelü Chucai (1190–1244), un important homme politique des dynasties Jin et Yuan. Ce passage fait référence au voyage de Yelü au Turkestan (l'actuel Xinjiang) en 1219 et Hechong Fu est en fait Samarkand (actuel Ouzbékistan). Par la suite, les Chinois appliquent le gréement de voile d'avant en arrière des jonques traditionnelles chinoises aux moulins à vent horizontaux. Ces moulins à vent sont utilisés avec les pompes du système d'irrigation. Des moulins à vent de ce type sont encore utilisés de nos jours à Tianjin et le long du Yangzi Jiang. Le premier Européen à voir les moulins à vent chinois est Jan Nieuhoff, qui les rencontre dans le Jiansu alors qu'il voyage le long du grand Canal en 1656, pour se rendre à l'ambassade néerlandaise à Pékin. Les premières descriptions de moulins à vent en Europe remontent à 1191, par Dan Herbert. Il s'agit des moulins de l'abbaye de Bury St Edmunds, à l'est de l'Angleterre.

Après les moulins à vent, on trouve d'autres applications de l'énergie éolienne en Chine, dans d'autres dispositions et même des véhicules. Il existe un chariot à voile qui apparaît durant la dynastie Ming au XVIe siècle (même s'il a pu exister auparavant). Les voyageurs européens en Chine du début du XVIe siècle sont surpris de trouver des brouettes à passagers ou cargo non seulement tirés par des mules ou des cheveux, mais aussi surmontés par des mâts et des voiles qui les propulsent à la force du vent.

Archéologie

Article connexe : Liste des inventions chinoises.

Au début de la dynastie Song, l'étude de l'archéologie développe l'intérêt pour les antiquités de la noblesse et leur désir de raviver l'usage de la vaisselle ancienne dans les rites et cérémonies. La croyance que les vaisselles anciennes ont été fabriquées par des sages et non pas des personnes ordinaires est critiquée par Shen Kuo, qui propose une approche interdisciplinaire de l'archéologie, en incorporant ses trouvailles archéologiques dans ses études sur la métallurgie, optique, astronomie, géométrie et les mesures anciennes de musique. Son contemporain Ouyang Xiu (1007-1072) compile un catalogue analytique de frottements anciens sur des pierres et cuivre, que Patricia Ebrey estime être l'origine de l'épigraphie et archéologie. En accord avec les croyances de Leopold von Ranke (1795-1886), certains nobles, comme Zhao Mingcheng (1081-1129), soutiennent la primauté des découvertes archéologiques contemporaines sur les anciens travaux écrits après coup, qu'ils considèrent comme peu fiables au regard des anciennes preuves. Hong Mai (1123-1202) utilise l'ancienne vaisselle de la dynastie Han pour démystifier ce qu'il considère comme des descriptions fallacieuses faites dans le catalogue archéologique Bogutu, compilé durant la seconde partie du règne de l'empereur Song Huizong (1100-1125).

Géologie et climatologie

En plus de ses recherches en météorologie, astronomie et archéologie mentionnées précédemment, Shen Kuo émet aussi des hypothèses en géologie et climatologie dans son Mengxi Bitan en 1088, en particulier ses affirmations sur la géomorphologie et les changements climatiques. Shen pense le terrain est remodelé au cours du temps à cause de l'érosion perpétuelle, de soulèvements et de dépôts de limon. Il cite son observation des strates horizontales fossilisées incrustées dans la falaise de Taihang comme une preuve que le terrain est un ancien fond marin qui a été déplacé de plusieurs centaines de kilomètres à l'Est au cours du temps. Shen écrit également que des bambous pétrifiés ont été trouvés dans le sol d'une région aride du Nord où les bambous ne poussent pas d'ordinaire. Le climat évolue donc au cours du temps.

source wikipedia

02/03/2017

Calendrier révolutionnaire...

Le calendrier républicain, ou calendrier révolutionnaire français, fut créé pendant la Révolution française, et fut utilisé de 1792 à 1806, ainsi que brièvement durant la Commune de Paris.

Chaque jour de l'année avait un nom propre, les noms des saints du calendrier grégorien ayant été remplacés par des noms de fruits, de légumes, d'animaux, d'instruments, etc
 
NB:La correspondance des dates plus bas, est donnée à titre indicatif. En effet, elles varient légèrement d'une année à l'autre.

 

Mois du printemps

Productions nationales et instruments ruraux associés aux mois du printemps (Germinal, Floréal, Prairial) :

Germinal commence le 21 ou 22 mars.jpg
Germinal
(21 mars – 19 avril)
1 21 mars Primevère
2 22 mars Platane
3 23 mars Asperge
4 24 mars Tulipe
5 25 mars Poule
6 26 mars Bette
7 27 mars Bouleau
8 28 mars Jonquille
9 29 mars Aulne
10 30 mars Greffoir
11 31 mars Pervenche
12 1er avril Charme
13 2 avril Morille
14 3 avril Hêtre
15 4 avril Abeille
16 5 avril Laitue
17 6 avril Mélèze
18 7 avril Ciguë
19 8 avril Radis
20 9 avril Ruche
21 10 avril Gainier
22 11 avril Romaine
23 12 avril Marronnier
24 13 avril Roquette
25 14 avril Pigeon
26 15 avril Lilas (commun)
27 16 avril Anémone
28 17 avril Pensée
29 18 avril Myrtile
30 19 avril Couvoir
Floréal commence le 21 avril.jpg
Floréal
(20 avril – 19 mai)
1 20 avril Rose
2 21 avril Chêne
3 22 avril Fougère
4 23 avril Aubépine
5 24 avril Rossignol
6 25 avril Ancolie
7 26 avril Muguet
8 27 avril Champignon
9 28 avril Hyacinthe
10 29 avril Râteau
11 30 avril Rhubarbe
12 1er mai Sainfoin
13 2 mai Bâton-d'or
14 3 mai Chamérisier
15 4 mai Ver à soie
16 5 mai Consoude
17 6 mai Pimprenelle
18 7 mai Corbeille d'or
19 8 mai Arroche
20 9 mai Sarcloir
21 10 mai Statice
22 11 mai Fritillaire
23 12 mai Bourrache
24 13 mai Valériane
25 14 mai Carpe
26 15 mai Fusain
27 16 mai Civette
28 17 mai Buglosse
29 18 mai Sénevé
30 19 mai Houlette
Prairial commence le 21 mai.jpg
Prairial
(20 mai – 18 juin)
1 20 mai Luzerne
2 21 mai Hémérocalle
3 22 mai Trèfle
4 23 mai Angélique
5 24 mai Canard
6 25 mai Mélisse
7 26 mai Fromental
8 27 mai Lis martagon
9 28 mai Serpolet
10 29 mai Faux
11 30 mai Fraise
12 31 mai Bétoine
13 1er juin Pois
14 2 juin Acacia
15 3 juin Caille
16 4 juin Œillet
17 5 juin Sureau
18 6 juin Pavot
19 7 juin Tilleul
20 8 juin Fourche
21 9 juin Barbeau
22 10 juin Camomille
23 11 juin Chèvrefeuille
24 12 juin Caille-lait
25 13 juin Tanche
26 14 juin Jasmin
27 15 juin Verveine
28 16 juin Thym
29 17 juin Pivoine
30 18 juin Chariot

Mois d'été

Productions nationales et instruments ruraux associés aux mois d’été (Messidor, Thermidor, Fructidor) :

Messidor commence le 21 ou 22 juin.jpg
Messidor
(19 juin – 18 juillet)
1 19 juin Seigle
2 20 juin Avoine
3 21 juin Oignon
4 22 juin Véronique
5 23 juin Mulet
6 24 juin Romarin
7 25 juin Concombre
8 26 juin Échalote
9 27 juin Absinthe
10 28 juin Faucille
11 29 juin Coriandre
12 30 juin Artichaut
13 1er juillet Girofle
14 2 juillet Lavande
15 3 juillet Chamois
16 4 juillet Tabac
17 5 juillet Groseille
18 6 juillet Gesse
19 7 juillet Cerise
20 8 juillet Parc
21 9 juillet Menthe
22 10 juillet Cumin
23 11 juillet Haricot
24 12 juillet Orcanète
25 13 juillet Pintade
26 14 juillet Sauge
27 15 juillet Ail
28 16 juillet Vesce
29 17 juillet Blé
30 18 juillet Chalemie
Thermidor commence le 20 ou 21 juillet.jpg
Thermidor
(19 juillet – 17 août)
1 19 juillet Épeautre
2 20 juillet Bouillon-blanc
3 21 juillet Melon
4 22 juillet Ivraie
5 23 juillet Bélier
6 24 juillet Prêle
7 25 juillet Armoise
8 26 juillet Carthame
9 27 juillet Mûre
10 28 juillet Arrosoir
11 29 juillet Panic
12 30 juillet Salicorne
13 31 juillet Abricot
14 1er août Basilic
15 2 août Brebis
16 3 août Guimauve
17 4 août Lin
18 5 août Amande
19 6 août Gentiane
20 7 août Écluse
21 8 août Carline
22 9 août Câprier
23 10 août Lentille
24 11 août Aunée
25 12 août Loutre
26 13 août Myrte
27 14 août Colza
28 15 août Lupin
29 16 août Coton
30 17 août Moulin
Fructidor commence le 21 ou 22 août.jpg
Fructidor
(18 août – 16 septembre)
1 18 août Prune
2 19 août Millet
3 20 août Lycoperdon
4 21 août Escourgeon
5 22 août Saumon
6 23 août Tubéreuse
7 24 août Sucrion
8 25 août Apocyn
9 26 août Réglisse
10 27 août Échelle
11 28 août Pastèque
12 29 août Fenouil
13 30 août Épine vinette
14 31 août Noix
15 1er sep Truite
16 2 sep Citron
17 3 sep Cardère
18 4 sep Nerprun
19 5 sep Tagette
20 6 sep Hotte
21 7 sep Églantier
22 8 sep Noisette
23 9 sep Houblon
24 10 sep Sorgho
25 11 sep Écrevisse
26 12 sep Bigarade
27 13 sep Verge d'or
28 14 sep Maïs
29 15 sep Marron
30 16 sep Panier

 

Mois d'automne

Productions nationales et instruments ruraux associés aux mois d’automne (Vendémiaire, Brumaire, Frimaire) :

Vendémiaire commence le 22 septembre.jpg
Vendémiaire
(22 septembre – 21 octobre)
1 22 sep Raisin
2 23 sep Safran
3 24 sep Châtaigne
4 25 sep Colchique
5 26 sep Cheval
6 27 sep Balsamine
7 28 sep Carotte
8 29 sep Amarante
9 30 sep Panais
10 1er oct Cuve
11 2 oct Pomme de terre
12 3 oct Immortelle
13 4 oct Potiron
14 5 oct Réséda
15 6 oct Âne
16 7 oct Belle de nuit
17 8 oct Citrouille
18 9 oct Sarrasin
19 10 oct Tournesol
20 11 oct Pressoir
21 12 oct Chanvre
22 13 oct Pêche
23 14 oct Navet
24 15 oct Amaryllis
25 16 oct Bœuf
26 17 oct Aubergine
27 18 oct Piment
28 19 oct Tomate
29 20 oct Orge
30 21 oct Tonneau
Brumaire commence le 23 octobre.jpg
Brumaire
(22 octobre – 20 novembre)
1 22 oct Pomme
2 23 oct Céleri
3 24 oct Poire
4 25 oct Betterave
5 26 oct Oie
6 27 oct Héliotrope
7 28 oct Figue
8 29 oct Scorsonère
9 30 oct Alisier
10 31 oct Charrue
11 1er nov Salsifis
12 2 nov Mâcre
13 3 nov Topinambour
14 4 nov Endive
15 5 nov Dindon
16 6 nov Chervis
17 7 nov Cresson
18 8 nov Dentelaire
19 9 nov Grenade
20 10 nov Herse
21 11 nov Bacchante
22 12 nov Azerole
23 13 nov Garance
24 14 nov Orange
25 15 nov Faisan
26 16 nov Pistache
27 17 nov Macjonc
28 18 nov Coing
29 19 nov Cormier
30 20 nov Rouleau
Frimaire commence le 22 novembre.jpg
Frimaire
(21 novembre – 20 décembre)
1 21 nov Raiponce
2 22 nov Turneps
3 23 nov Chicorée
4 24 nov Nèfle
5 25 nov Cochon
6 26 nov Mâche
7 27 nov Chou-fleur
8 28 nov Miel
9 29 nov Genièvre
10 30 nov Pioche
11 1er déc Cire
12 2 déc Raifort
13 3 déc Cèdre
14 4 déc Sapin
15 5 déc Chevreuil
16 6 déc Ajonc
17 7 déc Cyprès
18 8 déc Lierre
19 9 déc Sabine
20 10 déc Hoyau
21 11 déc Érable sucré
22 12 déc Bruyère
23 13 déc Roseau
24 14 déc Oseille
25 15 déc Grillon
26 16 déc Pignon
27 17 déc Liège
28 18 déc Truffe
29 19 déc Olive
30 20 déc Pelle

Mois d'hiver

Productions nationales et instruments ruraux associés aux mois d’hiver (Nivôse, Pluviôse, Ventôse) :

Nivôse commence le 22 décembre.jpg
Nivôse
(21 décember – 19 janvier)
1 21 déc Tourbe
2 22 déc Houille
3 23 déc Bitume
4 24 déc Soufre
5 25 déc Chien
6 26 déc Lave
7 27 déc Terre végétale
8 28 déc Fumier
9 29 déc Salpêtre
10 30 déc Fléau
11 31 déc Granit
12 1er jan Argile
13 2 jan Ardoise
14 3 jan Grès
15 4 jan Lapin
16 5 jan Silex
17 6 jan Marne
18 7 jan Pierre à chaux
19 8 jan Marbre
20 9 jan Van
21 10 jan Pierre à plâtre
22 11 jan Sel
23 12 jan Fer
24 13 jan Cuivre
25 14 jan Chat
26 15 jan Étain
27 16 jan Plomb
28 17 jan Zinc
29 18 jan Mercure
30 19 jan Crible
Pluviôse commence le 21 ou 22 janvier.jpg
Pluviôse
(20 janvier – 18 février)
1 20 jan Lauréole
2 21 jan Mousse
3 22 jan Fragon
4 23 jan Perce-neige
5 24 jan Taureau
6 25 jan Laurier tin
7 26 jan Amadouvier
8 27 jan Mézéréon
9 28 jan Peuplier
10 29 jan Cognée
11 30 jan Ellébore
12 31 jan Brocoli
13 1er fév Laurier
14 2 fév Avelinier
15 3 fév Vache
16 4 fév Buis
17 5 fév Lichen
18 6 fév If
19 7 fév Pulmonaire
20 8 fév Serpette
21 9 fév Thlaspi
22 10 fév Thimele
23 11 fév Chiendent
24 12 fév Trainasse
25 13 fév Lièvre
26 14 fév Guède
27 15 fév Noisetier
28 16 fév Cyclamen
29 17 fév Chélidoine
30 18 fév Traîneau
Ventôse commence le 20 ou 21 février.jpg
Ventôse
(19 février – 20 mars)
1 19 fév Tussilage
2 20 fév Cornouiller
3 21 fév Violier
4 22 fév Troène
5 23 fév Bouc
6 24 fév Asaret
7 25 fév Alaterne
8 26 fév Violette
9 27 fév Marceau
10 28 fév Bêche
11 1er mars Narcisse
12 2 mars Orme
13 3 mars Fumeterre
14 4 mars Vélar
15 5 mars Chèvre
16 6 mars Épinard
17 7 mars Doronic
18 8 mars Mouron
19 9 mars Cerfeuil
20 10 mars Cordeau
21 11 mars Mandragore
22 12 mars Persil
23 13 mars Cochléaria
24 14 mars Pâquerette
25 15 mars Thon
26 16 mars Pissenlit
27 17 mars Sylvie
28 18 mars Capillaire
29 19 mars Frêne
30 20 mars Plantoir

 

 

source: wikipédia