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26/04/2020

Dolder club, Depakine, Macron, Weinberg.



Eléments concrets pour mieux saisir le pouvoir de la pieuvre Bigpharma.
Article de B. Blavette daté de Juin 2019 publié sur AED (Association pour l"économie distributive).


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Le DOLDER Club




Le Dolder Grand est un hôtel cinq étoiles situé dans la forêt, sur les hauteurs entourant la ville de Zurich. Avec ses tours, ses tourelles, ses colombages, le bâtiment semble sorti d’un film d’aventures ou d’espionnage.

C’est en ce lieu, à la fois ultra luxueux et discret, qu’en 1970 une trentaine de hauts dirigeants de l’industrie pharmaceutique mondiale choisissent de se réunir pour la première fois. Depuis cette date, la rencontre se déroule une ou deux fois par an dans divers pays du monde et a adopté en toute modestie le terme de « Dolder Club » qui dans divers patois allemands et en alsacien désigne « la cime la plus haute, qui domine toutes les autres ».

C’est tout à fait par hasard que j’ai appris, il y a quelques semaines, l’existence du Dolder Club par l’intermédiaire d’un site faisant la promotion de la santé naturelle par les plantes. Car, plus encore que le « Groupe de Bidelberg », cette réunion est ultra confidentielle. Le Dolder Club ne possède pas de site internet, nulle mention n’en est faite sur le site de la Fédération Internationale des Fabricants Pharmaceutiques (IFPMA pour Inter­national Federation of Pharmaceutical Manufacturers) qui en est pourtant l’organisatrice, nulle mention non plus dans les agendas des divers participants.

La dernière réunion du Dolder Club s’est tenue à Paris les 7-8-9 juillet 2018. Mais cette fois l’anonymat intégral avait été brisé par une dépêche de l’AFP, reprise par différents organes de presse (La Croix, Le Point, Le Monde…), qui relate succinctement la rencontre et précise que le groupe a été reçu le 9 juillet au soir par Emmanuel Macron bien que ne figurant pas sur l’agenda officiel du Président. Le site internet de l’Elysée ne comporte pas non plus de compte rendu de ces discussions.

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La réunion est présidée par une vieille connaissance, Serge Weinberg, Président du Conseil d’Administration de Sanofi. Ce personnage s’est particulièrement illustré par son intransigeance dans le cadre du scandale de la Dépakine, cet anti épileptique produit par Sanofi qui, administré aux femmes enceintes, engendre des enfants mentalement handicapés.Selon un rapport de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) du 22/6/2018, entre 16.600 et 30.400 enfants exposés à la Dépakine avant la naissance seraient atteints de troubles du comportement. Mais le pire c’est que tout porte à croire que Sanofi connaissait les effets délétères de la Dépakine depuis au moins le milieu des années 80 grâce à un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS)



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À l’issue de la réunion, Édouard Philippe a annoncé deux mesures phares auxquelles l’industrie pharmaceutique est très attachée :

La réduction à 180 jours des autorisations de mise sur le marché des nouveaux produits, au lieu de 300 jours actuellement. Ceci en dépit des multiples scandales qui secouent actuellement le secteur pharmaceutique : Médiator, Lévo­thy­rox, Dépakine, implants mammaires….

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Parmi les revendications que les laboratoires espèrent pouvoir faire aboutir dans un futur rapproché on citera notamment l’obligation de la vaccination contre la grippe pour les plus de 65 ans (tout comme les fournisseurs d’eau, l’industrie pharmaceutique adore les consommateurs captifs), le déremboursement, voire, dans certains cas, l’interdiction des médecines alternatives : homéopathie, utilisation des huiles essentielles…

Le marché mondial du médicament avoisine les 830 milliards d’euros annuels, ce qui donne à ses acteurs une formidable force de frappe.

On peut considérer qu’aujourd’hui l’industrie du médicament est hors de tout contrôle, qu’elle impose sa loi aux États ainsi qu’aux instances internationales comme l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) par une généralisation de la corruption et du conflit d’intérêts. Il s’agit là d’une atteinte supplémentaire à nos processus démocratiques.

Lire l'article en entier

16/02/2019

La bourgeoisie selon Bégaudeau

En forme, avec de solides arguments:

31/01/2019

Frédéric Lordon ("Il doit partir !")

source

La vidéo tournée d’un immeuble en hauteur plonge sur une cour de récréation du 19e arrondissement d’où monte un grand cri scandé : « Macron démission ! Macron démission ! ». Ce pouvoir est devenu l’objet du lazzi des enfants. Normalement un régime qui en est là ne connaît plus qu’une forme ou une autre de sursis.

On ne spéculera pas plus que ça sur le sens politique des petits. Davantage sur le degré auquel le pays est imprégné de la détestation du monarque pour que les mioches en aient capté quelque chose. En tout cas, les petites éponges de cour de récré ne se trompent pas : il est haï. Et pour des raisons écrasantes, incontestables, dont la gravité ne cesse d’ailleurs de croître. Dans la série graduée des actes par lesquels un souverain en vient à perdre sa légitimité, le point maximal est atteint quand il prend le parti de constituer sa population en ennemie, et par conséquent de lui faire la guerre. Nous en sommes là, littéralement. Déployer des blindés en ville, équiper les forces de police de fusils à pompe, et même de fusils d’assaut, infliger aux manifestants des blessures… de guerre, c’est bien être en guerre. Du reste, s’il en est à prévoir des plans d’exfiltration des ministres et à prépositionner un hélicoptère pour évacuer l’occupant de l’Élysée, c’est que ce régime lui-même ne s’illusionne pas tout à fait quant à la réalité de ses rapports avec « sa » population.


En vérité, ce pouvoir est symboliquement à terre. Il a franchi un à un tous les seuils du discrédit, et puis ceux du scandale. Il ne lui reste plus que la force armée pour contenir la contestation. Et, pour tenir le reste, celle des répétiteurs médiatiques qui s’acharneront jusqu’au bout à soutenir qu’élu régulièrement, haut la main ajouteront même les plus bêtes ou les plus oublieux des conditions réelles de son élection, il est entièrement « légitime ». Nous apprenons donc de leurs bouches autorisées qu’un dirigeant, pour peu qu’il ait satisfait à une comédie électorale entièrement truquée, peut parfaitement mutiler ses opposants, envisager de leur faire tirer dessus au fusil d’assaut — une image que, pour tout leur récent bon vouloir, les médias n’ont pas encore trouvé le temps de montrer —, s’engager dans des voies juridiques proto-totalitaires, sans que sa « légitimité » soit le moins du monde remise en question.

En vérité, ce pouvoir est symboliquement à terre. Il a franchi un à un tous les seuils du discrédit, et puis ceux du scandale. Il ne lui reste plus que la force armée pour contenir la contestation.

Malheureusement, ces verdicts de légitimité ne valent pas mieux que la légitimité de ces véridicteurs. Or, de ce côté non plus la situation n’est pas fameuse. On n’en finit pas, par exemple, de contempler les étonnants renversements qui conduisent l’éditocratie à trouver horrifiant ici ce qu’elle trouvait admirable là, et réciproquement. « Qu’ils dégagent ! » en Tunisie : magnifique ; « Macron démission ! » : foule haineuse. Place Tahrir : printemps arabe ; Place de l’Étoile : hordes de casseurs. Crémation des statues de Chávez : peuple en lutte ; parodie de guillotine pour Macron : extrémistes violents. Police poutinienne : dictature ; police macronienne : ordre républicain.

À ce sujet, précisément, Bloomberg, organe bien connu pour ses sympathies révolutionnaires, titre ceci : « La réponse de Macron aux “gilets jaunes” fait paraître Poutine modéré en comparaison (1) ». On voit d’ici le tableau sauter dans les têtes de Laurent Joffrin ou Jérôme Fenoglio, les soudures qui se défont, les écoulements de matière cérébrale par les oreilles : comment se peut-il ? Poutine, pourtant le nom propre de la tyrannie ? Macron pire ? C’est impossible. Logiquement, pas un média français n’en parlera. Ordinairement très préoccupés du prestige international de la France, des regrettables dommages que peuvent lui causer d’irresponsables mouvements de grève de fonctionnaires, pas un n’a rapporté la stupéfaction de la presse anglo-saxonne qui observe, médusée, le devenir néofasciste du macronisme. Ni, symétriquement, le fait que le gilet jaune est devenu une sorte de symbole international, adopté par tous ceux qui sont en lutte, où l’on pourrait trouver de quoi nourrir une certaine fierté — question de point de vue, sans doute.

Voilà en tout cas où en sont encore les diseurs de légitimité. Obstinés à maintenir qu’un pouvoir en guerre contre sa population n’en est pas moins tout démocratique. Car c’est là le propre de l’inconséquence médiatique qui, après avoir occulté les violences policières pendant deux mois, se met d’un coup à en parler, d’ailleurs plus sous l’effet de l’emballement mimétique que d’un quelconque retour de conscience, mais pour n’en tirer aucune conclusion substantielle. La « démocratie » fait la guerre au-dedans, elle s’apprête, sous les approbations de l’extrême droite, à passer une loi de musèlement de toute forme de contestation, mais ça ne pose pas le moindre problème de principe. Si bien qu’on peut continuer d’en appeler au « Grand débat » au nom de « la démocratie » même, comme de juste. Pendant que, samedi après samedi, les hôpitaux se remplissent. Et que les tribunaux débordent.

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Il s’agit donc maintenant de faire savoir à ce pouvoir qu’il est trop tard, beaucoup trop tard. En fait même, que c’est fini. Pour cette raison toute simple qu’on ne parle pas avec des institutions qui, après avoir fait pendant trois décennies la démonstration constante de leur absolue surdité, sont désormais de fait passées au stade militaire (grenades au TNT, blindés, fusils d’assaut : stade militaire). Et dont on ne voit pas par quel soudain accès de sincérité, elles se seraient miraculeusement converties à « l’écoute ».

On pense au misérable QCM gouvernemental, à ses lignes déjà toutes tracées (« Baisser le taux d’impôt sur les sociétés à 25% », « Rendre la fiscalité du capital comparable à celle des autres pays européens pour stimuler l’investissement, y compris en supprimant l’ISF »), à sa manière toute particulière de poser les questions  Identifier le type de dépenses publiques à baisser », « Faut-il supprimer certains services publics ? »), bref à cette parfaite ouverture du débat ouvert (2). On pense aussi à ce qu’écrit Éric Vuillard dans sa Guerre des pauvres (il s’agit de la révolte paysanne emmenée par Thomas Müntzer dans l’Allemagne du XVIe siècle) : « C’est alors que le duc Albert de Mansfeld entama des négociations. Il fallait que ça traîne en longueur, afin de démoraliser l’adversaire et de gagner du temps. La négociation est une technique de combat (3) ». Et il faudrait aller « dialoguer » dans ces conditions ?

Pour l’éditorialiste du Monde, la réponse ne fait pas de doute. « L’ultraviolence » de ceux qui veulent « attaquer la République (…), voire renverser le gouvernement (…) est la négation de la tolérance et du débat (…), [l’]ennemie de la démocratie ». Ici la revue de détail est complète : il ne manque pas un recouvrement, pas une escroquerie nominale, pas une fausse position de problème — tout n’est-il pas d’ailleurs joué quand le texte s’intitule « Gilets jaunes : la violence ou le débat » ? Il est vrai qu’il date énormément, du 7 janvier, une éternité, une époque en tout cas où Le Monde ne s’était pas encore aperçu qu’il y avait des violences policières. Ni ne savait comment on organise les « Grands débats ». Au demeurant, maintenant il le sait et, visiblement, ça ne change pas grand-chose à sa manière de concevoir « la tolérance et le débat » — on aura même sous peu l’occasion de mesurer quel degré de pantomime Le Monde est capable d’endosser pour maintenir la fiction de la démocratie (élevé, pressent-on).

En tout cas, nous savons que, dans une tête d’éditorialiste du Monde, la politique ne connaît qu’un état possible : « le débat », à part bien sûr son opposé maléfique : « la violence ». Qu’on doive débattre, soit pour trancher des différences de troisième ordre au milieu des questions écrites par le gouvernement, soit à la rencontre des LBD, ça n’ôte rien, aux yeux du Monde, de sa qualité de débat au « débat ». La « démocratie » a les défenseurs qui lui correspondent exactement.


Hormis la philosophie d’éditorialiste et les scénographies présidentielles aimablement relayées par les chaînes d’information en continu, ça n’est pourtant pas ainsi que les « gilets jaunes » l’entendent. Assez logiquement, les institutions présentes, et celui qui en incarne les tares au plus haut point, récupèrent aujourd’hui la fin de non-recevoir appelées par leurs propres fins de non-recevoir administrées pendant trente ans. On peut autant qu’on veut ripoliner de « démocratie » des institutions sous prétexte qu’elles pratiquent l’élection, et de temps en temps la parlote, sans que cela suffise à en faire des institutions démocratiques.

En fait, les institutions de la surdité organisée finissent toujours par recueillir l’émeute, et c’est dans l’ordre des choses. Un certain philosophe écrit ceci dans un de ses traités politiques : « Les séditions, les guerres, le mépris ou la violation des lois doivent être imputées, c’est certain, non tant à la méchanceté des sujets qu’au régime vicieux de l’État (4) ». Et telle est bien, à l’os, la seule conclusion valide à tirer des événements actuels : ils ont pour cause que le régime de l’État est vicieux.

En fait, les institutions de la surdité organisée finissent toujours par recueillir l’émeute, et c’est dans l’ordre des choses.

Parfois aussi, c’est sous la forme la plus innocente que se laisse découvrir la vérité : un syndicaliste policier, invité de l’émission d’Arrêt sur images (5), exprime avec une désarmante candeur son désarroi : « Les manifestants ne jouent plus le jeu ». C’est tellement complet, tellement profond, que c’en est vertigineux. En un mot, tout est dévoilé. La pantomime démocratique-sociale, c’était un jeu. Vous faites semblant de demander, nous faisons semblant d’écouter — n’oubliez pas de vous munir de vos merguez, et soyez rentrés pour 18 heures. Incidemment, le syndicaliste policier nous apprend que dans la liste des morts en puissance, on pourrait bien compter, non seulement Macron, les institutions de la Ve République, la presse, mais aussi les confédérations syndicales (au désespoir de leurs bases, souvent admirables) : mortes d’inutilité, pour n’avoir fait trop longtemps que « jouer ». Car voilà la chose enfin dite : Bastille-Nation, c’était un jeu.

Comment s’étonner que, la nullité des médiateurs visible de tous, le jeu de la « médiation » n’ait plus la cote ? Depuis 1995, aucune action revendicative dans la forme réglée de la manifestation n’a rien obtenu — c’est bien plus probablement la part « débordante » du mouvement anti-CPE qui lui a valu son succès. Mobilisation après mobilisation, on a vu monter le « seuil d’écoute » du pouvoir : un million de manifestants, puis un et demi, puis deux, en-dessous de quoi : rien (en fait, au-dessus de quoi, rien non plus). Ce que pour le coup on peut appeler le « minimum syndical » n’a jamais cessé d’être rehaussé. Et les syndicats, qui aiment tant le jeu qu’ils sont prêts à le jouer à n’importe quelle condition, de ramer pour mettre toujours plus de monde dans la rue pour toujours moins de résultat. Une syndicaliste dépitée du SNES admet elle-même : « Depuis la réforme des retraites en 2003, les gens ont intériorisé l’idée que la grève ne servait à rien pour se faire entendre » (6). En effet, dans ces institutions-là, rien ne sert plus à rien pour se faire entendre. Alors, voyons : que reste-t-il pour se faire entendre quand il n’est plus possible de se faire entendre ? — à part la voie des « gilets jaunes ».


De là le policier un peu stupéfait, et ses manifestants qui « ne jouent plus le jeu ». C’est exact : les « gilets jaunes » n’ont plus envie de jouer. Ils ne jouent plus le jeu, pour avoir tout simplement compris cette vérité tautologique que, dans le monde de la surdité institutionnalisée, on ne parle jamais qu’à des murs. Voilà très exactement ce que signifie que « le régime de l’État est vicieux » : délibérément fermé à tout, il ne laisse d’autre alternative que de le souffrir tel quel ou de le renverser. Souffrir : depuis, trente ans, c’est assez. Donc le renverser.

Au stade où nous en sommes, d’ailleurs, il n’est plus seulement question de la surdité des institutions, mais aussi de l’infamie des personnes, qui fait du renversement presque une exigence sanitaire. On dit qu’on connait quelqu’un à ceux dont il fait ses proches. Castaner, Griveaux, Benalla. Benalla, nous commençons à être fixés. Griveaux, on a bien avancé également (7). Non, là c’est Castaner qui fait une percée. « Aucun policier n’a attaqué de “gilets jaunes” », c’était déjà une sorte d’exploit. Ici on se demande : que peut-il se passer dans une tête comme celle de Castaner pour oser ceci quand (normalement) il doit savoir que les réseaux sociaux sont submergés des preuves de son obscénité ? Mais on connait que quelqu’un a atteint le dernier degré de l’ignominie quand ses efforts pour tenter de s’en tirer l’y enfoncent encore davantage : quelques jours après, réflexion faite, « il y a eu des atteintes graves à la vision ». Même France Info, la honte du journalisme, n’osera pas reprendre tels quels les éléments de langage du ministre — il faudra bien parler d’yeux crevés.

On notera que, comme Griveaux, Castaner vient du Parti socialiste. Et c’est comme une sorte de destin historique de la social-démocratie, ou d’une certaine « gauche républicaine », de se rouler dans la honte, depuis Thiers jusqu’à Collomb, en passant par Ebert. Et maintenant Castaner. « On parle de perte d’œil, je préfère ne pas reprendre ce terme-là ». Qu’est-il possible, même à froid, de penser d’un individu comme Castaner ? Qui peut encore lui accorder le moindre respect, à lui, mais aussi à celui qu’il sert, et aux institutions qui maintiennent de tels personnages ?

Yaël Pivet-Braun, la présidente LREM de la commission des lois déclare sur RFI qu’elle « ne croi(t) pas qu’il y ait eu d’abus des forces de l’ordre (8) ». Comment des députés LREM peuvent-ils s’étonner de retrouver murées leurs résidences ou peinturlurées leurs permanences ? Par exemple : vous aviez deux mains, une est arrachée par une grenade qui est une arme de guerre. Là-dessus, vous vous entendez dire qu’il n’y a pas eu d’abus des forces de l’ordre, et même, de TF1, qu’il n’y a aucun blessé grave. Puis Macron ment outrageusement. « Vous êtes le seul pays qui utilise des grenades contre sa population » l’interpellent des étudiants à l’université de Louvain — « Alors là, vous dites n’importe quoi ». Qui niera qu’il y a de quoi avoir des envies de parpaings et de truelle ? — même à une seule main. Et si c’est plutôt votre œil qui a fini dans une poubelle d’hôpital, Castaner préfère ne pas utiliser ce terme-là. On y réfléchit posément, et on se demande : qu’est-ce qu’on peut faire avec ces gens-là ? Y a-t-il quoi que ce soit d’autre à faire que de les chasser ? Peut-être même faudrait-il s’aviser de le faire sans tarder, avant qu’ils n’aient achevé de refermer sur nous un État policier forteresse.

Élu avec un soutien réel d’à peine 10,5 % du corps électoral (9), tenu, par les conditions mêmes du second tour, de se séparer d’une partie de son programme, foulant au pied cet élémentaire devoir moral, portant et la violence sociale et le scandale de l’enrichissement des riches à un point inouï, recevant pour ces textes les plus sinistres l’approbation répétée de l’extrême droite à laquelle il était supposé faire barrage, et désormais en guerre plutôt qu’en marche, Macron est allé trop loin, beaucoup trop loin. Il n’a plus aucun titre à faire valoir pour sa légitimité — à part les proclamations obstinées de l’éditorialisme de service.

Le propre des grands événements politiques, c’est qu’ils sont des leçons de choses — ici, comme une physique de la légitimité, et de ses effondrements. À cet égard, Arendt, s’interrogeant sur le paradoxe qui veut que le mot « révolution » vienne de l’astronomie, où il désigne non pas du tout le changement mais le retour circulaire du même, Arendt, donc, signale qu’il emporte aussi l’idée d’une nécessité irrésistible. C’est une révolte, non sire c’est une révolution indique à Louis que cette fois-ci c’est cuit : ça lui vient dessus avec la force de l’inéluctable, il n’y échappera pas. On a sans doute le devoir intellectuel de se méfier de la résonance en histoire, mais on ne peut pas non plus ne pas être sensible à ses avertissements, et parfois à ses charmes.

À l’époque, déjà, Christophe Barbier ne voyait pas ce qu’on pouvait opposer à la légitimité de Louis XVI puisqu’il avait été installé selon les procédures régulières de la succession dynastique — parfaitement légitimes, ainsi, par conséquent, que le produit de leur opération. Ce que ces gens sont à l’évidence incapables de voir, c’est que la légitimité n’est pas une qualité substantielle. Un temps les institutions sont dites légitimes. Et puis un jour on les regarde sous un autre angle, et on se dit qu’en fait elles ne le sont pas. Alors elles tombent, et toujours de la même manière : sous le poids du scandale.

Il s’en suit, pour les personnages de l’époque, qu’ils viennent prendre une certaine place dans l’Histoire — leur place. Celles de Castaner et de Macron sont en train de s’aménager. Macron va rester dans l’Histoire, c’est désormais acquis. Comme Macron-l’éborgneur, ou Macron-la-grenade. Peut-être Macron-l’hélicoptère. Ce serait souhaitable. Car maintenant, il faut qu’il parte.

Frédéric Lordon

25/12/2018

Le système Macron

 

Vidéo  (Là-bas si j'y suis)

https://youtu.be/y3MCT9stAms?fbclid=IwAR2p3j9SfZR3esQLodT...

Texte de Juan Branco

http://branco.blog.lemonde.fr/files/2019/01/Macron-et-son...

 

"Révélation de ce que tout le monde devinait mais personne n'arrivait à prouver: la taxe carbone a bel et bien été conçue dès le départ non pas pour financer la transition écologique, mais les 110 milliards d'exonérations fiscales offertes aux grands patrons par Macron depuis 2012, d'abord comme Secrétaire général adjoint de l'Elysée puis ministre de l'économie et enfin Président de la République.

Je cite les échanges entre l'initiateur de la mesure, Laurent Martel, devenu conseiller fiscal à l'Elysée, et Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée de M. Macron et principal défenseur de la mesure lors de la contestation des gilets jaunes, alors qu'ils cherchent à légitimer une taxe qui va toucher des dizaines de millions de personnes pour en financer quelques uns.

"D'autres histoires peuvent se raconter, bien sûr, pour justifier une convergence partielle gazole/essence qui rapporterait ce que l'on cherche".

Le CICE a coûté 110 milliards d'euros aux finances publiques depuis 2012, sans aucun effet." Juan Branco

 

 

12/12/2018

Onfray again : Parler pour ne rien dire

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires

 

 Parler pour ne rien dire

L'allocution du président Macron avait pour but de distribuer quelques miettes afin de pouvoir mieux conserver le gâteau pour lui, les siens et tous ceux qui l'ont mis au pouvoir et ont financé son trajet politique et sa campagne. Quel est ce gâteau dont il n'est jamais question nulle part? L'État maastrichtien libéral, qu'il faut sauver avec quelques opérations de transferts de caisse susceptible d'être présentés par les médias comme de véritables concessions faites aux gilets-jaunes, qui devraient s'en satisfaire et rentrer chez eux. Ce message s'adressait moins au peuple, qu'il amadoue avec cette danse des mots comme s'il s'agissait d’une danse du ventre, qu'à ceux qui partagent sa vision populicide du monde et qu’il rassurait par la même occasion.

   Des augmentations sont annoncées, la plus spectaculaire étant celle du SMIC. De même, les taxes prévues sur les automobilistes et les retraités les plus modestes sont annulées, tout ceci est formulé solennellement. Or, la solennité, chez quelqu’un qui se fit si souvent photographier dans des postures si peu solennelles, n'est plus crédible, sauf auprès des esprits faibles.

   Par ailleurs: cet argent que Macron semble donner et ne plus prendre n'est pas de l'argent qui vivrait dans le ciel des idées. Il ne vient ni de la poche de Macron, évidemment, ni de celle de l'Europe qui est pleine de l'or dont le peuple se défait, bien sûr, ni de celle des plus fortunés (les multinationales, les industries polluantes, les GAFA, les fortunes placées dans les paradis fiscaux), mais de l'impôt des citoyens de base. Donc: c'est l'argent des gilets-jaunes que le Roi lui rend parcimonieusement...

   Ce que Macron a annoncé avec force sérieux et trémolos dans la voix est ni plus ni moins une variation sur le thème de l'antique jeu de bonneteau qui permet, avec trois gobelets et une pièce, de faire apparaître, disparaître, réapparaître la pièce là où l'on croit qu'elle est, alors qu'elle a été subtilisée, escamotée et qu'elle reste dans la main du maître de jeu: le joueur perd tout le temps, sauf quand le magicien le laisse gagner une fois dans les nuées afin de laisser croire que le jeu n'est pas pipé. Lundi, le magicien a fait croire qu'on pouvait gagner au jeu de bonneteau.

   Or Macron ment. J'en veux pour preuve cet aveu qu'il fit d'entrée de jeu: selon lui, avec la crise des gilets-jaunes "ce sont quarante années de malaise qui s'expriment". Pourquoi dès lors n'a-t-il pas été question une seule fois de l'Europe maastrichtienne, de cet État molosse et moloch, de cet empire qui nous gouverne jusque dans les moindres détails et qui interdit à l'État-Nation de vouloir librement parce que le véritable pouvoir est celui des technocrates du marché libre de Bruxelles et de Strasbourg mais non pas Macron qui en est le voyageur de commerce. Pourquoi ce silence en effet?  

   Deuxième mensonge: "je prends ma part de responsabilité". C'est faux. Car, si tel avait été le cas, ce qui s'imposait, c'était d'annoncer un changement de cap. Or, c'est précisément ce que demandent les gilets-jaunes. On ne peut parler d'une crise qui couve depuis quarante ans sans désigner les coupables que sont les présidents de la République depuis Mitterrand jusqu'à lui-même. Car tous, sans exception, ont piloté le bateau avec un seul et même cap: celui de l'Europe libérale. Et, pour mémoire, Macron au si jeune âge eut tout de même le temps d'être le ministre de l'un de ces présidents après en avoir été le conseiller préféré...

   Or, c'est ce cap que remettent en cause les gilets-jaunes, et c'est ce même cap dont Emmanuel Macron nous dit qu’il sera gardé... La rue exprime avec vérité que nous voguons vers l'abîme -je le dis depuis des années... Macron affirme qu’il a compris le message et, pour ce faire, il distribue des quignons de pain aux rameurs de la galère que sont les gilets-jaunes. Puis il confirme qu'il faut encore et toujours avancer dans la même direction! Il a parlé impôts, charges, primes, heures défiscalisées, hausse de la CSG, maintien de la suppression de l'ISF, investissement, création d'emplois, fortune immobilière, fiscalité, mais les gilets-jaunes veulent une autre façon de faire une autre politique et non pas une autre façon de faire la même politique.

   Dans les manifestations, on a vu nombre de drapeaux bleu-blanc-rouge, mais aussi des drapeaux de région -la fière tête de Maure noire sur fond blanc de la Corse, les bandes blanches et noires avec les mouchetures d'hermine de la Bretagne ou les deux léopards d'or sur fond rouge de la Normandie. Lui est-il venu à l'idée, à ce président, qu’il n'y en eut pas un seul qui fut le drapeau européen qu’il arborait derrière lui pendant son discours, un drapeau dans les plis duquel le drapeau français se perd depuis des décennies? On a également entendu des Marseillaise chantées avec ferveur: a-t-on un seul exemple qu'il fut entonné ici, là, ou n'importe où ailleurs en France, l'Hymne à la joie qu'Emmanuel Macron fit symboliquement jouer devant la pyramide du Louvre le soir de son élection à la présidence de la République?

   Cette intervention fut également l'occasion de mensonges par omission. C'est l'une des modalités du mensonge, on l'oublie trop souvent -et sa plus subtile, sa plus fine, sa plus retorse. Car il y fut question de représentation, de diversité, de vote blanc, d'organisation de l'État, de centralisation, de service public dans les territoires, mais rien de concret, du vent, du verbe, des mots. Tout juste l'habituel jeu de pipeau des présidents de la République qui, une fois élus, semblent ne pas se souvenir qu'ils l'ont été et qui ne font pas des discours de présidents, mais des discours de candidats à la présidence de la République.

   "Je veux", "Je veux", "Je veux", n'a cessé de dire cet homme qui, pour la galerie médiatique, joue les modestes, fait semblant de reconnaître des erreurs de communication, des fautes de style existentiel, mais qui manifeste de la sorte qu’il se croit toujours Jupiter alors qu'il n'en montre que les attributs -comme un collégien qui, au club théâtre, croirait être Dieu parce qu'il serait grimé avec son costume et une longue barbe blanche!


   Autre mensonge : quand il annonce qu'il a bien entendu qu’il y avait des problèmes avec l'immigration et l'identité de la nation et qu’il propose "un débat sans précédent" sur ces questions. De qui se moque-t-il? Il a envoyé le jour même Jean-Baptiste Lemoyne, son secrétaire d'État auprès du ministre... de l'Europe et des Affaires étrangères (sic). Apprécions d'ailleurs en passant que cet intitulé avalise l'idée que l'Europe c'est la France, la France c'est l'Europe et qu'en dehors de ce conglomérat, il s'agit d'affaires étrangères!


   Il n'est pas besoin de lire la totalité du Pacte. Il suffit de prendre connaissance des attendus formulés dans l'article 8 de son préambule: "Par le présent Pacte mondial, nous nous engageons collectivement à améliorer la coopération en matière de migration internationale. Les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’Histoire, et nous reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation, elles sont facteurs de prospérité́ (sic), d’innovation (sic) et de développement durable (sic) et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs (sic)". Que l'immigration soit un facteur de prospérité et d'innovation et qu'elle ait des effets positifs, cela reste à prouver... Il n'est de toute façon pas sûr que cette prospérité bénéficie à ceux qui manifestent avec un gilet jaune. Quant à la relation entre développement durable et immigration, elle manque également d'une démonstration convaincante. Quant aux effets positifs: il manque un post-it sur laquelle ils seraient listés... Des "migrations bénéfiques à tous", voilà le projet formulé dans l'article 9 du préambule. On nous dit que la signature de ce pacte n'est pas contraignante: pourquoi dès lors perdre du temps, de l’argent, de l'énergie, à rédiger des textes, réunir des gens afin de parapher un document qui n'engagerait à rien ? On se moque du monde...


 Question subsidiaire : quelle a été la trace carbone des avions privés de tous les signataires de ce pacte dont on dit qu’il n'engage à rien et qui sont venus du monde entier à Marrakech? Combien de CO2 a été envoyé dans l'atmosphère pour cette seule messe internationale du politiquement correct? Et si l'on convertissait ce CO2 officiel en CO2 d'une voiture de gilet-jaune obligé de rouler pour effectuer son travail? Pour la trace carbone de l'avion du secrétaire d'État français, combien d'équivalent CO2 en provenance des voitures de gilets-jaunes ?

   Pour résoudre les problèmes de la ruralité abandonnée, des provinces oubliées, des campagnes sinistrées, des campagnes désertées, de la disparition des services publics dans les communes, les petites villes, le sous-préfectures, Macron a une solution : il va rencontrer les maires... "Misère à poil" comme on dit dans mon village! Cette fausse montagne accouche d'une véritable souris. Les maires, il les a déjà reçus le 15 novembre dernier à l'Élysée et, devant ma télévision, j’avais été sidéré par le brouhaha dans lequel ils recevaient son discours! En riant jaune, Macron a été obligé de rappeler à l'ordre plusieurs fois les élus qui préféraient parler entre eux plutôt que de   l'écouter! J'y avais assisté en direct à une terrible leçon sur le défaut d'autorité du personnage. Jupiter ne parvenait pas même à faire la loi dans ce genre de classe d'un collège qui paillait, pépiait et se moquait absolument de ce que le prof avait à dire.


     Macron distribue quelques billets de leur argent aux gueux en les invitant à rentrer chez eux et en espérant qu'ils vont croire son boniment: il affirme qu'il a compris cette crise profonde de la société qui remonte à quarante ans, mais, en même temps,  il assure qu'il va garder le cap qui a conduit à cette crise;  il affirme qu’il a compris le malaise social et sociétal et qu'il va y répondre, demain, demain étant le jour où l'on rase gratis, mais, en même temps, il assure qu’il ne changera pas le cap qui a conduit à ce malaise; il affirme  qu'il a compris que l'immigration posait un problème, mais, en même temps, il signe le pacte selon lequel l'immigration n'est pas la cause d'un malaise, mais la chance d'une "prospérité" -c'est le mot du pacte; il affirme qu’il a compris la souffrance du pays en dehors de Paris et promet qu’il va voir les maires de France mais, en même temps, il les a déjà vus à Paris et ils lui ont signifié qu'ils n'en avaient rien à faire de son laïus. De qui se moque-t-il ? Du peuple, comme toujours...


     Macron a été, il est et il restera jusqu’à son dernier souffle politique, l'homme lige de l'Europe libérale, de l'État maastrichtien devenu empire. Il a été mis en place pour ça par les milieux d'affaire dont il fait la politique -et non celle du peuple qui se trouve aujourd’hui dans la rue. Le problème n'est pas entre la fin du monde et la fin du mois comme le formulent habilement les conseillers du président à destination des journalistes benêts trop content d'avoir une formule à ânonner, mais, s'il faut une formule, entre la fin de la France et la faim de la France -car cette fin de la France voulue par Macron comme prix de l'Europe maastrichtienne se paie de la faim de la France. Lui qui a choisi la fin de la France se moque comme d'une guigne de la faim de la France. C'est logique car cela découle de son cap qu'il ne veut pas changer. Au balcon médiatique il a jeté lundi soir quelques pièces de menue monnaie au peuple qui l'écoutait en contrebas. Si le peuple croit ce bateleur, Macron aura eu raison de jouer du pipeau.


     Pour l’heure, souvenons-nous de la leçon de La Boétie: le pouvoir tient sa force du simple fait que nous y souscrivons. Il nous suffit de ne plus vouloir être esclave pour commencer à cesser de l'être. Mais, pour ce faire, encore faut-il ne pas souscrire aux sirènes de la communication présidentielle relayées par les médias du système. Ce fut du vent, rien que du vent, des mots, rien que des mots.

Michel Onfray

09/06/2017

Le futur qui nous est promis , selon Attali...

Attali : « La démocratie a échoué, maintenant ça suffit, on met de l'ordre ».

Jacques Attali, éminence grise du Pouvoir en France, porte-parole de la finance, conseiller de tous les présidents, parrain d’Emmanuel Macron, déclare sans ambage que la démocratie est un leurre, que l' Europe nous est imposée, que l'État d'urgence restera permanent et que l'Homme deviendra peu à peu un robot marchandisé !

Au moins c'est clair...

Petit montage vidéo de Vox Plebeia

08/05/2017

Les loups sont entrés dans Paris (Onfray)

La réaction de Michel Onfray après la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle.


http://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/les-l...

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29/04/2017

La double imposture (B. Guigue)

 
 
 
La double imposture
 
C’était couru d’avance. A l’issue d’un premier tour truqué, nous voilà sommés de faire barrage au “fascisme”. La boucle est bouclée. On vole sa victoire au peuple, on lui fait les poches, et maintenant on le traite d’ordure parce qu’il refuse de voter pour un maquereau. En contrôlant la presse, les milliardaires ont préempté le cerveau des électeurs. Le citoyen est conduit par la main, comme un enfant, vers l’urne où il déposera son bulletin “Macron”. On lui dit qu’il faut le faire pour sauver la République, et il le croit. Aucun risque, l’élection du gigolo est assurée. Mais cela ne suffit pas. Il faut encore s’acharner sur ceux qui résistent au décervelage.
 
C'est d'autant plus urgent que le mouflet est à la peine dès qu’on entre dans le vif du sujet. L'affaire Whirlpool, de ce point de vue, est une véritable leçon de choses. Voilà une entreprise qui va fermer parce que ses actionnaires ont décidé de la délocaliser dans un pays, la Pologne, où la main d’oeuvre est plus docile. C’est la “libre circulation des capitaux”, comme disent les traités européens. Les travailleurs sont mis en concurrence les uns avec les autres, et le capital se déplace là où les perspectives de profit sont les plus alléchantes. Porte-parole officiel de l’oligarchie, Jacques Attali a utilisé une belle formule. Cette affaire, a-t-il dit, est “anecdotique”. Le pire, c’est que ce margoulin a raison. Ce drame qui frappe 700 familles, hélas, c’est l’écume des jours, c’est la rubrique des chiens écrasés du capitalisme.
 
Décidé à faire son numéro, l’oligarque poudré se rend alors à Amiens. Et que dit-il aux ouvriers jetés à la porte comme des malpropres ? Que cette fermeture n’a rien à voir avec la mondialisation, que l’Etat n’y peut rien, et qu’il est venu pour parler du plan social. Dès qu’on passe aux choses sérieuses, l'idole des impubères qui s'époumone en salle de concert s’aplatit comme une crêpe devant les vrais patrons. Celui qui a vendu Alstom aux Américains liquidera notre patrimoine industriel, il le mettra en pièces, méticuleusement, tout en éblouissant les gogos avec ses miroirs aux alouettes façon “start-up”. Macron, c’est un fossoyeur qui a seulement pris la précaution de se faire blanchir les dents.
 
Marine Le Pen ayant saisi l'occasion de cette visite pour lui tailler des croupières, le commis de l’oligarchie se trouve alors en difficulté. Vite, il faut inventer autre chose pour le faire rebondir. Heureusement, son équipe de com’ est à la manoeuvre, et elle a un coup de génie. Elle envoie le Don Juan, aussi sec, faire un “selfie” avec le clocher d’Oradour-sur-Glane, ce village français qui fut martyrisé par les nazis. Le message est d'une subtilité impressionnante. Qu'on se le dise ! Si vous ne votez pas pour le freluquet, c’est que vous êtes un copain des SS. “Non, pas ça, pas ça !” s’égosille en meeting le chouchou du Cac 40. A défaut de résister aux multinationales, Macron aura au moins inventé une parodie d’antifascisme, la gueulante au micro tenant lieu d’acte de résistance, avec sa voix éraillée de post-adolescent qui se prend pour Radio-Londres.
 
Macron, rempart contre le “fascisme” ? On pourrait discuter de ce vocabulaire, mais si Le Pen c’est le fascisme, alors Macron c’est Von Papen. Que l’on sache, le Casanova de la finance est le serviteur attitré d’une oligarchie qui a sorti le FN de la naphtaline, l’a nourri au grain, et l’engraisse tous les jours en dévastant la société française. Même si elle en profite, ce n'est pas l'extrême-droite qui a mis les travailleurs en concurrence, détruit les emplois industriels et plié devant le diktat des marchés financiers. C'est cette même bourgeoisie, cramponnée à ses privilèges de classe, qui prétend aujourd'hui nous guérir d’un cancer dont elle est la cause. Qu'elle assume ses turpitudes !
 
Lorsqu'on nous conjure de combattre Le Pen en votant Macron, c’est comme si on prescrivait un remède dont on est sûr qu’il achèvera le malade, ou comme si on nommait un pédophile directeur d'école. Une imposture n’en chasse jamais une autre, surtout si elles se renvoient la balle. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que l’antifascisme de Macron n'est que du vent. Macron a besoin de Le Pen pour se faire élire, car il est minoritaire dans le pays. Le Pen a besoin de Macron pour occuper la fonction protestataire que le PS lui a offerte et que Mélenchon a failli lui ravir. Pour lutter contre l'extrême-droite, il faut aussi lutter contre Macron et ceux qui le soutiennent. Et si l’on veut purger la France du nationalisme identitaire, il faudra d’abord tordre le cou à l’oligarchie qui est son tas de fumier.
 
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Dans le même ordre d'idée:
 

Pier Paolo Pasolini

" Une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui, ou du moins ce qu'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C'est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation, définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. "

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NE NOUS SOUMETTONS PAS !
Henri Pena-Ruiz
Philosophe, écrivain.
Dernier ouvrage paru : Dictionnaire amoureux de la laïcité (Editions Plon)


Selon Montesquieu le propre du despotisme est de gouverner à la peur. Or qui veut nous faire peur aujourd'hui? Ceux qui prétendent que le FN est aux portes du pouvoir alors qu'il sera loin d’avoir la majorité à l'Assemblée Nationale, et par conséquent ne pourra pas gouverner. Les amis de M.Macron, avec sans doute l'appui d'un président qui a trahi les promesses grâce auxquelles il s’est fait élire, mettent en scène leur rêve, en forme de ruse machiavélique. Orchestrer la peur de voir Mme Le Pen gouverner afin de construire pour leur candidat une "majorité présidentielle" écrasante. Et disposer ainsi d’une majorité nette à l’Assemblée nationale pour continuer la politique d'un quinquennat sinistre. C’est typiquement la logique de la cinquième République, hélas aggravée naguère lorsque Monsieur Jospin crut devoir inverser le calendrier électoral. La monarchie présidentielle prenait ainsi davantage encore le pas sur l’élection des représentants du peuple, ligotant celui-ci dans des alternatives mystifiantes. Quant à la lutte contre le FN, certains feraient bien de balayer devant leur porte. Qui donc a cyniquement joué sur un score élevé du FN pour substituer la peur à tout inventaire critique d’une politique de trahison fondée sur une tromperie initiale ?
Sauver la démocratie ? Allons donc ! Monsieur Macron annonce son intention d'aggraver la Loi El Khomri par ordonnances...pendant les vacances d'été, afin d'éviter toute contestation. Jolie façon de réaliser la « démocratie participative » ! Naguère il proposait aux jeunes d’avoir pour seul idéal de devenir milliardaires. Sans doute en exaltant un système « Qui produit la richesse en créant la misère » (Victor Hugo). Belle profession de foi humaniste ! Ouvrons les yeux. Ras-le bol de ce chantage à l'apocalypse pour désespérer encore une peu plus les laissés pour compte du néo-libéralisme et de la « concurrence libre et non faussée". Avant de pleurnicher sur la montée du lepénisme, il serait bon de s'interroger sur ses causes et de proposer une véritable alternative, comme le fait La France Insoumise. Qui vient de faire reculer le score de Marine Le Pen, sinon Jean Luc Mélenchon? Le score du FN est passé de 28 % à 21,5 % tandis que celui du candidat de la France Insoumise a atteint 19,6%. Sa proposition de soumettre toute décision concernant le second tour à une réflexion collective des militants qui l’ont soutenu est toute à son honneur. Elle est en phase avec notre volonté de changer la politique par l’invention d’une sixième République. Elle répond à la complexité d’une situation qui mérite réflexion et délibération, à rebours de toute image d’Epinal. Ceux qui osent traiter Jean Luc Mélenchon de dictateur le calomnient, une fois de plus. Leur rage est d’ailleurs inconséquente. Tantôt ils lui reprochent son autoritarisme vertical, tantôt ils croient devoir s’indigner de sa refondation horizontale de la politique, soucieuse de faire parler le peuple. Il faudrait savoir !
Nous, fossoyeurs de l’Europe ? C’est la façon de construire l’Europe qui en creuse la tombe. Une Europe qui contredit les idéaux de justice qu'elle était censée incarner. Victor Hugo inventa l’expression « Etats-Unis d’Europe », qu’il pensa union des nations sur un mode confédéral. Des nations libres dans une union libre, tournées vers le progrès social et la culture délivrée des inégalités économiques. Il doit se retourner dans sa tombe au regard de la caricature de son idéal par l’Europe actuelle. Une Europe néolibérale voulue par l’homme d’affaires Jean Monnet, attachée à corseter les peuples dans la négation quasi irréversible des conquêtes sociales qui forcèrent le capitalisme à s’humaniser. Qui refuse la régression de civilisation que représente le credo du moins-disant social imposé par l’Europe actuelle ? Qui demande en Europe une harmonisation des droits sociaux par le haut ? La France Insoumise, avec die Linke, Podemos et Syrisa. Monsieur Hollande avait promis de renégocier un traité européen, le TSCG. Il ne l’a pas fait. Et il ose maintenant, avec un ton apocalyptique, reprocher à Jean Luc Mélenchon de vouloir le faire ! Qu’a donné la litanie d’un changement intérieur de l’Europe ? Telle qu’elle a été menée, rien, car elle a sous-estimé l’emprise d’une finance mondialisée et elle a finalement abdiqué devant elle. Le terrible sort réservé au peuple grec en est la preuve. Relisons la mise en garde prémonitoire de Pierre Mendès-France contre cette orientation mortifère pour l’Europe. C’est notre acte d’insoumission qui réconciliera les peuples avec l’Europe, par une refondation politique, écologique et sociale.
Par ailleurs, qui mène la bataille des idées contre le FN en expliquant le rôle des immigrés dans la reconstruction de la France, et en rappelant que les immigrés paient plus de cotisations qu'ils ne touchent de prestations? Qui rejette le nationalisme d'exclusion inspiré par l'opposition du "eux" et du "nous" chère à Carl Schmitt? Qui combat la thèse de Samuel Huntington selon laquelle les civilisations s'opposeraient et se hiérarchiseraient inéluctablement? Qui ouvre la réaffirmation de la souveraineté populaire au niveau national à l’internationalisme, avec la promotion du progrès social pour tous les peuples? La France Insoumise. Et cette orientation n’a rien à voir avec celle du FN et de « préférence nationale » Pour faire reculer les réflexes racistes ou xénophobes, ne nous contentons pas de condamnations moralisantes. Agissons sur les causes et déconstruisons les préjugés obscurantistes. Nous n’avons pas de leçons à recevoir des principaux responsables de la montée du FN ! Trêve de mots pièges et d’amalgames odieux entre les « deux extrêmes ». Un amalgame qui soit dit en passant banalise le FN puisqu’il lui donne le même statut qu’à la France Insoumise !
« Populisme » ! Allons bon, encore un mot magique pour disqualifier sans argumenter ! Le propre du populisme de droite est de flatter le peuple et non de le servir. C’est d’ailleurs le sens littéral du mot démagogie, en grec ancien. Mais si défendre réellement les classes populaires c’est être populiste, alors soyons populistes. Par une telle défense, nous défendons également l’intérêt général. D’où la lutte contre la dévastation des droits sociaux et des acquis du programme du CNR, comme la Sécurité Sociale et les services publics, et le refus de la déconstruction du code du travail à coup de 49-3 et bientôt d’ordonnances. Quant à ceux qui au nom de la rentabilité prétendent ces droits sociaux insupportables pour notre économie, je voudrais qu’ils m’expliquent comment la France des « trente glorieuses » (1945-1975) a pu les supporter alors qu’elle produisait beaucoup moins de richesses que celle d‘aujourd’hui.
Ensemble, en 2012, nous avions chassé la droite. Et pendant 5 ans nous avons eu la droite déguisée en gauche, avec l’exception honorable du Mariage pour tous courageusement promu par Christiane Taubira, réforme sociétale juste, mais qui n’aurait pas dû dispenser de l’attention à la question sociale. Il faut comprendre la désespérance du monde du travail, sans justifier pour autant n’importe quel vote protestataire. Je comprends qu’en l’état actuel des choses on puisse se sentir écartelé entre un vote blanc, improprement appelé « nul », qui marque le dégoût d’une pratique politique désespérante, et un vote Macron, posé un peu vite comme seule alternative à l’extrême droite. Les deux votes sont respectables, et on ne peut en disqualifier un a priori. C’est désormais un troisième tour, celui des Législatives, qui permettra de dresser un véritable barrage contre l’extrême droite, et non un score-fleuve pour Monsieur Macron, adepte du 49-3 et des ordonnances.
Un dernier mot sur l’incroyable faute déontologique et le manque d’esprit laïque du Président de la République. Comment Monsieur Hollande a-t-il considéré les devoirs de sa fonction lorsqu’il a violé la réserve qu’il avait annoncé vouloir respecter, n’étant ni candidat ni chef de parti mais Président de tous les Français? Ses accusations insensées, aux limites de la calomnie, sur la prétendue complicité de Jean Luc Mélenchon avec Assad et Poutine, ou sa propension supposée dictatoriale, ont rompu l’égalité de traitement des candidats alors que la constitution lui faisait un devoir de la respecter. Décidément l’immunité présidentielle, elle aussi, devra être revue par la Sixième République dans le cadre de la moralisation de la vie politique!
Ne nous soumettons pas !!