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27/11/2014

L'automne est là...

 
 
L'automne est là, tiède et sensuel.
Des trombes d'eau déja ont déboulé
puis le vent a tout balayé.
 
Je déambule dans la forêt
parmi les arbres et les rochers.
Je vagabonde le nez par terre.
 
Du sol monte un peu de brûme.
Y a des girolles, des noix, des figues
y a toi qui te mêle à mes songes, féerique
comme un fruit d'or ,  une amanite,
miraculeuse, vénéneuse.
 
T'es mon champignon hallucinogène
ma préférée des mammifères
mon blues, ma samba...
 
Tes seins comme des oranges,
des cèpes, des tourterelles,
comme de la glaise entre les doigts.
 
Tes jambes en l'air, comme des marcassins
couchés dans l'humus, la boue, l'argile,
les feuilles chues...
 
 
Eric Buzzati
 
 

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04/06/2014

Les bijoux

 

Les bijoux

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

 

baudelaire



Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !

 

Charles Baudelaire

 

Plus de poémes ici

28/03/2014

Proverbe...

 

                              "Seuls les poissons morts flottent dans le sens du courant..."

 

         proverbe,poissons

                                         Jolie expression anti conformiste dont l'origine est difficile à connaître,
                                               tour à tour vue comme un proverbe alsacien, israélien ou chinois...

    

               

16/03/2014

Rousse plastique

                             

 

 

 Je suis comme un arc tendu
vers ta rousse plastique inconnue

Dans les désertes terres du Milieu, j'erre, je navire, je caracole
toi, tu n'y apparais qu'en rêve, imprécise, de dos
parée des couleurs de l'automne.

Est-ce l'éclat de ta chevelure sanguine, ou ton invraisemblable profil,
insoumis, mathématique
cette incroyable volupté qui m'inonde...

Je voudrais t'épouser davantage,
 mais en être empêché par miracle.

eric buzzati

 

11/03/2014

Pour Çiva... ...

 

"Des déserts et ténèbres

je suis le djinn, le prince obscur,

L'ETENDARD FLOTTANT...

J'en rapport le sang, l'éclat,

l'ébène, le grenat...

J'en rapporte le CRI, le silence..."

Le Verbe, intransigeant, retentit,

il éclate au creux des Images.

Il a désagrègé mes sirènes, mes fantômes...

Sous les cratères de la Lune, entre les seins de Vénus,

par les sorciers peaux-rouges, les cavaliers d'Allah,

par les cornes des bisons, des gnous, des éléphantes,

par le feu des dragons, des volcans,

par les étoiles enfouies dans nos parallèles

univers,

je rugis, je tonne, je tempête.

 

Pour la fureur des enfants, leurs rires,

leurs élans.

Pour le chant, pour la danse

Pour Çiva...

D-E Boer

04/03/2014

Souffle l'Esprit...

                                                   

Il n’y a rien à dire
Mais par où commencer ?


Ici toujours souffle l’Esprit
De la terre émane la force
Du Ciel descend la Grâce
Dans les puits l’eau
Dans les arbres les fruits
De ce qui advient l’acceptation

Oui de la terre émane la force
et du ciel descend la grâce.
La poussière nous abîme,
le vent nous asphyxie.
Nous, êtres obscurs,
plongés au bord du désert
dans la profusion des simples
nous ne respirons plus.
Une autre logique nous arrive,
comme aux oiseaux les arabesques
comme aux humbles les majestueux palmiers…

Ici toujours souffle l’Esprit.
On ne sait trop pourquoi.
Dans les  puits l’eau, dans les arbres les fruits.
De ce qui advient,
et la rage, et l’acceptation.
Tout cela glisse, coule et serpente
à travers les racines de nos lourds
troncs anciens…
Cela défait nos nœuds passés
nous ramène au cœur du Tout,
seul l’être infini, le Ciel..


Si nous ne sommes que toujours
le seul et même Etre
en train de vivre
sous des milliards de formes.
Cet être là se donne,
se répand, se gaspille...
Il se condamne et s'emmure,
s'étrangle, se mutile et se viole,
se brûle, s'écorche,
se fusille...
D-E Boer

01/03/2014

Maitriser le désir dans l'étreinte

 

On laissera flotter le désir comme un canot dont on a coupé le moteur.

 

 

Après avoir suspendu le glissement sur la pente de la volupté, les amants aguerris et sereins se retrouvent mêlés dans une étreinte immobile, épanouis, détachés de leurs corps au milieu des courants de caresses et d'enlacements où tels des poissons s'estompent les pulsions.

 

 

24/02/2014

Kéa

 

"En septembre 7O, je m'étais installé pour quelques semaines
dans une maison abandonnée sur la côte sauvage et désertique
d'une petite ile grecque, Kéa. La masure était à l'extrémité
d'une presqu'ile, au bout d'un village en ruine, calciné et
 infesté de reptiles. Des algues vertes et rouges avaient envahi
 les étroits bassins d'un ancien port minuscule aux ancres
et aux treuils rongés par la rouille. Evitant le soleil écrasant,
je passais les journées a écrire dans 1'ombre des murs épais
 ou d'un rare feuillage.Je ne quittais ce refuge que le soir
 venu pour marcher le long des falaises,descendant parfois
jusqu'à la mer dont le bleu se colorait de nuances intraduisibles.


Les rares êtres humains que j'eûsse vus jusqu'alors étaient deux
garçons et une fille, trés chahuteurs, trés rieurs. Ils se baignaient
 souvent au soleil couchant dans une petite baie toute proche et
campaient un peu plus loin.
Assis sur un talus face à 1' ouest embrasé,l'un des garçons
me parla plusieurs fois. Cet endroit d'où la vue s'imposait
aux sens favorisait nos quelques rencontres. Les propos
qu' il me tint dés lors ne manquèrent pas de me troubler.
 Bientôt mon travail fut complètement détourné par
l' impression encore obscure que son étrangeté suscitait chez moi.
Un soir que le soleil était encore chaud mais qu'il n'éclairait
plus la terre, ce jeune être aux cheveux roux me rendit visite.


Les verres emplis d'un de ces vins légers au gout de résine prononcé,
nous parlions assez joyeusement. Une remarque que  je  fis 
sur l'action fructueuse du temps dans toute activité  créatrice
le  fit  se  redresser soudainement. "Tu plaisantes?
Le temps est notre ennemi,notre seul inévitable ennemi! répliqua-t-il
vivement. il s'empare de tout, récupére tout, détruit tout. D'une
nature sauvage et généreuse, il a fait un univers conditionné,pollué
et surexploité.Des hommes, il fait des vieillards laches, malades,aigris
ou repus, pleins de reniements,tolérant toutes les bassesses et
tous les compromis.
Qu'en est-il de leur enthousiasme,de leurs idéaux,de leurs rêves?"
Il était assis dans l'ouverture de la fenêtre et je ne voyais pas
son visage qui se découpait comme une ombre chinoise sur le bleu
sombre de la nuit tombée.


" Je ne peux accepter que toutes les possibilités qui m'habitent
 s'enlisent peu a peu dans la grisaille d'un monde soumis à l'ordre
 du pognon et au confort technique.Je ne veux pas être dévoré par le
 temps, je refuse de vieillir.Tu comprends?
-Et l'évolution intérieure,l'accomplissement de celui qui a appris
 à s'accepter,qu'en fais-tu? suggérais-je.
-Jamais vu! Cette sagesse-la me semble tout à fait inutile et sans
 attrait.Ce qui m'attire c'est l'instant où tout l'avenir encore
est contenu,où rien n'est accompli justement.J'ai pas envie de
devenir un seul personnage façonné par les ans,je veux rester la
somme des futurs éventuels que le temps réduirait en une seule
certitude,fatalement décevante...

Et si je n'invente pas le moyen de pouvoir vivre ainsi, mieux vaut
pour moi sacrifier cette richesse intérieure que l'avilir."
II inspira profondément, et devant ma mine surement perplexe,il éclata
d'un rire libérateur, puis sortit, me saluant d'un geste amical.
J'étais assez déconcerté par ces déclarations péremptoires.Dans la
clarté du jour elles m'auraient fait sourire mais la nuit ouvre d'autres portes.
J'écrivis difficilement,jusqu'au matin,à la lueur ambrée d'une lampe à gaz.
 Les jours suivants je ne le revis plus.Je pensais qu'ils étaient partis.
Une semaine aprés pourtant je découvris le corps de la fille sur un ponton
de bois pourri dans les décombres d'un bassin abandonné.Elle était étendue,
à demi nue,au milieu de débris de verre.
Les flics m'apprirent plus tard qu'elle était morte de plusieurs morsures
de vipères. Des pêcheurs découvrirent un autre corps cette même semaine
la nuque brisée par les récifs d'une petite baie au sable d'or. Mais mon
 interlocuteur grandiloquent d'un soir avait lui , bel et bien disparu."


D-E Boer

 

grèce,d-e boer,kéa,temps