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onfray

  • Pour une police en jaune.

    Onfray

                                                                        ***

     

     Je n’ai jamais fait partie de ces irénistes de gauche qui, excités et énervés par la pensée 68, ont appelé à l’ouverture des prisons, à la haine de la police, à la dissolution de l’armée, au refus des services secrets, à l’interdiction des cartes d’identité biométriques. Sauf à se faire une idée de la nature humaine qui écarte les faits  -selon le souhait méthodologique de Rousseau qui est le père de toute la gauche culturelle- il faut dans une société de quoi faire régner un ordre, pourvu qu’il soit vraiment républicain et ne soit pas celui d’une minorité, d’une caste, d’une oligarchie qui soumet la majorité à sa puissance.

       Les forces de l’ordre, si elles sont force d’un ordre injuste, sont critiquables. La police de Vichy n’est pas la police de Macron, quoi que d’aucuns puissent en dire. La première avait massivement le droit de vie et de mort sur les citoyens, la seconde, pas. On sait que le défaut de police républicaine génère l’émergence d’un désir de police privée. Les "Voisins vigilants", par exemple, pallient l’impéritie de la police débordée par les cambriolages en effectuant une surveillance que je dirai populaire. Je n’y vois rien à redire.

       Hobbes avait théorisé la chose: il faut renoncer à sa liberté individuelle afin d’obtenir, en la créant, une sécurité sociale. C’est la nature du contrat social: je renonce à la loi de la jungle et j’obtiens, par cette renonciation constitutive du contrat, la certitude que la société me protégera.

       Mais, et tout Hobbes se trouve dans ce "mais", si la société ne fait pas sa part, si elle ne tient pas sa parole, si elle ne me protège pas, si elle m’expose à la loi de la jungle des autres, alors je recouvre de facto mon droit à me défendre moi-même. Autrement dit: si la police faillit, j’ai le droit de m’y substituer. A défaut, une police impuissante ne saurait disposer d’une légitimité à être et à rester police. A quoi bon des forces de l’ordre qui n’ont pas de force et ne parviennent pas à maintenir l’ordre?

       Le mouvement des gilets-jaunes est travaillé par de puissantes tensions: entre une aile d’extrême-gauche et une aile d’extrême-droite, en passant par un centre de droite et de gauche, des maastrichtiens et des souverainistes, toutes les sensibilités politiques françaises s’y retrouvent. Comment pourrait-il en être autrement? Ingrid Levavasseur apparaît en pleine page du Figaro pour faire l’éloge de l’Europe maastrichtienne… Cette femme est du pain béni pour les médias. Eric Drouet quant à lui qui tient pour la version brutale des gilets-jaunes n’aura pas la faveur d’une pleine page dans le même support pour exposer ses idées…

       De même, il existe dans les gilets-jaunes tout et le contraire de tout en matière d’intelligence et de culture: des gens cultivés, ayant lu les bons auteurs, capables de penser et de réfléchir en regard d’un savoir historique ainsi que de parfaits crétins. Il existe aussi des gens cultivés, ayant lu les bons auteurs, mais qui sont incapables de penser et de réfléchir en regard d’un savoir historique en même temps que de parfaits crétins qui ne maîtrisent pas les lois de la grammaire, de la syntaxe, de l’orthographe, ce dont témoignent des captures d’écran de leurs comptes diffusés avec une gourmandise non feinte par telle ou telle rédaction, bien qu’ils affirment un peu dans le désordre et de manière chaotique des idées de bon sens. La culture et l’intelligence ne sont pas des garanties de bon sens -et vice versa.

       Je suis en relation avec certains gilets-jaunes qui m’invitent à lire des ouvrages dont j’ignorais l’existence avant qu’ils attirent mon attention sur eux. Nous échangeons sur leurs lectures: l’un souligne et annote "Le Contrat social" de Rousseau, l’autre me demande quoi lire de Proudhon, un troisième veut savoir ce qu’est le programme politique des girondins pendant la Révolution française ou ce qu’est le communalisme libertaire dont je dis du bien.

       A l’heure où j’écris, je vois de mon bureau une vingtaine de gilets-jaunes rassemblés au pied de la statue de Jeanne d’Arc de la place de la Résistance à Caen. L’un d’entre eux grimpe sur la statue équestre et fait porter le gilet jaune à l’héroïne. Alentour, dans le petit groupe, une jeune fille crie: "Jeanne d’Arc, quel est ton métier?" et tous répondent en chœur: "avoue, avoue! Je fais une vidéo, pour moi. Je la mets sur une clé USB. Je l’efface de mon portable dont une source sûre m’a fait savoir qu’il pourrait bien intéresser d’autres personnes que mes interlocuteurs habituels… Pas question de la mettre en ligne pour que la police descende chez ceux qu’elle aurait reconnus et qu’ils finissent en garde à vue, puis en prison.

       Il y a donc des gilets-jaunes qui méditent les grands auteurs de philosophie politique et des gilets-jaunes qui théâtralisent leur fraternité de façon festive et bon enfant. Il se peut d’ailleurs que certains soient les mêmes. On le voit nationalement, il y a des gilets-jaunes qui défilent pacifiquement et d’autres qui jouent avec le feu, à tous les sens du terme. Il y a des gilets-jaunes qui ont des sympathies pour le Rassemblement national et d’autres pour la France insoumise. Il y en a aussi qui votent blanc ou qui ne votent plus depuis longtemps, alors que d’autres ont voté Macron et sont des déçus de sa politique.

       J’ai dit ailleurs que la violence montait depuis des semaines à cause de la stratégie adoptée par le gouvernement et plus particulièrement par le chef de l’Etat: les propos méprisants, les fins de non recevoir, les moratoires stratégiques en lieu et place des renoncements de bon sens, la criminalisation de tous au nom d’une poignée, l’organisation d’une tournée provinciale narcissique abondamment médiatisée et présentée comme une occasion de questionner les Français sur leurs problèmes non sans avoir dit au préalable que, quoi qu’il en soit des conclusions rédigées dans plusieurs mois, le cap politique maastrichtien sera maintenu…

       Semaine après semaine, le pouvoir ne lâche rien et hausse le ton. Chacun le sait pour l’avoir expérimenté lors d’un repas de famille: cette stratégie offre la meilleure probabilité pour que la table soit renversée avant la fin des agapes… Sauf en dictature, le pouvoir écoute ce que le peuple lui dit quand il exprime sa souffrance. Sauf en dictature, le pouvoir répond aux demandes par la négociation, dont le candidat Macron, à grand renfort de citations du philosophe Habermas, avait dit qu’il était le cœur nucléaire de sa politique. Mais "l’agir communicationnel" du philosophe allemand n’est plus à l’ordre du jour chez le président de la République qui revendique un pensée complexe… Sauf en dictature, le pouvoir prend acte de la parole du peuple et agit en conséquence avec en tête le désir de calmer le jeu. Le chef de l’Etat ne le calme pas. Il semble même prendre plaisir à jeter de l’huile sur le feu.

       J’ai écrit que la police était grandement instrumentalisée dans la riposte répressive à cette demande originaire de refondation de la démocratie -car c’est de cela qu’il s’agit. On ne saurait satisfaire une pareille demande en jetant sur la table une enveloppe de dix milliards, avec ce genre de geste trivial et vulgaire du client qui achète la sujétion de sa prostituée. Ce paquet de billets de banque (l’argent du contribuable…) fait dire à François Berléand (un ami du président que des photos souriantes montrent en compagnie joyeuse de Romain Goupil et de Daniel Cohn-Bendit…) que les gilets-jaunes auraient dû se faire acheter, la fermer et retourner au bagne la queue entre les jambes. Ne parle-t-on pas dans les médias et chez ces gens-là de la "grogne" d’un peuple qui dit sa souffrance comme on parlerait de la grogne de chiens enragés?

       Il y a dans les forces de l’ordre tout et le contraire de tout: des cow-boys qui aiment taper, cogner, qui jouissent de tabasser, de molester, d’ajuster le tir tendu en visant un visage qu’ils s’apprêtent à défigurer avec la sale jubilation   propre aux gens malsains. Mais il y a aussi des fonctionnaires de police qui croient à la République, à la loi, au droit, à la justice et qui n’aiment pas que le pouvoir leur fasse jouer le rôle d’une milice gouvernementale qui fait moins respecter l’ordre public qu’elle ne protège les intérêts privés de  particuliers qui se servent de la République plus qu’ils ne la servent. 

       Chacun aura vu que le gouvernement, le ministre de l’Intérieur et le président de la République en première ligne, assurent les cow-boys de toute impunité. C’est la meilleure façon d’ajouter de l’huile sur le feu. Le choix de la répression est toutefois à géométrie variable.

       Car, c’est indéniable, il existe des casseurs dans les manifestations des gilets-jaunes. J’ai régulièrement fait savoir que les forces de l’ordre avaient laissé dépaver tranquillement l’avenue des Champs-Elysées, ce qui était aveu que le pouvoir avait envie et besoin de ces violences pavées. J’ai également raconté que je disposais d’informations attestant que certains qui avaient provoqué des violences dans Caen certes arboraient le gilet-jaune, mais avaient été vus sortant de voitures habituellement affectées aux métiers plutôt destinés à empêcher les manifestations de gilets-jaunes…

       Il existe aussi des "blacks blocs", comme il est dit, que le pouvoir a intérêt, sinon à noyauter, du moins à laisser faire. C’est tout bénéfice d’un point de vue médiatique puisque les manifestations seront vidées de leurs contenus politique et revendicatif pour devenir des explosions de colère, des manifestations de barbarie, des déchaînements de sauvagerie, des ravages de hordes sauvages… Il faut obtenir du Français moyen derrière son écran qu’il puisse penser qu’il n’est pas contre les manifestations mais que, là, ça commence à bien faire… C’est le B.A.BA de la propagande d’Etat.

     Le paradoxe est le suivant: si on ne peut faire confiance à la police pour faire la police doit-on renoncer à toute police? La réponse est bien évidemment: non. Où l’on retrouve Hobbes et la justification que le citoyen peut recouvrer son droit abandonné si l’Etat ne lui accorde plus protection, pire, si, non content de ne pas lui apporter protection, l’Etat lui assure désormais bien plutôt la répression!

       Il y a urgence pour les gilets-jaunes à ne pas tomber dans le piège que le pouvoir lui tend de nourrir la surenchère de violence. Les attaques ad hominem, les vandalisations de maisons d’élus, celle des commerces, il y a peu, le ravage d’une librairie parisienne, les menaces anonymes envoyées sur les réseaux sociaux, y compris la haine renvoyée en retour aux haineux -je songe à Berléand et à d’autres opposants…-, l’incendie du domicile breton du président de l’Assemblée nationale, celle du restaurant de la banlieue de Toulouse dont le chef a signifié qu’il n’était pas solidaire du mouvement: tout ceci est généalogiquement explicable mais moralement et politiquement inexcusable.

       C’est très exactement ce que veut Macron et les siens: la surenchère de violence qui légitimera la surenchère de répression qui générera automatiquement la remontée du chef de l’Etat dans les sondages -donc son succès aux prochaines élections européennes. Quiconque fait le choix de la violence vote donc paradoxalement pour Macron!

       Et puis, et puis, hélas, trois fois hélas, il y a dans ce mouvement un indéniable courant antisémite. Je me suis battu pour qu’on n’assimile pas tous le gilets-jaunes au comportement d’un seul, de deux, voire de quelques uns. Mais un seul, deux ou quelques uns, ça n’est pas rien non plus.

       Un ami gilet-jaune m’a envoyé une quantité d’affiches apposées sur les murs de Caen qui disent ce que souhaitent ses compagnons. Il est beaucoup question de justice sociale et fiscale, de responsabilité de l’Europe maastrichtienne, de déni de démocratie, d’oubli du peuple, de responsabilité du MEDEF, de République sociale, de répression policière, de RIC, de collusion de Macron avec le monde des affaires, de chômage, de mutilations policières, on y trouve aussi des caricatures d’Emmanuel Macron, de Christophe Castaner, de Luc Ferry, de Benalla, c’est le jeu politique, mais aussi, or elle ne l’a mérité en rien et rien ne les justifie, de Brigitte Macron.

       Je dispose très exactement de 151 affiches. L’une d’entre elle, certes, c’est une seule sur cent-cinquante, mais c’est une de trop, est à vomir. On y voit un homme qui ressemble à un vieux Juif lisant un livre qui pourrait bien être le Talmud et à qui les concepteurs graphistes font dire: "Il doit bien y avoir une formule pour se débarrasser de tous ces cons (sic)…" Cette affiche est vraiment de trop. Elle ramasse tous les poncifs antisémites et prête aux Juifs le projet de se "débarrasser" des gilets-jaunes comme d’aucuns en leur temps ont souhaité se débarrasser des Juifs. Les ennemis des gilets-jaunes disposent ainsi d’un boulevard pour affirmer que les gilets-jaunes d’aujourd’hui sont les antisémites de 1933. Comment dès lors leur donner tort? Que leur répondre puisqu’ils sont désormais fondés à utiliser cet argument que d’aucuns leurs apportent sur un plateau?

       Des actes antisémites existent depuis le début dans ce mouvement des gilets-jaunes. Je me bats pour éviter l’amalgame entre ces gestes et la geste des gilets-jaunes. Une amie me fait parvenir ce jour la photo d’une vitrine parisienne de Bagel taguée avec le mot "Juden" en jaune… Je suis stupéfait, indigné, effondré, mortifié de voir une pareille chose… Qui a tagué cela? Qui? On sait que nombreux ont intérêt à ne pas savoir qui est à l’origine de cette infamie afin de pouvoir l’attribuer aux GJ. Mais il se peut aussi que ce soit l’œuvre d’un gilet jaune.

      Tout est possible: d’authentiques antisémites sont évidemment envisageables, des provocateurs venus de partout, de l’extrême-droite (c’est-à-dire de la droite d’après Marine Le Pen) à l’extrême gauche (c’est-à-dire de la gauche d’après Jean-Luc Mélenchon), toutes deux judéophobes, sans oublier certaines officines d’Etat... On imagine bien que, dans le doute, puisque le crime profite aux adversaires et aux ennemis des gilets-jaunes, il n’y aura pas grand zèle du côté de l’Etat pour trouver le ou les coupables de cette peinture qui, hélas, entre dans l’Histoire.

       Raison de plus pour que les gilets-jaunes se dotent d’un véritable service d’ordre qui fera ce que ne font plus un certain nombre de policiers, et ce pour de multiples raisons: zèle, idéologie, débordement, obéissance à leur hiérarchie…  Que les gilets-jaunes demandent aux responsables des service d’ordre, des syndicats et des partis politiques des conseils pour s’organiser en urgence: c’est leur métier de contenir les pulsions du cerveau reptilien. Les quenelles, les propos antisémites, les affiches qui attaquent des rabbins, les insinuations judéophobes, les tags explicitement nazis parce que rédigés en allemand, tout cela doit être empêché par les gilets-jaunes eux-mêmes.

       A défaut, ce combat des gilets-jaunes cessera immédiatement d’être le mien.      
     

    Michel Onfray

                                                                                               ***

    Si 1 affiche sur 151 est de trop, à mon sens la fin en jaune est aussi en trop car en contradiction complète avec le sens global du texte (et des précédents) ... 

    Il ne faut pas céder aux injonctions moralisatrices et basées sur la peur ou la culpabilisation.

    (dont on voit qu' elles se basent sur des "fausses informations", des cas ponctuels sur lesquels on focalise, des affirmations péremptoires, des faits non avérés ou très exagérés, le tout instrumentalisé et amalgamé dans un seul but...)

     

     

  • Onfray: Les gilets jaune votent Hitler

    Les gilets jaune votent Hitler

    Si Hitler n’avait pas existé, il est probable que BHL l’eût inventé -lui et tous les européistes qui le remettent sans cesse en selle, partout, tout le temps, en permanence, et ce ad nauseam, dans la moindre de leur intervention dès qu’il s’agit de discréditer leurs adversaires… Pour ce genre de propagandiste, le monde se partage entre ceux qui défendent les mêmes préjugés qu’eux, la crème de l’humanité, et les autres, tous les autres: la lie.

       On sent bien que, comme Saint-Just, les européistes aimeraient bien que tous ceux qui ne pensent pas comme eux n’aient qu’une seule tête afin de pouvoir la leur couper en une seule fois! Ces bien-pensants sont les dignes héritiers de la loi robespierriste sur les suspects, du Tribunal révolutionnaire qui abolit les droits de la défense et de la guillotine qui règle tout les conflits de façon tranchante: on a le droit de penser, certes, mais comme eux, sinon on perd la tête qu’ils font rouler dans la sciure médiatique à l’aide de journalistes liges qui agissent en exécuteurs de leurs basses œuvres.

       J’ai nommé ailleurs "négationnisme" cette façon inadéquate d’utiliser Hitler, le nazisme, la Shoah, les chambres à gaz. Car, si les CRS sont des SS, comme le disaient les soixante-huitards qui invitent aujourd’hui Macron à ne pas trop se gauchiser et à taper fort contre les pauvres (Daniel Cohn-Bendit & Romain Goupil, Henri Weber & Serge July, BHL & Pascal Bruckner par exemple…), alors ces SS de Mai 68 qui n’ont tué personne permettent de relativiser ce que furent les SS auxquels on doit vraiment la mort de millions de gens… 

       Si Emmanuel Macron croit bon, avant le deuxième tour des présidentielles, de se rendre à Oradour-sur-Glane, le village martyr ravagé par la division SS, des vrais ceux-là, "Das Reich", puis au mémorial de la Shoah qui commémore six millions de morts, des vrais eux-aussi, c’est pour faire comprendre que Marine Le Pen est la candidate des nazis alors que lui serait celui des victimes et des opposants au national-socialisme!

       Si Marine Le Pen c’est Hitler, alors il faut le dire et le montrer: quel est son projet génocidaire? Qui veut-elle tuer? Lesquels a-t-elle pour projet d’exterminer? Les Roms, les Juifs, les homosexuels, les francs-maçons, les communistes, les témoins de Jéhovah? Avec quels moyens? Des rafles? Des déportations? Des convois de train vers des camps d’extermination? Où sont ses chambres à gaz? S’agit-il de ses universités d’été? Avec quel Zyklon B? Sont-ce ses passages sur BFMTV ou France-Inter? Qui sont ses SS? Les dénommés Gilbert Collard ou Wallerand de Saint-Just?

       Comment les professeurs vont-ils pouvoir enseigner l’Histoire à des jeunes si le CRS est un SS, si Marine Le Pen  c’est Hitler, si la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection c’est la destruction d’un village comme Oradour ou bien encore le projet de Solution finale? Pourrait-on un peu raison garder et ne pas instrumentaliser les  victimes du nazisme aux petites fins électoralistes des petites politiques politiciennes?

       Après ce viol perpétuel de l’histoire, quel professeur pourra encore enseigner la Shoah dans les classes de collèges et de lycées des banlieues où sévit un antisémitisme rabique?  Ce détournement du national-socialisme se retourne contre ses utilisateurs: en relativisant le nazisme, ils gravent l’avers d’une médaille sur laquelle on trouve en revers les négationnistes du genre Faurisson. Ce dernier disait que la Shoah n’avait pas eu lieu, les autres disent qu’elle est assimilable au refus de voter Macron aux prochaines élections européennes, ce qui est une même façon d’insulter la mémoire des millions de victimes juives.

       J’exagère ?

       Hélas non.

       En voici deux preuves.

       La première:

       Le dimanche 27 janvier dernier, Nathalie Loiseau, ministre chargée des Affaires européennes qui fut directrice de l’Ecole nationale d’administration après avoir fait Science Po, catholique pratiquante, juppéiste devenu macronienne, commémore le 74 ème anniversaire de la libération d’Auschwitz avec deux tweets. Le premier  instrumentalise le visage, le nom et les mots de Simone Veil: "La construction européenne est née à la réaction à la barbarie du XX° siècle. Qu’ont donc en tête ceux qui aujourd’hui veulent affaiblir l’UE? En ce jour de la commémoration d’Auschwitz, n’ayons pas la mémoire courte." Comme si l’obscénité de cette récupération intellectuelle ne suffisait pas, la dame en remet une couche trois heures plus tard, toujours dans un tweet, car il semble que ce soit dans ce format que sa pensée complexe brille le mieux: "Ma grand-mère devait porter une étoile jaune sur son manteau. Moi j’ai de la chance d’avoir douze étoiles sur mon (sic) drapeau!" Au cas où les mots n’auraient pas suffi, elle ajoute un dessin d’enfant -à moins qu’il ne soit d’elle.... Puis ceci: "L’étoile jaune fut la honte de l’Europe. Les douze étoiles du drapeau européen nous le rappellent: plus jamais ça." Qu’on comprenne donc la ministre: quiconque n’ira pas voter Macron en mai prochain travaille au retour de la Solution finale…

       Deuxième preuve:

       Deux jours plus tard, le mardi 29 janvier Serge, Beate et Arno Klarsfeld et "Les Fils et Filles des déportés juifs de France" achètent une pleine page du Figaro pour y publier un texte intitulé: "L’Union européenne est la chance et l’avenir des Européens". Pourquoi pas, encore que cela reste à démontrer. On ne s’étonnera pas que, dans cette page vendue par le service publicité du journal, les arguments soient ceux de la réclame mais nullement ceux de la vérité historique.

       Voici l’entrée en la matière : "Il y a soixante-dix ans, le 27 janvier 1945, à Auschwitz combien parmi les survivants de l’extermination des Juifs pouvaient croire à une réconciliation de la France et des Juifs avec l’Allemagne? Et pourtant elle a eu lieu! On doit cette réconciliation à la construction progressive de l’Europe par la CECA, la CEE et par l’Union européenne ainsi que par la volonté d’une pléiade d’hommes et de femmes d’Etats français et allemands."

      Suit alors un éloge de l’Europe à laquelle on devrait: protection, paix, croissance, "avancées sociales", barrage à l’antisémitisme. Mais "le retour des populismes, avant-garde nauséabonde (sic) d’une extrême-droite ardente à ranimer un antisémitisme populaire, est un danger si évident que les Juifs en Europe doivent se mobiliser pour s’y opposer ou se préparer à devoir quitter l’Europe".

       Il s’agit d’extrême droite; chacun aura donc compris que Marine Le Pen est ici visée. Dès lors, on aimerait les preuves que l’antisémitisme populaire, qui se trouve effectivement ranimé ces temps-ci, l’est davantage par elle (où? quand? comment? par qui? avec qui? avec quels propos? et quelles plaintes en justice?) que par l’islamo-gauchisme qui infuse tous les partis de gauche à des degrés divers. Dénoncer "l’islam fondamentaliste" sans jamais dénoncer la gauche coupable de lui trouver des excuses est intellectuellement malhonnête et politiquement partisan-ou bien, ce qui revient au même, politiquement partisan, donc intellectuellement malhonnête.

       Cette publicité politique qui instrumentalise la Solution finale à des fins de politique politicienne appelle "à défendre les valeurs humanistes en allant voter pour des parti pro-européens". Et puis ceci: «"L’immense tragédie de la Shoah s’est déroulée sur tout le continent; on ne peut faire obstacle à la haine anti-juive qu’en renforçant l’Union européenne." On n’a pas demandé son avis à Anne Frank, mais on lui fait voter Macron! J’ai honte, pour sa mémoire, de cette profanation !     

       L’utilisation d’Hitler par les européistes qui voient d’un mauvais œil les gilets-jaunes questionner leur modèle libéral semble en progression constante.  Si l’on en croit la réclame des Klarsfeld, cette Europe libérale apporte "protection", mais à mes yeux pas à tous, "paix", mais pour certains seulement, "croissance", pour moins de personnes encore, "avancées sociales", chacun s’en sera rendu compte, et "barrage à l’antisémitisme", il suffit de porter une kippa dans les territoires perdus de la République (dont les collectivités locales sont aux mains du Rassemblement national, comme il est facile de s’en persuader, bien sûr…), pour en être convaincu! Mais si l’on en croit le réel, les choses sont moins jolies que cela -les gilets-jaunes en apportent la démonstration flagrante depuis des semaines en faisant revenir sur le devant de la scène le réel congédié par les européistes.

       Faire silence est une façon médiatique des plus redoutable de traiter une information. Si j’en juge par la multiplication des affiches des gilets-jaunes sur Caen, les revendications ne sont pas ce que les médias du système rapportent sans cesse. Il existe en effet chez eux une mise en cause radicale de l’Europe maastrichtienne dont la presse évite soigneusement de  parler. On braque le projecteur sur d’autres sujets (RIC, ISF, 80 km/h…) afin éviter d’aborder ce sujet qui fâche.

       Naïvement, je m’étonnais que l’Europe maastrichtienne ne soit pas remise en cause par les gilets-jaunes: or, elle l’est. Mais les médias passent sous silence cette revendication centrale pour interdire les questions qui fâchent et les vrais débats qui pourraient dessiller les Français. Il faut sauver le soldat Macron qui combat en première ligne pour la cause de l’Etat libéral maastrichtien.

       Le président de la République parle tous les jours (quand travaille-t-il?) de choses majeures pour la République: isolation des greniers et permis de conduire, limitation de vitesse sur les routes et orientation dans les collèges, retraite des veuves et remboursement des prothèses auditives, parc de voitures électriques et harcèlement scolaire, dyslexie et autisme…

      Mais il évite absolument que LA question soit posée: celle qui veut qu’avec le traité de Maastricht aucune politique intérieure française ne soit plus possible en dehors des ukases de l’État maastrichtien. La France n’est plus un Etat souverain: elle ne peut donc plus faire autre chose que ce que l’Etat maastrichien veut pour elle à sa place. A quoi bon dès lors pinailler à propos de ce sur quoi la France n’a pas ou plus de pouvoir depuis 1992?

       Les gilets-jaunes souhaitent que le peuple français reprenne la parole parce qu’il a constaté que ses propres élus la lui confisquent -notamment depuis la négation de son vote de 2005 contre le traité constitutionnel européen. Ils aspirent à un référendum d’initiative citoyenne pour recouvrer leur souveraineté confisquée par leurs élus constitués en castes qui se réclament du peuple pour mieux gouverner sans lui, malgré lui ou contre lui. La revendication du RIC s’enracine dans ce coup d’Etat du Congrès qui décide en 2008 d’aller à rebours du peuple en votant contre son vote.

       Si la démocratie représentative représentait vraiment, alors les électeurs auraient confiance en elle. Mais comme elle ne les représente pas puisqu’elle agit régulièrement contre eux, ou sans prendre leur avis, alors la proposition de démocratie directe apparaît comme le meilleur remède à cette maladie de la démocratie qu’est l’oligarchie dans laquelle nous vivons. Si l’élu se moque depuis longtemps de l’électeur une fois investi, alors l’électeur se moque depuis peu d’un élu qui obéit plus à son parti qu’à son mandataire. D’où le surgissement d’un désir de démocratie directe et le souhait du référendum d’initiative citoyenne.

       C’est ici qu’Hitler reprend du service…

       On l’a vu lors du Brexit, et on le voit chaque fois que l’Europe libérale est refusée par les peuples lors de consultations électorales, les oligarques maastrichtiens mettent tout en œuvre pour négliger, passer outre, dédaigner, mépriser le vote populaire. Il s’agit d’un véritable populicide dont les exemples abondent -le dernier en date est le dernier épisode de l’empêchement du Brexit puisque, pour quitter l’Etat maastrichtien, il faut obtenir son autorisation! Si Louis XVI avait dû donner son autorisation pour abolir la monarchie, nul doute qu’on y serait encore.

       Parmi les éléments de langage des intellectuels tout au service de cette cause, l’idée que le peuple peut parfois mal voter! "Errer" dit même explicitement BHL. A l’époque du Brexit, outre BHL, Minc, Cohn-Bendit, Ferry, un grand nombre d’intellectuels organiques du pouvoir maastrichtien avaient pris pour élément de  langage que le peuple pouvait se tromper en votant, la preuve: Hitler avait été élu démocratiquement.

       Cette variation sur le thème du point Godwin [1] est régulièrement réactivée par les mêmes aujourd’hui quand ils veulent discréditer ou disqualifier le souhait qu’ont les gilets-jaunes d’instaurer un référendum d’initiative citoyen. Puisque Hitler aurait été élu démocratiquement par le peuple, le RIC du peuple serait l’occasion d’élire de nouveaux Hitler. Et pourquoi pas sa fille naturelle, Marine Le Pen? N’est-ce-pas?

       Or, si l’on veut penser, et non pas insulter, il faut faire un peu d’Histoire afin de montrer que, d’une part, le peuple n’a pas voté pour Hitler au suffrage universel direct, comme si la république de Weimar avait été relookée par le général de Gaulle, et que, d’autre part, l’accession de Hitler au pouvoir, et la politique qui s’en est suivie, ont été massivement préparés et nourris par la collaboration de professeurs, de scientifiques, de journalistes, d’écrivains, de juristes, de philosophes, mais aussi de banquiers, d’industriels, de militaires -autrement dit moins par le petit peuple que par… les élites !

       Précisons.

       Le peuple n’a pas voté pour Hitler au suffrage universel direct. Je m’appuie pour ma démonstration sur le remarquable travail de Ian Kershaw [2]. Electoralement, Hitler est toujours minoritaire: ce qui veut dire que le peuple ne le porte pas massivement au pouvoir. Entre 1924 et 1933, il y a sept élections législatives dans la république de Weimar: il ne passe jamais la barre des 50% d’électeurs. Il est majoritaire par un jeu qui ne relève pas du suffrage universel direct mais, par les combines électoralistes des partis -déjà…- grâce auxquelles il se trouve propulsé à la tête du pouvoir. En novembre 1932, c’est-à-dire quelques semaines avant son arrivée au pouvoir le 30 janvier 1933, la majorité échoit à une coalition de gauche et du centre, donc nullement aux nazis. Le président du Reich, le maréchal von Hindenburg, propose un gouvernement d’union nationale à ces deux partis gagnants. Or, les socio-démocrates refusent. C’est donc leur refus qui conduit Hindenburg à proposer le poste de chancelier à Hitler. Ça n’est donc pas le peuple qui a porté Hitler démocratiquement au pouvoir, mais la gauche après qu’elle eut refusé une alliance avec le centre… De la cuisine de politique politicienne: voilà la généalogie de l’arrivée de Hitler au pouvoir -et non un vote massif du peuple pour le dictateur. 

       Il faut également faire rendre gorge à une deuxième mythologie en vertu de laquelle le peuple, et lui seul encore, aurait rendu possible le nazisme. Pour ce faire, l’adhésion aveugle des foules aux discours des tribuns fanatiques est présentée comme une vérité de psychologie sociale expliquant tout. Il est en effet facile d’en appeler aux thèses de Gustave Le Bon sur la psychologie des foules pour accabler une fois de plus le peuple coupable par sa bêtise et sa naïveté, sa candeur et son imbécillité, son ignorance et son inculture, de succomber au pouvoir hypnotique de l’orateur hystérique.

       Mais c’est oublier la responsabilité des "élites", pour parler le langage du jour, dans la construction du national-socialisme, mais aussi dans sa propagation et dans son expansion. 

       Cette fois ci, je m’appuie sur les travaux d’un autre historien, Max Weinreich: "Hitler et les professeurs" (Les Belles Lettres) qui a été publié juste après la chute du III° Reich. A l’issue d’une enquête accablante pour les universitaires et les scientifiques, les écrivains et les journalistes, Weinreich écrit dans les dernières lignes de son livre: "Aucune des disciplines scientifiques pouvant être utile au régime ne se déroba. Les centaines (sic) de noms que nous avons rencontrés proviennent de tous les champs du savoir, de l’anthropologie physique et culturelle à la philosophie, l’histoire, le droit, l’économie, la géographie et la démographie, la théologie, la linguistique et la médecine. Seuls les noms des ingénieurs qui ont mis tant d’habileté à construire les chambres à gaz et les fours crématoires sont demeurés dans l’ombre, mais leurs réalisations plaisent en leur faveur, ils connaissaient leur métier" (337-338)… L’auteur conclut à la culpabilité des "élites intellectuelles" (340) dans la préparation, l’avènement, l’être, la force, la puissance et la durée de la barbarie hitlérienne.

       Dénoncer la seule culpabilité du peuple dans l’avènement d’Hitler au pouvoir est donc bien la thèse de ceux qui, justement, ont rendu possible cette créature et son oeuvre maléfique: la caste des politiciens professionnels, les acteurs du petit jeu électoraliste des partis, les intellectuels au service du pouvoir, mais aussi les banquiers qui ne prêtent qu’aux riches et les bourgeois qui défendent leurs privilèges, les propriétaires soucieux de protéger leurs biens du péril rouge et les militaires obsédés par l’ordre. Rien n’a vraiment changé, y compris dans l’art d’attribuer la responsabilité aux autres, en l’occurrence le peuple, à savoir ceux sur lesquels s’exerce le pouvoir, ce dont l’élite est elle-même responsable.

       Si la rue est aujourd’hui pleine de colères qui se disent enfin après une accumulation silencieuse et digne pendant de si longues années, la faute en incombe moins à ceux qui dénoncent la misère qu’à ceux qui en sont à l’origine et qui, de ce fait, en sont responsables -donc coupables. Hitler n’a pas été produit par le peuple mais par ceux qui n’ont que mépris pour lui.

    ________________________________

    [1] Wikipédia: La loi de Godwin est une règle empirique provenant d'un énoncé fait en 1990 par Mike Godwin relatif au réseau Usenet, et popularisée depuis sur Internet: 'Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1."

    [2] Parlant de l’arrivée de Hitler au pouvoir, Yann Kershaw écrit: "Les évènements de janvier 1933 forment un extraordinaire drame politique, mais un drame qui se joua largement loin des yeux du peuple allemand" (Hitler, Flammarion, 301) – c’est moi qui souligne. 

     

  • Brute? (Onfray again)

       Brute  Généalogie de la première violence

    "Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’Histoire."
    Macron, le 13 février 2018, devant la presse présidentielle.

                                                                                  ***

       Certes, l’Etat définit bien ce Moloch qui dispose du monopole de la violence légale: mais pour quoi faire? Sauf irénisme radical, la nature humaine étant ce qu’elle est, il n’est en effet pas question d’imaginer un monde dans lequel on n’aurait plus besoin d’armée ou de police, de tribunaux ou de prisons, de loi et de droit. Si l’on estime qu’un violeur n’est pas un violé, un agresseur un agressé, un voleur un volé, un pilleur un pillé, un frappeur un frappé, il faut bien qu’une série de mécaniques sociales permette d’appréhender le violeur, l’agresseur, le volé, le frappeur afin de le déférer aux tribunaux qui jugent des faits en regard de la loi et du droit, et envoient la personne jugée coupable purger sa peine au nom de la réparation du violé, de l’agressé, du volé, du pillé, du frappé, mais aussi dans la perspective de protéger d’autres citoyens de la dangerosité de ces délinquants. Qu’il existe des circonstances aggravantes ou atténuantes, que chacun, quel que soit ce qu’on lui reproche, ait droit à la défense, puis à la réparation une fois la peine accomplie, tout cela est acquis.


       La violence légale suppose qu’elle puisse être utilisée afin de maintenir la légalité -ce devrait être une lapalissade... Or, quand, mi-septembre 2018, les gilets-jaunes font savoir, au début de leur colère, que leur pouvoir d’achat ne leur permettra pas de payer des taxes supplémentaires que le pouvoir inflige en augmentant le prix des carburants à la pompe, ils ne mettent pas en péril la démocratie et la République puisqu’ils en appellent aux articles 13 et 14 de la Déclaration des droits de l’homme et, ne l’oublions pas, du citoyen. Par leur mouvement, ils revendiquent l’un de ces droits que ce texte majeur leur accorde. Je l’ai déjà signalé, mais rappelons en effet que l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme dit ceci: "Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses de l’administration, une contribution commune est indispensable; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés." Et l’article suivant, ceci: "Les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée." Les gilets-jaunes n’ont pas refusé l’impôt, comme la propagande médiatique le rabâche depuis des semaines afin de les assimiler aux populismes fascisants, mais ils font juste savoir qu’ils n’ont plus financièrement les moyens de les payer! D’un point de vue gouvernemental, une réponse appropriée aurait permis d’étouffer la colère dans l’œuf. Au lieu de cela, la riposte a été tout de suite belliqueuse: c’est l’origine de la violence.

      Ce bellicisme a pris la forme que l’on sait: des éléments de langage du pouvoir macronien ont été fournis puis abondamment relayés par les "élites": le mouvement des gilets-jaunes était une jacquerie d’extrême-droite, une revendication populiste qui sentait sa chemise brune, un mouvement qui puait le "facho". BHL le fit savoir illico en même temps que… Mélenchon et Clémentine Autain, Coquerel et la CGT qui rejoignaient ainsi dans leur concert populicide tous les éditorialistes de la presse maastrichtienne.

       Macron n’est pas bien malin, car Pompidou mit fin à Mai 68 avec un cynisme qui aurait pu l’inspirer: deux inconnus à l’époque, il s’agit d’Henri Krasucki de la CGT, donc du PCF, et Jacques Chirac, alors secrétaire d’Etat à l’emploi auprès du ministre des Affaires sociales, se rencontrent dans le cabinet d’un avocat communiste. Chirac dira qu’il s’agissait d’une chambre de bonne et prétendra qu’il s’y était rendu armé… Il y aura plusieurs réunions avant qu’officiellement le sécrétaire général de la CGT, Georges Séguy, et les autres syndicats ne rencontrent Chirac et… Balladur, alors conseiller de Chirac, pour préparer ce qui deviendra les Accords de Grenelle. La négociation a grandement payé: hausse des salaires spectaculaires, augmentation du SMIC sans précédant, réduction de la durée hebdomadaire du temps de travail, élargissement du droit syndical, coup de pouce aux allocations familiales, augmentation de la prestation offerte aux personnes âgées, paiement des journées de grève, baisse du ticket modérateur de la sécu. La CGT revient auprès de sa base avec ces propositions: les ouvriers refusent; les accords signés unilatéralement par le pouvoir sont tout de même appliqués -déjà la collusion des pouvoirs gouvernementaux et syndicaux, les fameux corps intermédiaires. Le travail reprend quelques jours plus tard. Le pouvoir joue sur l’inflation: deux ou trois ans après, les avantages consentis disparaissent avec l’augmentation du coût de la vie. Exit Mai 68! Leçon de cynisme politique, mais également leçon sur le cynisme de ce qu’il est donc convenu d’appeler les corps intermédiaires: le pouvoir néo-gaulliste et le pouvoir néo-communiste se séparaient moins sur leurs options politiques qu’ils ne se rassemblaient sur ce fromage qu’est toujours la représentation qui permet de laisser croire au peuple qu’on travaille pour lui alors qu’on œuvre bien souvent à ses dépens pour sa seule boutique.

       Revenons aux gilets-jaunes: Macron fait annoncer par son premier ministre un moratoire sur le prix de l’essence début décembre. Mais un moratoire est la formule qui permet de reculer pour mieux sauter -en l’occurrence: sauter par-dessus les élections européennes pour lesquelles, chacun l’a désormais bien compris, le président de la République est en campagne. C’est la raison pour laquelle il instrumentalise la crise des gilets-jaunes pour son propre compte et celui du camp maastrichtien. Il n’y a pas d’autres raisons à son Grand Débat national puisqu’il a bien pris soin d’en donner la règle du jeu dès le départ: on parle -enfin: il parle-, mais pas question de changer de cap. Pourquoi donc parler? A quoi bon? Pour quoi faire?

       Après l’annonce d’un moratoire pour signifier qu’on accorde un délai avant d’actionner tout de même la guillotine, première violence symbolique, il y a eu l’assimilation par le président de la République des gilets-jaunes à "une foule haineuse" constituée d’antisémites, d’homophobes, de racistes lors des vœux de 2019, ce fut la deuxième violence symbolique. Elle a été suivie par une troisième avec cette annonce de LA solution avec un Grand Débat national doublé du refus d’un changement de cap. D’autres violences sont depuis régulièrement infligées. Ainsi avec cette série de gifles distribuées au grès de ses apparitions publiques: une quatrième à la galette des rois quand le prince fait savoir que tous les Français n’ont pas le goût de l’effort en laissant entendre que c’est le cas des gilets-jaunes (11 janvier 2019); une cinquième lors d’un meeting présenté comme un débat, quand il affirme, que, parmi certains qui touchent les minimas sociaux, "il y en a qui déconnent"  (15 janvier 2019) en n’ignorant pas que cette catégorie sociologique est surreprésentée chez les gilets-jaunes; une sixième en faisant savoir de façon quelque peu méprisante, toujours lors d’un de ces meetings de campagne maastrichtien, que "la vraie réforme, elle va avec la contrainte, les enfants! C’est pas open bar. Le bar, c’est le nôtre."  (24 janvier 2019 à Bourg-de-Péage) -la vraie réforme, c’est donc la sienne, pas celle des gilets-jaunes; les "enfants" qu’on toise de façon méprisante, ce sont ces mêmes gilets-jaunes; et la mention du bar, c’est encore aux GJ que l’image s’adresse, on ne peut mieux dire que, pour le chef de l’Etat, les gilets-jaunes sont de faux réformateurs qui pensent comme des enfants assimilés à des piliers de bistrot…  

       Ces violences symboliques sont copieusement démultipliées par le pouvoir médiatique maastrichtien. On l’a vu. Il s’agit d’assimiler les gilet-jaunes à des gens violents et tout ce qui peut illustrer cette thèse se trouve savamment mis en images et en mots par les médias qui se contentent de relayer les éléments de langage venus de la cellule communication de l’Elysée, de celle de Matignon ou bien encore de celle du ministère de l’Intérieur. Macron est un enfant-roi colérique et intolérant à la frustration, Edouard Philippe un animal à sang froid bien cravaté, propre sur lui et poli, Castaner un gouailleur ayant gardé quelques habitudes de son ancienne fréquentation du milieu marseillais, mais c’est le même discours: les gilets-jaunes sont violents, ils attaquent la République, y compris avec un transpalette moins gros qu’une voiture sans permis, ils mettent en péril la démocratie, ils annoncent une révolution néo-fasciste… BHL prête sa chemise à ces discours. Les éditorialistes pensent comme cette chemise. D’autres "intellectuels" offrent une partie de leur anatomie à cette même chemise.

       Cette violence symbolique, dont le bras armé est constitué par les médias du système, se double d’une violence policière. On sait que les mots tuent, mais pour ce faire, il leur faut  des acteurs violents: le pouvoir en dispose avec un certain nombre de gens de justice et de gens de la police qui, sachant qu’ils bénéficient d’une couverture venue du ministère de l'Intérieur, donc de Matignon, donc de l’Elysée, donc d’Emmanuel Macron, s’en donnent à cœur joie.

       Je me suis retrouvé sur un plateau de télévision avec Jean-Marc Michaud, qui a perdu un œil à cause d’un tir de flash-ball. Il a dit toute sa colère contre le tireur -et je le comprends. C’est le premier mouvement, quand on a été violenté, de vouloir riposter de la même manière. On reçoit un coup, on n’a pas envie d’autre chose que de le rendre au centuple. Le cerveau reptilien fait la loi tant que le cortex n’effectue pas son travail.

       Certes, il y  a une responsabilité du tireur: mais si ce tireur sait qu’il aura des comptes à rendre à la justice si sa hiérarchie lui reproche de s’être mal comporté en ne respectant pas les procédures -dont celle, majeure, de ne jamais viser la tête…-, alors il se comportera probablement autrement.

       Mais, quand on sait pouvoir bénéficier de l’impunité du pouvoir, alors on tire ou on tabasse sans état d’âme et, pour l’avoir constaté par moi-même à Caen, avec certains spectateurs de ces opérations, une jubilation non feinte à cogner, taper, tabasser, projeter violemment au sol, menotter, mais aussi, dans certains cas sur lesquels je me penche ces temps-ci: dénuder et palper…

       J’ai déjà dit ailleurs que je supposais que certains policiers noyautaient les casseurs pour nourrir la thèse du pouvoir selon laquelle tous les gilets-jaunes sont violents. Après que j’ai donné cette information, d’aucun parmi les gilets-jaunes m’ont fait savoir par courrier qu’ils en détenaient les preuves. Je reviendrai sur ce sujet le moment venu.  

       Mais sans se focaliser sur ce cas particulier, il suffit de lire, sous la plume du maire divers droite, donc pas un gauchiste, Xavier Lemoine, une intéressante information. Il affirme dans Le Figaro qu’en tant que maire de Montfermeil, il a constaté que "la police a moins réprimé les émeutes en banlieues en 2005 que les Gilets Jaunes"  (29 janvier 2019). Tout est dit. 

       Le maire constate qu’en 2005 il n’y a eu aucun mort et peu de blessé parmi les émeutiers bien que ces derniers aient choisi la violence comme unique moyen d’expression. Il en donne la raison: la police avait alors choisi une opération de maintien de l’ordre et non, comme Macron, une logique de répression. Or, maintenir l’ordre n’est pas réprimer. Ce sont deux choix politiques extrêmement différents idéologiquement, politiquement, stratégiquement, tactiquement -et aussi moralement. Emmanuel Macron a sciemment choisi de réprimer et non pas de maintenir l’ordre. Le chef de l’Etat n’a donc pas voulu contenir les violences revendicatives mais déchaîner les violences d’Etat. C’est à dessein.

      Xavier Lemoine constate que le choix du maintien de l’ordre vise, comme les mots l’indiquent, à chercher avant tout à maintenir l’ordre, donc à éviter le désordre. J’y reviens: on ne me fera pas croire que laisser dépaver l’avenue des Champs-Elysées sous les objectifs des caméras de BFMTV pendant presque une heure ne témoigne pas du fait que le forces de l’ordre n’avaient pas eu pour consigne d’empêcher le désordre, c’était facile à faire sans violence, mais, au contraire, de le favoriser en laissant ces pavés devenir des projectiles en attente de leurs cibles humaines ou matérielles…

       Parlant de sa ville, Xavier Lemoine dit: "En 2005, la totalité (sic) des revendications se sont exprimées par la violence. Or, à l’époque, les forces de l’ordre ont adopté le mode d’intervention le plus approprié qui soit pour faire retomber cette violence. D’un point de vue technique, leur attaque a été souple et remarquable. Alors qu’ils étaient pris pour cibles par les émeutiers, policiers et gendarmes ont montré une grande retenue dans l’usage de la force. Aujourd’hui, au contraire, nul ne peut prétendre que toutes les revendications des 'gilets jaunes' s’expriment par la violence. En outre, en 2005, il n’y avait aucune femme parmi les émeutiers, alors que les femmes sont présentes massivement dans les rangs des 'gilets jaunes'. Ne pas le prendre en compte, c’est se priver d’un élément d’analyse fondamental. Contrairement à ce que la puissance des images peut laisser penser, la majorité des 'gilets jaunes' ne participe pas aux violences condamnables commises lors de ce mouvement. Pourtant, depuis le samedi 8 décembre, les forces de l’ordre privilégient la répression, et non le maintien de l’ordre." Au journaliste qui lui demande de préciser ce qui distingue maintien de l’ordre et répression, Xavier Lemoine répond: "Le maintien de l’ordre consiste d’une part à permettre à une manifestation de s’écouler de la manière la plus pacifique qui soit, et d’autre part contenir la violence en vue de la faire diminuer. Cet objectif n’interdit pas aux policiers d’intervenir contre des personnes déterminées à des actes de violence" -je songe à ceux qui dépavent l’avenue des Champs Elysées… Il poursuit: "Mais il est toujours laissé aux manifestants pacifiques des portes de sortie. Les intéressés peuvent ainsi quitter les lieux quand ça dégénère. La répression, elle, consiste à en découdre contre des groupes sans faire nécessairement la distinction entre les individus violents et les manifestants paisibles, qui peuvent se trouver loin d’eux. Or, dans la crise actuelle, les forces de l’ordre recourent trop souvent aux 'nasses', qui l’empêchent les personnes encerclées de quitter les lieux. Il est facile alors de faire des amalgames entre des manifestants très différents. Parmi les éborgnés, combien avaient cassé des vitrines, retourné des voitures, pillé des magasins? De même, le souci de différencier les casseurs 'confirmés' et les primo-délinquants devrait être beaucoup plus net." Pour Xavier Lemoine, les forces de l’ordre obéissent à un pouvoir qui a choisi la répression et la brutalité. Elles obéissent. Le responsable, donc le coupable, est celui qui donne l’ordre. Et, comme on ne peut imaginer que Castaner ou Philippe prennent la décision seuls, c’est au chef de l’Etat qu’il faut imputer le choix de la répression, donc chaque blessure infligée. Quand ce même chef de l’Etat affirme éhontément en Egypte que les forces de l’ordre n’ont causé aucun mort alors qu’on leur doit celle de madame Redoine à Marseille, il ment. Et il est personnellement responsable de cette mort [1]. La brute, c’est lui.

       Lisons encore Xavier Lemoine: "Je n’incrimine en rien les forces de l’ordre, qui obéissent, comme il est naturel, aux instructions du ministre de l’Intérieur. Mais je blâme ces instructions, qui me paraissent traduire une volonté de monter aux extrêmes, d’accroître la violence pour justifier une répression. Je n’ai aucune complaisance pour les violences préméditées des casseurs ou des groupuscules extrémistes. Mais la responsabilité du politique est aussi de savoir désamorcer un cri de détresse, au lieu de l’alimenter en diabolisant les 'gilets jaunes'. Jamais les gouvernants, en 2005, n’ont tenu des propos aussi méprisants envers les émeutiers d’alors. Actuellement, une partie importante des violences émane de manifestants sans casiers judiciaires, désespérés et chauffés à blanc. Ils se sentent provoqués par la rigidité de la riposte de la police. La dynamique de foule aidant, ils se 'radicalisent'. Leur réflexe vital s’exprime de façon brutale. En 2005 aucune manifestation n’avait été déclarée en préfecture et toutes dégénéraient en émeutes. Pourtant, à l’époque, en Seine-Saint-Denis, il n’y a eu aucune charge de CRS, ni de policiers à cheval. Aujourd’hui, si. Voilà quatorze ans, les forces de l’ordre n’ont pas recouru au tir tendu, à l’horizontal, à face d’homme et à courte distance. Aujourd’hui, si. Pourquoi ces deux poids, deux mesures de l’Etat entre les émeutes urbaines de 2005 et les scènes d’émeutes des 'gilets jaunes '? Je ne juge pas que les forces de l’ordre ont été laxistes en 2005 ; j’affirme qu’elles sont trop 'dures' aujourd’hui."

       Que le président Macron ait choisi la ligne dure de la répression contre la ligne républicaine du maintien de l’ordre est donc avéré. Il a donc à son service la presse maastrichtienne, autrement dit les médias dominants, dont ceux du service public audiovisuel, il a mis à son service la police, l’armée, donc les forces de l’ordre, il a également essayé d’y adjoindre la machine judiciaire. Ce dont témoigne un article du Canard enchaîné (30 janvier 2019) intitulé "Les incroyables consignes du parquet sur les gilets jaunes", qui rapporte dans le détail comment le ministère dit de la Justice a communiqué par courriel avec les magistrats du parquet de Paris sur la façon de traiter les gilets-jaunes: après une arrestation, même si elle a été effectuée par erreur, il faut tout de même maintenir l’inscription au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), y compris "lorsque les faits ne sont pas constitués". Le courrier précise également qu’il faut ficher, même si "les faits sont ténus" et même dans le cas avéré "d’une irrégularité de procédure"! Dans ces cas-là, arrestation par erreur, infraction non motivée, irrégularité de procédure, il est conseillé de maintenir les gardes à vue et de ne les lever qu’après les manifestations du samedi afin d’éviter que les citoyens fautivement interpellés puissent exercer leur droit de grève, faut-il le rappeler, un droit garanti par la Constitution? Alinéa 7 du préambule…  

       Ajoutons à cela que le projet de loi dit "anti casseurs" proposé par Macron se propose purement et simplement d’instaurer une présomption de culpabilité à l’endroit de quiconque serait suspecté d’être sympathisant de la cause des gilet jaune.  Suspecté par qui? Par la même justice à laquelle le pouvoir demande, premièrement, de conserver en garde à vue une personne même arrêtée par erreur, deuxièmement, de ne la relâcher qu’après la fin des manifestations, troisièmement, d’agir de même y compris dans le cas d’une erreur de procédure, quatrièmement, de ne pas se soucier du fait que les faits soient avéré, la ténuité suffisant pourvu que la justice macronienne soutenue par la police macronienne elle-même au ordre de l’idéologie macronienne, qui est purement et simplement celle de l’Etat maastrichtien, aient décidé qu’il en soit ainsi. Mélenchon a pu parler à ce propos du retour de la lettre de cachet, il n’a pas tort sur ce sujet.

       La violence généalogique, celle qui s’avère fondatrice des premières revendications des gilets-jaunes, c’est d’abord et avant tout celle qu’impose le système politique libéral installé de façon impérieuse par l’Etat maastrichtien depuis 1992. Quand Macron dit que les racines du mal sont anciennes, il ne le sait que trop, car il est l’un des hommes dont la courte vie a été entièrement consacrée à l’instauration de ce programme libéral qui s’avère fort avec les faibles, on le voit dans les rues depuis douze semaines, et faible avec les forts, on le constate avec la législation qui leur est favorable -de la suppression de l’ISF au refus de s’attaquer aux paradis fiscaux en passant par la tolérance du fait que les GAFA échappent à l’impôt.

       La violence de cet Etat maastrichtien sur les plus faibles, les plus désarmés, les moins diplômés, les plus éloignés de Paris ou des mégapoles françaises; la violence de cet Etat maastrichtien sur les plus précaires en tout, sur les gens modestes qui portent tout seul le poids d’une mondialisation heureuse pour d’autres qui les conchient à longueur d’apparitions médiatiques; la violence de cet Etat maastrichtien sur les oubliés des nouvelles compassions du politiquement correct; la violence de cet Etat maastrichtien sur les femmes seules, les mères célibataires, les veuves aux pensions de retraite amputées, les femmes contraintes de louer leur utérus pour qu’on y dépose un sperme mercenaire, les victimes des violences conjugales surgies de la misère, les jeunes garçons ou les jeunes filles qui se prostituent pour payer leurs études; la violence de cet Etat maastrichtien sur les ruraux privés jour après jour du service public que leurs impôts indirects financent pourtant; la violence de cet Etat maastrichtien sur les paysans qui se pendent tous les jours parce que la profession de foi écologiste des maastrichtiens urbains ne s’encombre pas d’écologie quand il s’agit de l’assiette des Français qu’ils remplissent de viandes avariées, de produits toxiques, de chimie cancérigène, d’aliments en provenance du bout de la planète sans souci de la trace carbone et qui peuvent même être bios; la violence de cet Etat maastrichtien sur les générations d’enfants crétinisés par une école qui a cessé d’être républicaine et qui laisse aux seuls filles et fils de la possibilité de s’en sortir non pas grâce à leur talents, mais avec l’aide du piston de leurs familles bien nées; la violence de cet Etat maastrichtien qui a prolétarisé des jeunes n’ayant plus pour seul espoir que la sécurité de l’emploi du policier, du gendarme, du militaire ou du gardien de prison et dont le métier consiste à gérer par la violence légale les déchets du système libéral; la violence de cet Etat maastrichtien sur les petits patrons, les commerçants, les artisans qui ignorent les vacances, les loisirs, les week-end, les sorties -ces violences là, oui, sont les violences premières. Ce sont celles qui n’ont pas généré de violence, mais juste une première manifestation contre l’augmentation du plein d’essence. 

       La réponse du pouvoir, donc de Macron, à cet aveu de pauvreté des pauvres a été tout de suite la criminalisation idéologique. Les médias aux ordres ont crié au loup fasciste. Depuis plusieurs mois, c’est leur pain quotidien: selon les riches qui les gouvernent, les pauvres seraient donc antisémites, racistes, homophobes, violents, complotistes -"salauds" dit-même BHL chez Ruquier. C’est la vielle variation sur le thème: classes laborieuses, classes dangereuses. C’est l’antienne de tous les pouvoirs bourgeois quand ils ont peur.

       Le pouvoir de l’Etat maastrichtien manœuvre assez bien pour que, jusqu’à ce jour, sa responsabilité ne soit jamais mise en cause! C’est pourtant lui le problème! C’est tellement lui le problème que Macron veut en faire la solution en expliquant que le problème de l’Europe libérale; c’est qu’il n’y en a pas assez alors que les gilets-jaunes lui disent justement qu’il y en a trop -non pas d’Europe, mais de libéralisme.

       Dès lors, le chef de l’Etat mobilise les médias qui désinforment, la police qui traque le manifestant, la justice qui les coffre sévèrement, la prison qui les parque quand l’hôpital ne les soigne pas après tabassages. A partir de quel moment comprendra-t-on que nous disposons là des pièces d’un puzzle despotique?

    Michel Onfray

    ________________________________

    [1] Pour mémoire :
    https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/gilets-jaunes-ce-que-l-on-sait-de-la-mort-d-une-octogenaire-blessee-par-une-grenade-lacrymogene-a-marseille_3084379.html

  • Onfray très en forme.

    "BUTEZ-LES JUSQUE DANS LES CHIOTTES!"

     " Lors de son allocution télévisée le soir du dernier jour de l'année 2018, alors que sa fonction consiste idéalement à rassembler les Français, et non à les diviser au nom d'intérêts partidaires, le président de la République a pris un soin malin et pervers à les déchirer comme s'il était un vulgaire chef de parti en quête d'une élection à l’Élysée. Ce chef de parti s'est comporté en chef de bande, ce dont témoigne cette prise de parole avec laquelle il fait de la totalité des gilets-jaunes une "foule haineuse", homophobe, raciste, antisémite, putschiste, néofasciste!

       Comment comprendre que le premier des Français, qui devrait fédérer derrière sa personne, considère les gilets-jaunes de façon monolithique en disant: "Certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple -mais lequel? D’où? Comment?- et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France!" Macron jette de l'huile sur le feu en toute inconscience alors que sa fonction lui intime d'éteindre les incendies.

       Autrement dit, les centaines de milliers de gilets-jaunes -deux millions et demi, disaient il y a quelque temps les comptages des réseaux sociaux après croisements- sont tous haineux, tous ennemis des élus, tous ennemis de la police ou de la gendarmerie, des journalistes, des juifs, des étrangers, des homosexuels, et tous... nient la France! Comment, quand on prétend être trop intelligent pour être véritablement compris, peut-on montrer qu'on l'est si peu alors qu'on en très bien compris, trop bien même? C'est une énigme, sauf à regarder de plus près au psychisme de ce jeune homme décidément immature en tout.

      Le voilà qui envoie au front son premier ministre porter sa parole présidentielle: courageux mais pas téméraire, le Jupiter! Édouard Philippe, en bon juppéiste, se montre le meilleur avaleur de couleuvres de sa génération! Voilà qui force le respect... Droit dans des bottes qui ne sont pas les siennes -c'étaient, d'occasion, celles de Juppé-, le voilà qui délivre la substantifique moelle de la pensée complexe du président de la République. Je résume pour les esprits simples:  "De la matraque, rien que de la matraque, toute la matraque". On comprend qu'avec une pensée aussi subtile, Macron ait raté deux fois le concours d'entrée à l'École normale supérieure pourtant pas bien regardante sur la pensée complexe de ses impétrants à qui l'on enseigne ensuite une pensée simpliste!

       Que propose en substance le premier ministre? Abracadabra et voilà un bon vieux fichier de ce qu’il est convenu de nommer en français courant des délinquants politiques: c'est clairement le retour aux bonnes vieilles méthodes de la police politique -flicages, fichages, écoutes, surveillances, arrestations préventives, détentions des opposants politiques. Avec les moyens modernes, ce traitement qui a récemment été infligé à Julien Coupat, suivi, espionné, arrêté, mis en examen sur simple suspicion, va se trouver étendu à tout réfractaire au libéralisme de l'État maastrichtien. Il nous faut lire ou relire Orwell d'urgence...

       Et puis, coup de tonnerre, cette information dont je me demande si, juste après la lecture du titre, elle n'est pas un fake news ou une pochade de l'excellent "Gorafi": "Luc Ferry appelle à tirer sur les gilets jaunes et veut l'intervention de l'armée"!  Très drôle... Je vérifie: pas drôle du tout, c'est une véritable information, elle se trouve sous ce titre dans "France-Soir" du mardi 8 janvier.

       A Radio-Classique, où il est éditorialiste, le philosophe a en effet vraiment dit: "Évidemment qu’on est tous contre les violences, mais ce que je ne comprends pas c’est qu’on ne donne pas les moyens aux policiers de mettre fin à ces violences." Lui fait-on remarquer qu'il existe des risques qu’il répond: "Et alors? Écoutez franchement, quand on voit des types qui tabassent à coup de pied un malheureux policier qui est par terre. Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois. Ça suffit !" Il continue en affirmant: "On a la quatrième armée du monde elle est capable de mettre fin à ces saloperies." Luc Ferry souhaite donc qu'on tire comme des lapins ceux "qui viennent taper du policier", mais aussi "ces espèces de nervis, ces espèces de salopards d’extrême droite, d’extrême gauche et des quartiers qui viennent taper du policier, ça suffit". Selon le philosophe, "il y en a eu beaucoup, après les manifestations, il y avait des bandes des quartiers qui venaient se servir".

       Donc il faut buter les gilets-jaunes et les gamins des banlieues venus piller le magasin de souvenirs de l'Arc de Triomphe sans que la police ait cru bon de les en empêcher -de la même manière qu'avec une longue séance de dépavage, les journalistes ont pu filmer sans grands problèmes des scènes que les forces de l'ordre pouvaient empêcher, mais dont le pouvoir avait besoin afin d’associer les revendications des gilets-jaunes à la violence urbaine...

       Luc Ferry qui, jadis, fut traducteur de Horkheimer et de Kant avant de devenir ministre de Jacques Chirac, va désormais avoir du mal à critiquer Marine Le Pen en la faisant passer pour une ennemie de la République et de la démocratie! Même BHL, qui pense probablement pareillement, n'a pas osé -ni Joffrin, ni Quatremer, etc.

       A son corps et à son âme humaniste défendant, Luc Ferry mérite les félicitations car il dit tout haut ce que pensent tout bas les acteurs de l'État maastrichtien -leurs journalistes et leurs éditorialistes, leurs consultants et leurs intellectuels, leurs artistes et leurs comédiens, leurs économistes et leurs lobbyistes.   

       A la faveur de cet aveu très kantien (lire ou relire la "Doctrine du droit"), on découvre enfin à visage découvert la véritable nature de ce pouvoir économiquement libéral et politiquement autoritaire. Les choses sont claires. Grattons un peu et l'on découvre sous la croûte la véritable nature de ce pouvoir: il réunit tout ce monde faisandé qui méprise le petit peuple dans ses dîners parisiens. Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux, Édouard Philippe, Luc Ferry, BHL, Joffrin, Quatremer & C°, font bien leur boulot, chacun à sa place: tout est désormais en ordre de marche pour que la suite s'écrive avec du sang. "   

    Michel Onfray

  • Transpalette (Onfray)

    LA REPUBLIQUE ATTAQUEE PAR UN TRANSPALETTE   Michel Onfray 

    Ce que les médias maastrichtiens aiment par-dessus tout, c'est ce qu’ils reprochent à leurs ennemis: l'amalgame. Ces temps-ci, chacun le voit dans les journaux, radios et télés du système: une seule hirondelle morveuse fait pour cette engeance le printemps des gilets-jaunes. On a pu ainsi constater avec eux, et ce ad nauseam, combien un homophobe, un raciste, un antisémite, un complotiste surgissant parmi les gilets-jaunes faisait de tous les gilets-jaunes des coupables de ces crimes listés.

       Or, est-ce que le passé d'un joueur de poker, compagnon de quelques spécimens de la pègre Marseillaise devenu ministre de l'Intérieur de Macron, fait de tous les ministres de Macron des joueurs de poker compagnons de la pègre marseillaise? Je pense que même Castaner dirait que non... C'est pourtant ainsi qu'on procède chez les ennemis des gilets-jaunes -car ils sont moins traités par eux en adversaires respectables et respectés qu'en ennemis à supprimer...  

       Des gilets-jaunes ont lancé un transpalette électrique (donc écoresponsable et non polluant: un bon point pour eux...) contre la porte du ministère de Benjamin Griveaux. La belle affaire! Voici donc qu'en guise de résumé de ce nouveau samedi jaune, le transpalette est presque présenté par les journalistes comme un char d'assaut, un Rafale de la dernière génération, un sous-marin à propulsion nucléaire, un engin de guerre furtif, le dernier cri de la technologie meurtrière d’État, le petit bijou secret de Dassault.

      On nous dit également que le transpalette a été lancé contre la République en personne! Tudieu... Si la République est mise en péril par un transpalette, soit le pouvoir du transpalette est grand, soit la République est bien faible, soit encore ceux qui tiennent ce genre de discours prennent leurs auditeurs pour des imbéciles. Je penche plutôt pour cette dernière hypothèse...

       Je remarque au passage que, reprenant comme un seul homme les éléments de langage du ministre, les journalistes parlent d'un "engin de chantier" alors que, comme son étymologique l’indique (mais encore faut-il ne pas ignorer le mot, donc la chose, bien connus de la plupart des gilets-jaunes...), le transpalette permet de déplacer des palettes dans des entrepôts, des hangars, des halles, des dépôts, des cours d'usine, ce qui ne relève pas à proprement du chantier... Plus intelligente que le ministre, ses conseillers, ses communicants et les (ses...) journalistes, ce qui n'est pas peu dire, la notice Wikipédia du "transpalette" dit: "On retrouve les transpalettes dans les centres de distribution, entrepôts, commerces au détail, camions, etc.". Un sophiste des communicants du Château dirait que cet "etc." cache le mot "chantier"... Sylvain Fort, la plume du président qui, je le sais, lisait attentivement mes chroniques et qui vient de quitter le navire avec les rats, n'est plus là pour rédiger une note avec cet élément de langage.

        L'amalgame, ici, c'est de résumer l'acte VIII des gilets-jaunes à cette affaire de la République attaquée par un transpalette!

    Un seul transpalette défonce la porte d'un ministère et ce sont tous les transpalettes qui défoncent en même temps toutes les portes des ministères avec pour objectif de faire tomber la République! Concluons qu'avec ce modeste transpalette sur lequel étaient juchés des personnages sortis tout droit de Rabelais et qui se marraient en défonçant une porte, les gilets-jaunes avaient pour but avoué de fomenter un coup d'État -comme jadis Pinochet avec les chars de l'armée chilienne... Rien moins, sinon, quoi?

       Écoutons en effet le macronien qui voudrait se faire passer pour le président socialiste chilien réfugié dans son ministère pendant que gronde le bruit de moteur électrique du transpalette: l'homme a sauvé sa vie avec une exfiltration du genre commando -en fait, avec son couteau et son portable sous le bras, il est parti sans encombre par une autre porte... Il confie au journal "20 Minutes": "Ce n’est pas moi qui suis visé, c’est la République (sic)", par "ceux qui souhaitent l’insurrection, renverser le gouvernement", mais "la République tient debout". L'a-t-on bien compris? ce que ce transpalette venait faire, c'était faire chuter la république en entrant dans son bureau -ce qui, pour un transpalette, reste une performance logistique inédite à ce jour, même chevauché par un quarteron de Pieds Nickelés...

       Un journaliste du "Monde", journal ami de Macron et ennemi des gilets-jaunes, était comme par hasard justement dans le bureau du pauvre homme afin de relayer la bonne parole macronienne à ses lecteurs de la gauche de droite. Le journal titre: "Récit de l’évacuation (sic) de Benjamin Griveaux après l’irruption (sic) de manifestants dans son ministère"! On tremble... On apprend par ce reportage de guerre que la République a été sauvé par la fuite du ministre & du journaliste "dans la précipitation mais sans heurt (sic) à travers le jardin du ministère et la cour intérieure d’un immeuble voisin. Une 'sortie de secours' (sic) qui débouche dans une petite rue adjacente à la rue de Grenelle dont le 101 accueille le ministère du porte-parolat. Le 'passage secret' (sic) avait déjà été utilisé lors d’une première intrusion le jour de 'l’acte II' des 'gilets jaunes'." Où l'on voit que l'on a échappé à un carnage, car le transpalette aurait pu réussir tout seul à grimper les étages, à se frayer un passage dans le labyrinthe des couloirs, avant de se retrouver devant le bureau vide du ministre! Une fois arrivé, il aurait probablement pu tirer, bien qu’il ne possède pas de canon ou de mitrailleuse... A BFM, on aurait pu soutenir cette thèse, à France-Inter aussi!

       Sur Twitter, le chef de l'État se fend de ce commentaire: "Une fois encore (sic), une extrême violence (sic) est venue attaquer la République (sic) –ses gardiens, ses représentants, ses symboles [1]. Ceux qui commettent ces actes oublient le cœur de notre pacte civique (sic). Justice sera faite. Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue." Que raconte ce message concocté par les communicants du Château?

       "Une fois encore" dit que les gilets-jaunes ne sont que dans la violence, mais jamais dans la revendication pacifique, jamais sur les ronds-points dans l'occupation fraternelle et débonnaire, amicale et festive, jamais dans les manifestations bon enfant. Pour comprendre un peu d'où vient cette violence, il serait intéressant de savoir où se trouvent depuis quelques semaines certains policiers dont le métier a toujours consisté, sous tous les régimes, à infiltrer les défilés pour initier les violences qui permettent ensuite de discréditer les manifestants. C'est vieux comme le monde... Depuis que Benalla ne fait plus ce travail, après avoir été filmé la main dans le sac, où sont ses semblables?

      "Une extrême violence"? Mais alors comment doit-on qualifier le massacre physique de nombre de gilets-jaunes présents dans les manifestations et qui ont été défigurés, énucléés, explosés, ravagés? Des photos montrent un grand nombre de victimes ayant perdu un œil, dont les dents ont sauté, les arcades sourcilières explosé, qui ont perdu des morceaux d’os, des lambeaux de cuir chevelu, voire une partie du visage? Si un trou dans une porte, qui se remplace, c'est "une extrême violence", alors comment qualifier des trous dans le visage de gens définitivement défigurés?

       Une "attaque de la République"? Mais comment peut-on faire passer ce monôme de quelques secondes, montées puis montrées en boucle par BFM pendant toute la journée, pour une tentative de putsch? Juchés sur leur transpalette, comment les tenants de cet attelage auraient-il pu croire une seule seconde qu'avec ce véhicule électrique, ils avaient pour projet avoué de faire tomber le régime ?

      Par ailleurs: comment Macron ose-t-il parler du "pacte civique ", lui qui a conseillé et accompagné longtemps François Hollande dans une politique dont le cœur est le mépris de ce pacte qui exige le sacrifice du peuple pour tracer la route libérale de l'État maastrichtien contre l'État français? Si les gilets-jaunes sont dans la rue, c'est parce que ce pacte civique a été rompu par tous les politiciens maastrichtiens depuis des années -dont Macron.

     Car, qui se moque de la République ? Les gilets-jaunes ou bien Macron et les siens? Un ami bien inspiré, merci Jean-Yves, m'a envoyé un article signé Juan Branco et intitulé : Sur un certain Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Ce formidable texte [2] permet de répondre clairement à cette question: s'il existe bien des gens qui se moquent de la République, ce sont nommément Macron et Griveaux. Jugez-en:  

       "Le jeune Benjamin Griveaux était payé très cher (10.000 euros mensuels) quand il travaillait au cabinet de Marisol Touraine; il a quitté ce poste en 2014 pour un autre plus juteux (17.000 euros mensuel) afin de monnayer son carnet d'adresses avec un objectif bien précis: 's'assurer que personne au ministère des Finances ne propose d'abolir une niche fiscale favorable à l'entreprise'. Ses moyens? Les réseaux que l'État lui avait confiés."

    Et Juan Branco de révéler que, pendant ce temps, Benjamin Grivaux charge son ami Gabriel Attal, 23 ans, sans expérience, sans diplômes du supérieur, de recruter des chargés de mission socialistes pour faire la campagne de Macron en sous-main. L'État, via le ministère de la Santé et des Affaires sociales, le payait pour faire la campagne du candidat Macron... Le même État mettait pour ce faire à son service chauffeurs et voitures de fonctions, cuisiniers et secrétaires. Juan Branco signale à quoi ressemblait cette machine de guerre illégale et antirépublicaine. Les amis et amies de Griveaux sont très bien servis dans cette mafia. Les noms de Benalla, de Mimi Marchand, de Xavier Niel, de Lagardère, de Bruno Jeudy, apparaissent -ce qui n'est guère étonnant...

       Juan Branco conclut son article ainsi: "Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption." Chapeau l'artiste.

       Nous avons donc la réponse: quand ce transpalette défonce la porte du ministère de Griveaux, il ne s'attaque pas à la République pour l'abolir, mais à ceux qui, corrompus, la voudraient à leur image. C'est juste ce que refusent les gilets-jaunes: que ces gens-là continent leurs forfaits en toute impunité et en continuant à saigner le peuple -que la République ait cessé d'être républicaine.

       Pas sûr que les Zorro du transpalette aient su tout ça, encore que, mais ils ont juste pu se souvenir que Griveaux les méprisait au début de leur mouvement en disant qu'ils étaient "des fumeurs de clopes qui roulaient au diesel" [3]. Sur ce transpalette qui fonctionne à l’électricité, il semble que ces gilets-juanes n'avaient pas la clope au bec! Pareille insulte suffisait pour lui faire tâter un peu du transpalette, même de loin. Pas de quoi faire chuter la République ni se prendre pour Allende! Ce fut juste un pétard de fête que lui et les siens, dont les journalistes, présentent aujourd’hui en guise de résumé de l'acte VIII des gilets-jaunes, comme un genre d'attentat au lance-roquette.


       Guignols...

     Michel Onfray

    ________________________________

    [1] J'ignorais qu'une porte et un pare-brise puissent être des symboles de la République... Je m'en faisais une autre idée. 

    [2]
    https://blogs.mediapart.fr/juan-branco/blog/101218/sur-un-certain-benjamin-griveaux-porte-parole-du-gouvernement

    [3]
    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/10/29/31002-20181029ARTFIG00214-le-mepris-siderant-de-griveaux-pour-les-gars-qui-fument-des-clopes-et-roulent-au-diesel.php

  • Quand tombe les masques...

     Toujours  Michel Onfray sur les G J

     

                                                    ***

    Quelle que soit son issue, le mouvement des gilets-jaunes aura au moins eu un mérite:  mettre à nu les rouages de ce régime corrompu jusqu’à la moelle depuis que les politiciens de tous bords, "gaullistes" compris, ont décidé de déconstruire ce qui fut le contrat social de la Cinquième République. A force de modifications, de changements, d'altérations, de rectifications, de retouches, ni l'esprit ni la lettre de cette constitution ne sont plus respectés. Nous vivons depuis des années avec une règle du jeu édictée par des faussaires ayant pour nom: Mitterrand et Chirac, Sarkozy et Hollande.

       Les logiciens connaissent bien l'argument du bateau de Thésée rapporté par Plutarque: pendant des siècles, on a gardé respectueusement la barque de Thésée, qui avait combattu le Minotaure. Régulièrement, les Athéniens changeaient les planches qui s'abîmaient. Un jour, il n'y eut plus une seule planche d'origine. Certains dirent alors que ça n'était plus son bateau; d'autres affirmaient au contraire que si; pendant que d'autres encore débattaient pour savoir avec quelle planche, la première rajoutée, la dernière enlevée, ou bien celle après laquelle les planches d'origine ont cessé d'être majoritaires, le bateau de Thésée n'a plus été le bateau de Thésée.

       Vingt-quatre lois ont modifié la constitution de 1958 jusqu'à ce jour! Sur les 92 articles de départ, il n'en reste plus que 30 d'origine! Elle est donc morte depuis longtemps... On fait semblant de la révérer, or elle est piétinée régulièrement par la classe politique dans l'intérêt de ses opérations de basse police, droite et gauche confondues. Qui peut bien imaginer que la cohabitation et le quinquennat puissent relever de l'esprit gaullien? Qu'un référendum perdu puisse être purement et simplement annulé par la coalition des politiciens maastrichtiens de droite et de gauche? Qui?

       Depuis Maastricht, les révisions qui concernent l'Europe vont dans le sens d'une destruction de la nation française au profit de l'État maastrichtien -Traité de Maastricht en 1992, Traité de Lisbonne en 2008. Cette constitution de 1958 est morte: elle est devenue un chiffon de papier, un torchon, une serpillère. Merci Mitterrand, merci Chirac, merci Sarkozy, merci Hollande -et merci Macron qui est un mixte des vices de tous ceux-là: cynisme, démagogie, vulgarité et incompétence...

       Les Français en général, et les gilets-jaunes en particulier ont bien compris que, depuis plusieurs décennies, leur constitution leur avait été volée. De Gaulle avait voulu l'élection du président de la République au suffrage universel direct à deux tours; un septennat avec des législatives à mi-mandat, ce qui permettait au chef de l'État de savoir où il en était avec le peuple et où le peuple en était avec lui: en cas de perte de la majorité à l'Assemblée nationale, le Président démissionnait, c'était la sanction du peuple; il pouvait alors se représenter et être réélu, ou pas; le référendum permettait au peuple de donner son avis sur des questions de société majeures: une fois l'avis donné, on le respectait. Quand de Gaulle a perdu le référendum sur la régionalisation, il n'a pas nié le résultat, il n'a pas fait voter les députés pour l'annuler, il n'en a pas fait un second, il n'a pas fait le contraire de ce qu’avait décidé le peuple: il lui a obéi et a quitté le pouvoir. Il y avait dans la lettre, mais aussi et surtout dans l'esprit de cette constitution, un lien entre le peuple et son souverain qui était alors son obligé.

      Aujourd’hui, c'est l'inverse: c'est le peuple qui est l'obligé de son président élu après que la propagande eut fait le nécessaire, c'est à dire des tonnes, pour installer l'un des voyageurs de commerce de l'État maastrichtien -depuis Mitterrand 1983, ils le sont tous... Le vote ne s'effectue plus de manière sereine et républicaine, libre et autonome, mais de façon faussée et binaire avec d'un côté le bien maastrichtien et de l'autre le mal souverainiste -la plupart du temps assimilé au fascisme. Cette caricature est massivement vendue par la propagande médiatique d'État ou de la presse subventionnée par lui. L'élection législative perdue n'induit plus la démission, mais la cohabitation; le référendum perdu ne génère plus l'abdication, mais sa négation. Quand le peuple dit au Président qu'il n'en veut plus, le Président reste... Et quand il part à la fin de son mandat, certes, on change de tête, mais la politique menée reste la même.

       Tout le monde a bien compris depuis des années que les institutions françaises sont pourries, vermoules, comme une charpente minée par les termites et la mérule: il s'en faut de peu que la maison s'effondre d'un seul coup, avec juste un léger coup de vent. Les gilets-jaunes sont, pour l'heure, un léger coup de vent...

       De même, tout le monde a bien compris que la représentation nationale n'est pas représentative: la sociologie des élus, députés et sénateurs, ne correspond pas du tout à la sociologie de la France. Il suffit de consulter la biographie des mandaté : ceux qui sont sur les ronds-points avec leurs gilets jaunes ne risquent pas d'avoir des collègues au Palais Bourbon ou au Palais du Luxembourg! Où sont les paysans et les ouvriers, les artisans et les commerçants, les marins pécheurs et les employés, les balayeurs et les veilleurs de nuit, les chauffeurs de taxi et les ambulanciers dans ces deux chambres? Nulle part... Les ouvriers représentent la moitié de la population active: il n'y en a aucun au Palais Bourbon -le PCF qui ne fonctionne qu'avec des permanents devrait s'interroger sur ce chiffre pour comprendre les raisons de sa crise... En revanche, on y trouve pas mal d'enseignants et de professions libérales, de notaires et d'avocats, des journalistes aussi. Les cadres et professions intellectuelles représentent 76 % des élus: c'est quatre fois et demie plus que leur part dans la population active. L'observatoire des inégalités a publié un texte intitulé "L'Assemblée nationale ne compte quasi plus de représentants de milieux populaires" (29 novembre 2018) qui détaille cette évidence: le peuple n'est plus à l'Assemblée nationale. Pour parler le langage de Bourdieu, on n'y trouve aucun dominé mais plus que des dominants. Dans les gilets-jaunes, c'est très exactement l'inverse: pas de dominants que des dominés!

       Si la sociologie des élus est à ce point peu populaire on comprend qu'elle soit devenue antipopulaire. Il n'est pas besoin d'aller chercher très loin les raisons du vote négatif du peuple au référendum sur le Traité européen ni celles qui ont fait des élus les fossoyeurs de ce même vote populaire. La démocratie directe a dit: non. La démocratie indirecte lui a dit: bien sûr que si, ce sera tout de même oui. Je date du Traité de Lisbonne ce clair divorce du peuple d'avec ses prétendus représentants.

       Qui peut croire que ces assemblées qui ne représentent déjà pas le peuple dans sa totalité puissent être crédibles quand chacun peut constater que le parti de Mélenchon, qui arrive quatrième au premier tour des élections présidentielles et n'est pas présent au second, dispose de dix-sept députés, pendant que celui de Marine Le Pen qui arrive deuxième et qui se trouve qualifiée au second tour, n'en a que huit? Quelle étrange machinerie politique permet à celui qui arrive quatrième d'avoir plus du double d'élus que celui qui arrive deuxième? Sûrement pas une machine démocratique...

       Pas besoin d'être polytechnicien pour comprendre que le mode de recrutement des élus est partidaire et non populaire; les découpages électoraux et les logiques du code électoral sélectionnent des professionnels de la politique affiliés à des partis qui les mandatent et non des citoyens de base qui ne peuvent gagner sans le soutien d'un parti; une fois au chaud dans les institutions, les élus font de la figuration dans un système qui évince le peuple et sélectionne une caste qui se partage le gâteau en faisant des moulinets médiatiques afin de laisser croire qu'ils s'écharpent et ne pensent pas la même chose, or sur l'essentiel, ils sont d'accord: ils ne remettent pas en cause la règle du jeu qui les a placés là;  au bout du compte, ceux qui gagnent sont toujours les défenseurs de l'État maastrichtien. Les gilets-jaunes savent que le code électoral, associé au découpage électoral opéré par le ministère de l'Intérieur avec l'Élysée, génère un régime illibéral -pour utiliser et retourner une épithète abondamment utilisée par les maastrichtiens pour salir les régimes qui ne les aiment pas donc qu’ils n'aiment pas.  Ce régime est illibéral parce qu’il gouverne sans les gens modestes, sans les pauvres, sans les démunis, sans les plus précaires, sans eux et malgré eux, voire contre eux. Sans ceux qui, aujourd’hui, portent le gilet jaune.

       C'est donc fort de ce savoir acquis par l'expérience que le peuple des gilets-jaunes ne veut plus rien entendre des partis, des syndicats, des élus, des corps intermédiaires, des députés ou des sénateurs, du chef de l'État et de ses ministres, des élus de la majorité ou de ceux de l'opposition, mais aussi des journalistes qui, de la rubrique locale à l'éditorial du journal national, font partie de tous ces gens qui ont mis la France dans cet état et ce peuple dans cette souffrance. La démocratie indirecte, le système représentatif, le cirque des élections: ils n'y croient plus. Qui pourrait leur donner tort?

       Voilà pour quelles raisons quelques gilets-jaunes proposent aujourd’hui le RIC -le référendum d'initiative citoyenne. Les journalistes qui estiment que les gilets-jaunes ne pensent pas, que leur mouvement c'est tout et n'importe quoi, qu'ils disent une chose et son contraire, qu'ils ne sont que dans la colère ou le ressentiment, de vilaines passions tristes que tel ou tel éditorialiste condamne dans son fauteuil de nanti, qu’ils sont des anarchistes ou des casseurs, qu'ils ne proposent jamais rien, ces journalistes, donc, sont bien obligés, en face de cette proposition majeure, de jouer les professeurs devant une classe de primaire en expliquant que le RIC, c'est du délire.

       C'est pourtant, au contraire, une pharmacopée majeure très adaptée à cette démocratie malade, sinon mourante. C'est un authentique remède de cheval qui donne la frousse aux dominants, aux corps intermédiaires, aux élus, aux rouages du système, parce qu'ils voient d'un seul coup leurs pouvoirs mis en péril alors qu'ils les croyaient acquis pour toujours! Quoi: "le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, mais vous n'y pensez pas? Quelle idée saugrenue!". Si messieurs, justement: c'est la définition que donne le dictionnaire de la démocratie!

       Qu'est-ce que ce RIC? La possibilité pour les citoyens de réunir un certain nombre de signatures qui obligent le pouvoir à examiner la question faisant l'objet du RIC, soit au parlement soit sous forme référendaire. "Impossible!" disent les éditocrates comme un seul homme. Or ils oublient que c'est possible depuis des siècles en Suisse et que c'est d'ailleurs ce qui fait de la Confédération helvétique antijacobine une démocratie bien plus sûrement que notre régime oligarchique.

       A tout seigneur, tout honneur: le chevau-léger Stanislas Guerini (dans Marianne, le 17 octobre 2018 ), dont tout le monde ne sait peut-être pas encore qu’il est le patron de LREM, procède avec subtilité: Le RIC, c'est la possibilité demain de restaurer la peine de mort! Le RIC, c'est la certitude de la castration chimique pour les délinquants! Le RIC, ce pourrait même être, rendez-vous compte, il ne le dit pas, mais on voit bien qu'il le pense, la possibilité de sortir de l'État maastrichtien!

       A la République en Marche, on n'aime pas le peuple, trop grossier, trop débile, trop crétin, trop pauvre, trop bête aussi... Il suffit d'écouter cette fois-ci le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Gilles Legendre, qui affirme quant à lui, sans rire: "Nous avons insuffisamment expliqué ce que nous faisons. Nous nous donnons beaucoup de mal, il faut le faire mieux. Et une deuxième erreur a été faite, dont nous portons tous la responsabilité : le fait d'avoir été trop intelligent (sic), trop subtil (sic), trop technique (sic) dans les mesures de pouvoir d'achat." (Marianne, 17 décembre 2018)

        On ne peut mieux dire que le ramassis d'anciens socialistes, d'anciens hollandistes, d'anciens Modem, d'anciens écologistes, d'anciens LR, d'anciens EELV, d'anciens juppéistes, d'anciens sarkozystes, enfin d'anciens anciens qui constituent la modernité révolutionnaire dégagiste de LREM, méprise clairement le peuple jugé trop débile pour comprendre que l'augmentation des taxes sur l'essence, sous prétexte de transition écologique, est un impôt prélevé sur les pauvres sans qu’ils puissent y échapper, puisqu'ils sont contraints de remplir le réservoir de leurs voitures pour travailler.

       Certes, Gilles Legendre est un intellectuel haut de gamme, puisqu’il dispose d'une triple casquette: journaliste, économiste, homme politique, ce qui, avouons-le, constitue trois titres de gloire dans l'État maastrichtien en général et, en particulier, dans la France, l'une de ses provinces depuis 1992. Lui qui a été élève à Neuilly, est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, puis du Centre de formation des journalistes de Paris, qui a travaillé à Europe 1, au Nouvel Économiste, à L'Expansion, à Challenges, à L'Événement du jeudi de JFK aussi, qui accumule les jetons dans les conseils d'administration, comme la FNAC, qui a créé une boite de consulting, cet homme, donc, est aussi président d'un Observatoire de l'élection présidentielle -prière de ne pas rire... Il a été giscardien en 1974 -et n'a cessé de l'être depuis cette date...  

       Quelle morgue! Quelle arrogance! Quelle suffisance d'affirmer que le peuple est inculte, abruti, obtus, alors qu'il comprend très bien qu'on le tond depuis des années et qu'il ne le veut plus! En 2005, lors de la campagne contre le non au Traité européen, j'ai assisté à des réunions publiques où des gens simples et modestes qui ne sortaient pas de l'école de Neuilly, qui n'avaient pas usé leur fond de culotte à l'IEP ou au CFJ, qui n'avaient pas dirigé des journaux économiques libéraux, avaient sur les genoux ce fameux traité annoté, souligné, surligné, stabiloté: ils en avaient très bien compris les tenants et les aboutissants. A l'époque, ils ne voulaient pas être mangés à cette sauce-là. Ils ont donc massivement dit non. Des gens comme Legendre et autres giscardiens de droite et de gauche, dont les socialistes, le leur ont tout de même fait manger de force ce brouet. Mais cette fois-ci, les gilets-jaunes le disent dans la rue: ils ne veulent plus de ces gens, de leurs idées populicides, de leur monde dont Alain Minc dit qu'il est "le cercle de la raison", alors qu'il est bien plutôt le cycle de la déraison.

       Avec les gilets-jaunes, je prends une leçon: ce peuple que des années de politique éducative et culturelle libérale ont essayé d’abrutir, d’hébéter, d'abêtir, de crétiniser, ce peuple abîmé par des décennies d'école déculturée, de programmes télévisés décérébrés, de productions livresques formatées, de discours propagandistes relayés de façon massive par une presse écrite, parlée, télévisée aux ordres, ce peuple gavé comme des oies à la télé-réalité et à la variété, à la religion du football et à l'opium de la Française des jeux, ce peuple-là, celui dont j'ai dit un jour qu’il était le peuple "old school" et que je l'aimais, ce peuple: il pense. Et il pense juste et droit. Bien mieux que Macron, dont il est dit qu'il fut l'assistant de Paul Ricœur, et sa cour ou ses élus godillots.   

       On entend peu, très peu, pour ne pas dire pas du tout, le peuple "new school" jadis célébré par Terra Nova. Quand il parle, c'est plutôt d'ailleurs pour dire son soutien, donc sa collusion, avec les gens du système honni par les gilets-jaunes -voyez l'emblématique Mathieu Kassovitz qui tweete: "le peuple qui se bat pour protéger son confort je ne l'aime pas" (25 novembre 2018) -"protéger son confort", quand on est smicard ou à peine!  

       Sinon, ils sont bien silencieux les gens du show-biz, du cinéma, de la littérature, de la chanson, eux qu’on voit si souvent dans les médias pour combattre la faim et la misère, avec des majuscules, pourvu qu’on ne les oblige pas à prendre parti pour les faméliques et les miséreux, avec des minuscules, qui vivent au pied de chez eux... Ce retour de l'ancien peuple qui fait l'Histoire et souhaite dégager le vieux monde -le faux projet avoué de Macron- me donne le sourire.

    Michel Onfray

  • Vider les poubelles des gilets jaunes (Onfray, décidément inspiré, en cette période)

    La tentation est grande, dans les médias qui roulent pour le pouvoir maastrichtien et qui, de ce fait, cherchent à discréditer les gilets-jaunes, de vider consciencieusement toutes les poubelles afin d'y trouver matière à leurs opérations de basse police. Si d'aventure on trouvait sur l'ordinateur de l'un d'entre eux les traces d'un fichier pédopornographique, ce qui est bien sûr condamnable, nul doute que toute cette presse ferait ses choux gras d'une telle information et conclurait que tous les gilets-jaunes sont pédophiles ! Dans la foulée, ces plumes serviles concluraient à l'illégitimité de leurs demandes !

      C'est ce que j'appelle une joffrinade : un seul gilet-jaune pédophile et tous le deviendraient ; dès lors, le fait que les gilets-jaunes demandent de quoi vivre dignement se trouverait vite assimilé à une revendication de pédophile -une cause d'ailleurs longtemps défendue par Libération, Le Monde ou Le Nouvel Observateur [1]... C'est ainsi qu'on pense dans les journaux où l'on ne pense pas. Cette engeance a déjà trouvé dans les poubelles de cette Histoire en cours un raciste, tous les gilets-jaunes étaient donc racistes, un homophobe, ils étaient donc tous homophobes, un partisan d'un général à Matignon, ils étaient donc tous fascinés par la dictature, un qui voulait aller porter ses revendications à l’Élysée, ils étaient donc tous putschistes. Ceux qui sont prompts à dénoncer l'amalgame dans le camp d'en face sont des professionnels de ce procédé dans leur propre camp.

      Ainsi, les charognards ont sorti des tas d'ordures du net des propos complotistes ! La belle affaire ! Les gilets-jaunes complotistes ! On a déjà eu peu ou prou climato-sceptiques, injure majeure dans le néo-catéchisme du politiquement correct, parce qu'ils polluent au diesel, un carburant sale de gens sales, alors que BHL et les siens, Hulot compris, Macron, ses ministres et ses conseillers, polluent au kérosène, un carburant propre de gens propres, les voilà donc complotistes ! Pour quelles raisons ?

      L'attentat islamiste (la bonne presse évite scrupuleusement l'épithète...) de Strasbourg a en effet fourni une aubaine aux journaux d'information continue qui peuvent ainsi passer à autre chose. Fin des gilets-jaunes et des verbigérations de journalistes sur les ronds-points, fin des micros-trottoirs pour sélectionner les avis orientés dans le sens de la chaîne, fin des faux débats sur "pour ou contre les gilets-jaunes", désormais, gros plan sur les bougies, les fleurs et les peluches, les "Je suis Strasbourg" et les variations sur "Vous n'aurez pas ma haine" ! On court après le fugitif qui a commencé à remplir son casier judiciaire dès l'âge dix ans et n'a cessé d'y travailler depuis puisqu'il y a inscrit depuis pas moins de vingt-sept condamnations -et ce en dix-neuf années, soit une condamnation presque tous les neuf mois pendant presque vingt-ans- à quoi il faudrait retrancher le temps passé en prison, ce qui doit faire une tous les six mois... La presse de la bien-pensance a matraqué que le jeune homme était français, né en France, qu'il avait grandi en France et fait ses études en France. Que voulait-on dire par là ? Quel était le message destiné au neuneu devant son petit écran ? Il n'a pas commis son attentat au cri de " Vive la France !" que je sache, mais à celui d’"Allahu Akbar". Qu’il ait été français ne fait rien à cette affaire. En revanche, son cri de guerre aurait mérité le même zèle suggestif de la part de la journaliste. Or, comme prévu, ce souci de comprendre le sens de l'invocation au Dieu de l'Islam pour perpétrer ce massacre n'eut pas lieu... Sur une chaîne d'information continue, ce serait pourtant un sujet inépuisable et instructif. Dans sa dernière allocution, le président Emmanuel Macron n'a-t-il d'ailleurs pas appelé à ce qu’il y ait un grand débat sur le sujet ? Chiche... Commençons aujourd’hui. 

      Il y eut donc des gilets-jaunes pour dire que cet attentat tombait à pic pour les journalistes parce qu'ils pouvaient ainsi ne plus couvrir l'actualité des gilets-jaunes. Or, dans un monde médiatique, pas vu à la télé, pas de réalité. BHL l'a bien vu qui exhorte régulièrement sur son compte les chaînes d'info continue à en faire moins, voire à ne plus rien faire du tout... Lui plus qu'un autre, parce qu’il fut la créature du petit écran plus que d'une œuvre, sait que ce que la télé dit est et que ce que la télé ne dit pas n'est pas. L'attentat de Strasbourg permet en effet aux rédactions de braquer le projecteur ailleurs et les gilets-jaunes qui sont sans connivence avec la presse savent bien que les médias peuvent assécher leur réel en refusant d'en montrer les images. Mais l'argent qui fait la loi dans les chaînes ne peut économiser ce dossier chaud, car il met des téléspectateurs devant leur écran en nombre, ce qui rapporte une foultitude d'investissements publicitaires... Si BFM fait silence, une autre chaîne ne le fera pas pour des raisons de concurrence, elle verra dès lors ses parts de marché augmenter pendant que sa concurrente s'effondrera. Il vaut donc mieux pour elle rester sur le créneau et continuer la désinformation en prétextant informer : c'est politiquement, donc économiquement, plus rentable...

      Croire que l'attentat allait être instrumentalisé par le pouvoir était légitime puisque, dans la foulée, à la matinale du 13 décembre, sur France-Inter, le président de l'Assemblée nationale a clairement dit : "Il faut que le mouvement s'arrête." Macron a fait des propositions, l'économie souffre, le terrorisme menace : on fait un paquet de tout cela et Richard Ferrand siffle la fin de la récréation, il invite purement et simplement à la fin du mouvement des gilets-jaunes ! Tout aura vraiment été instrumentalisé par le pouvoir pour éteindre cet incendie social et, s'il y a de l'indécence, de l'obscénité, de l'impudeur, elle consiste à inviter à la fin du mouvement sous prétexte de danger terroriste. Car, si la concentration de personnes était véritablement en cause, alors il faudrait interdire l’ouverture des hypers et de supermarchés pendant tout ce mois de Noël qui est celui de la grande fête consumériste car, un carnage dans l'un de ces temples de la consommation ferait probablement plus de victimes que sur un rond-point du Cantal...

      On voit bien que la concentration de public n'est donc pas la véritable raison pour laquelle le pouvoir invite à la fin du mouvement. Tant que les hypermarchés ne seront pas fermés, l'invocation de cette raison sera nulle et non avenue. C'est un prétexte politique macronien, pas une raison sécuritaire destinée à protéger les français qui sont tous exposés au terrorisme islamiste depuis des années partout où ils se trouvent, ronds-points de gilets-jaunes compris.

      Ce qui se dit dans cette affaire, c'est que le pouvoir a bien compris que le petit peuple des gilets-jaunes n'est pas formé à la langue de bois des économistes et des politiciens, des journalistes et des intellectuels, il ne sort pas des grandes écoles où l'on apprend à mentir sans mentir tout en mentant avec force rhétorique et sophistique, à l'aide d'interminables exposés en trois points, avec des chevilles verbales, des trucs de logique, des ficelle expressives. Il ne parle pas pointu, comme à Saint-Germain-des-Prés, mais avec l'accent de sa province ; il ne pense pas pointu, comme dans la capitale, mais avec le bon sens des ruraux ; il ne formule pas pointu, comme sur les plateaux de télévision ou devant les micros parisiens, mais avec un style rude, une syntaxe parfois chancelante, un vocabulaire compté, une colère non contenue parfois également, une émotion non feinte, des phrases à la va-comme-je-te-pousse et c'est, pour ma part, ce qui me touche et m'émeut : c'est la forme rugueuse et râpeuse des provinces mise au service d'un fond juste, la justice sociale en faveur des dominés, contre la forme parfumée et policée de la capitale pour un fond idéologique au service des dominants.

      Quand un gilet-jaune dit, seul et excité comme une puce devant la webcam de son ordinateur parce qu’il sait que les journalistes le liront peut-être : "Un attenant à Strasbourg, comme par hasard !" on peut entendre deux choses. La première, malveillante : "Il dit que l'attentat a été commandité par l'Élysée, le salaud". On pourrait donner la liste de qui pense comme ça... La seconde, bienveillante : "Il dit que cet attentat va être instrumentalisé par l'Élysée". Et comment donner tort à ceux qui pensent ainsi puisque le pouvoir instrumentalise effectivement !

     Par ailleurs, s'il y a des complotistes, d'où viennent-ils ? Le complotisme est la maladie infantile de la réinformation : face à l'information officielle qui s'apparente si souvent à de la désinformation, un mouvement de balancier inverse fait chercher la vérité là où l'on sait qu'elle n'est pas, en dehors des médias officiels. Or, dans ce no man's land intellectuel on trouve le meilleur, de véritables informations, et le pire, des désinformations majeures, des théories farfelues, des idéologies dangereuses, criminelles, des opinions illégales (négationnisme, révisionnisme, antisémitisme...), des fausses nouvelles massivement diffusées par des États qui inondent la planète de contre-informations avec leurs hackers d'État -russes, chinois, turcs, américains, européens...- dont la journée consiste à faire circuler leurs virus idéologiques étatiques. Le complotisme est souvent le délire de qui a compris qu’on ne pouvait plus croire les médias dominants. Car le quidam sait qu'on y distribue à jet continu les éléments de langage de l'idéologie au pouvoir donc il cherche ailleurs le sens qu'on ne lui donne plus. Et, là où il cherche à comprendre, des vendeurs de mythes placent leurs marchandises frelatées : les complots.

      Mais dire qu'il existe une lutte des classes, des dominants et des dominés, un pouvoir secret et discret des décideurs à des niveaux nationaux et internationaux avec des médias sans micros ni caméras ni stylos, qu'il existe des diplomaties secrètes et des compromis politiques passés hors cadres démocratiques, qu'il existe une activité fiévreuse des services secrets avec leurs agents, des polices du renseignement et de l'infiltration avec leurs fonctionnaires, des cellules confidentielles pour lancer des rumeurs, c’est l'évidence. Il faut n'avoir jamais lu Machiavel ou lu Le Canard enchaîné pour croire et affirmer le contraire. 

      Que le petit peuple des gilets-jaunes ignore les détails de ces machines de pouvoir, c'est une chose ; mais qu'il en suppose l'existence par les effets induits qui sont ceux de la propagande d'État diffusée complaisamment par les médias d'État, il n'y a là rien que de très normal. La maladie complotiste a été inoculée par les médias menteurs. Nietzsche écrivait : "Ce qui me gêne ça n'est pas que tu m’aies menti, c'est que désormais je ne pourrais plus te croire". Un complotiste ne croit plus les menteurs qui prétendent l'informer et qui, sous prétexte de séparer l'info de l'intox, intoxiquent avec leurs infos : il a raison ; mais il se tourne vers n'importe qui pour trouver de véritables informations et du sens là même où se trouvent d'autres menteurs du même acabit : il a tort. 

      Réfléchir et penser par soi-même suffit : les faits parlent d'eux-mêmes et la meilleure hygiène suppose qu'on passe outre le commentaire du journaliste qui est l'ivraie afin de faire la part du bon grain des faits. Il y a eu un attentat islamiste à Strasbourg, ce sont les faits et ils sont terribles, condamnables, ils invitent à la décence pour les familles et leurs proches ; mais cette décence oblige à éviter la récupération, en premier lieu, celle du pouvoir qui estime que la sécurité nationale ayant été ébranlée par l'événement alsacien, les gilets-jaunes doivent de ce fait rentrer chez eux. Car la maladresse d'un gilet-jaune complotiste qui s’essaie à penser par lui-même dans la jungle cynique de l'information où l'idéologie fait la loi me parait plus compréhensible que le cynisme du pouvoir qui connait le poids des mots et en fait une arme de domination massive sur les dominés.

    Michel Onfray

  • Onfray suite: Le pouvoir aux abois

    LE POUVOIR AUX ABOIS

        Le pouvoir a usé et abusé de plusieurs stratégies pour  disqualifier le mouvement des gilets-jaunes. Il y a d'abord eu le traitement par le mépris: "Ca leur passera, c'est un genre d’éruption cutanée, ils finiront par rejoindre le rang! Il suffit de laisser pourrir, d'attendre, de tabler sur la fatigue." Un genre de variations sur le thème du: "Salauds de pauvres!" Mais ça n'a pas suffi. Ce petit peuple qui dit n'en plus pouvoir d'être étranglé par le pouvoir de l'État maastrichtien n'a plus rien à perdre: strangulé depuis des années, fatigué, épuisé, exsangue, harassé, éreinté, qu'a-t-il désormais à perdre? Plus rien...

       Il y a eu ensuite le traitement par le mensonge. Le ministre de l'Intérieur, ancien joueur de poker naguère très au fait des habitudes du milieu marseillais, y est allé fort: il a livré à la presse, qui s'est empressée de les reprendre et de les diffuser largement, des chiffres fantaisistes concernant les participations aux manifestations à la décimale près en expliquant que ce n’était rien, peu de chose, pas grand-chose. Les images avaient beau montrer le contraire à jet continu, rien n'y faisait: le pouvoir disait que c'était quantité négligeable -donc gens négligeables.

      Dans la foulée, il y a eu le traitement par la criminalisation. On a ainsi vu ce fameux Castaner posant dans un PC sécurité, avec des fonctionnaires aux ordres, en leur demandant devant les caméras de confirmer qu’il y avait bien eu un mort. La conversation ressemblait à ça: "Un mort, oui, c'est ça, j'ai bien entendu, il y a eu un mort, vous pouvez me confirmer qu’il y a donc bien eu un mort à cause des gilets-jaunes? C'est bien ça?" Or, s'il y a bien eu des morts, ils ne l’ont pas été du fait des gilets-jaunes, mais du fait de ceux qui, comme Castaner, refusaient les gilets-jaunes, et fonçaient dans le tas...

       Puis il y a eu le traitement par la diabolisation: on a parlé de fascisme, de vichysme, de poujadisme, de lepenisme, de populisme, de peste brune, d'antisémitisme, d'homophobie, de racisme. Libération et Le Monde, France-Inter et le service public audiovisuel dans sa totalité, ainsi que les journaux subventionnés par l'argent du contribuable, y sont allés comme un seul BHL! Mais cette technique qui a fait mouche pendant quelques années ne marche plus. Le peuple a compris les ficelles. Depuis qu'il en fait lui-même les frais et qu’il sait qu'il n'est ni fasciste, ni antisémite, ni nazi, ni homophobe, il comprend que ces éléments de langage sont préparés et distillés par les médias du système afin de le maintenir en place, et de n'y rien changer. Mais il y a eu mithridatisation: ce poison inoculé depuis des années ne produit plus aucun effet. C'est tout juste devenu l'eau bénite des maastrichtiens avec laquelle ils essaient en vain de conjurer ce qu’ils prétendent être le diable...

      Ajoutons aux forfaits déjà listés le traitement par l'attaque ad hominem: les journaux du système sont allés chercher des poux dans la tête de tel ou tel dont on cherchait le spécimen le plus à même de servir de repoussoir. Il y eut cette femme qui avait fait un tabac avec sa vidéo, tout au départ du mouvement, et dont on a vidé les poubelles afin de savoir s'il n'y avait pas chez elle quelque chose qui réjouirait la basse police intellectuelle. On a trouvé de l'hypnose   (comme chez Freud...), de la croyance à des propos assez peu scientifiques (comme chez Freud...), du complotisme (comme chez Freud...), mais comme elle ne se réclamait pas du docteur viennois, les journalistes parisiens qui habituellement souscrivent aux fictions de la psychanalyse trouvaient que, chez elle qui vivait en province et n'était pas diplômée en pensée magique freudienne, il n'y avait aucun crédit et que, de ce fait, c'est tout le mouvement qui cessait d'être crédible -chez ceux-là même qui, soit dit en passant, n'avaient jamais estimé une seule seconde qu’il fut ou crédible ou défendable... 

       Il fallut également compter avec le traitement par l'essentialisation. De sorte qu'un propos raciste tenu ici par un gilet-jaune qui bloque une voiture conduite par un non-blanc (on ne sait plus comment dire sans risquer la prison...) bien décidé à forcer le barrage, et voilà que c'est tout le mouvement qui est raciste!  Et l'on fait de même avec un gilet-jaune qui a tenu un propos homophobe après avoir estimé que le conducteur énervé d'un autre véhicule ne lui semblait pas hétérosexuel (toujours la crainte de la prison...), et voilà que tout le mouvement devient homophobe! Il est bien évident qu'il n'y a aucune espèce de tolérance à avoir à l'endroit de qui est raciste ou homophobe, antisémite ou phallocrate, mais, sur les millions d'électeurs de Macron, on pourrait également trouver des racistes et des homophobes: personne n'en conclurait, surtout pas les journalistes du système, que Macron lui-même l'était ou bien, pire encore, la totalité du mouvement En Marche!

      Pour suivre, il y a eu aussi le traitement par la déconsidération: il fallait absolument assimiler le mouvement aux casseurs. Consignes furent donc données aux forces de l'ordre de laisser casser: sinon, pourquoi aurai-je vu pendant si longtemps sur BFM des manifestants desceller des pavés de l'avenue des Champs-Élysées? Ce que les journalistes pouvaient filmer sans problème, en prenant leur temps, ce que les téléspectateurs pouvaient voir, bien assis dans leur fauteuil, les services de police pouvaient eux-aussi le voir, ils pouvaient donc agir, donner des ordres et empêcher que les pavés soient descellés.  Auquel cas, sans pavés descellés, il n'y aurait pas eu de forces de police attaquées, pas de vitrines de magasins défoncées, et rien de ce qui a permis aux journalistes de s'apitoyer longuement sur le spectacle déplorable, sur la violence des gilets-jaunes, sur leur vandalisme, sur leur sauvagerie... Qui était sauvage. Qui était vandale? Le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur qui avaient les moyens d'empêcher la violence et qui s'y sont refusés afin de pouvoir ensuite l'instrumentaliser à des fins de déconsidération.

       De même a-t-on eu droit à un traitement par la dramatisation. Avec l’un d'entre les gilets-jaunes qui disait qu'il fallait marcher sur l'Élysée afin de pouvoir y être reçu pour présenter ses doléances, on fit une scène médiatique formidable: les gilets-jaunes voulaient faire un "putsch" fut-il dit. Un "coup d'État" ont ajouté d'autres! Il a suffi qu'on sorte le propos d'un autre qui voulait qu'on confie Matignon au général de Villiers pour que la presse effectue une nouvelle variation sur le thème du fascisme des gilest-jaunes.  Il n'est pas venu à l'esprit de ces journalistes qu’un réel putsch a vraiment eu lieu en France il y a quelques années: c'était le 29 mai 2005 et on le devait aux libéraux maastrichtiens, de droite et de gauche, quand ils ont jeté aux ordures le référendum par lequel 54,68 % des Français ont fait savoir qu'ils ne voulaient plus de cette Europe maastrichtienne libérale, qui a créé la paupérisation générant ce mouvement des gilets-jaunes. 

        Mépris, mensonge, criminalisation, diabolisation, attaque ad hominem, essentialisation, déconsidération, dramatisation: Emmanuel Macron ne recule devant rien quand il s'agit d'attaquer le peuple afin de défendre l'Europe maastrichtienne.

       L'image des blindés de la gendarmerie stationné en haut des Champs-Élysées renseigne bien sur ce qu’il en est désormais du pouvoir personnel d'Emmanuel Macron... Mais ce ne sont pas des véhicules militaires, a dit une crétine de BFM le samedi matin parce qu’ils n'étaient pas équipés de mitraillettes -des "sulfateuses" a même surenchéri un consultant expert de la chaîne! Il y avait presque un regret chez ces gens-là qu'on ne sulfate pas le peuple qui se contente de demander du pain.

    Michel Onfray

     

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