Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/12/2018

Onfray again : Parler pour ne rien dire

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires

 

 Parler pour ne rien dire

L'allocution du président Macron avait pour but de distribuer quelques miettes afin de pouvoir mieux conserver le gâteau pour lui, les siens et tous ceux qui l'ont mis au pouvoir et ont financé son trajet politique et sa campagne. Quel est ce gâteau dont il n'est jamais question nulle part? L'État maastrichtien libéral, qu'il faut sauver avec quelques opérations de transferts de caisse susceptible d'être présentés par les médias comme de véritables concessions faites aux gilets-jaunes, qui devraient s'en satisfaire et rentrer chez eux. Ce message s'adressait moins au peuple, qu'il amadoue avec cette danse des mots comme s'il s'agissait d’une danse du ventre, qu'à ceux qui partagent sa vision populicide du monde et qu’il rassurait par la même occasion.

   Des augmentations sont annoncées, la plus spectaculaire étant celle du SMIC. De même, les taxes prévues sur les automobilistes et les retraités les plus modestes sont annulées, tout ceci est formulé solennellement. Or, la solennité, chez quelqu’un qui se fit si souvent photographier dans des postures si peu solennelles, n'est plus crédible, sauf auprès des esprits faibles.

   Par ailleurs: cet argent que Macron semble donner et ne plus prendre n'est pas de l'argent qui vivrait dans le ciel des idées. Il ne vient ni de la poche de Macron, évidemment, ni de celle de l'Europe qui est pleine de l'or dont le peuple se défait, bien sûr, ni de celle des plus fortunés (les multinationales, les industries polluantes, les GAFA, les fortunes placées dans les paradis fiscaux), mais de l'impôt des citoyens de base. Donc: c'est l'argent des gilets-jaunes que le Roi lui rend parcimonieusement...

   Ce que Macron a annoncé avec force sérieux et trémolos dans la voix est ni plus ni moins une variation sur le thème de l'antique jeu de bonneteau qui permet, avec trois gobelets et une pièce, de faire apparaître, disparaître, réapparaître la pièce là où l'on croit qu'elle est, alors qu'elle a été subtilisée, escamotée et qu'elle reste dans la main du maître de jeu: le joueur perd tout le temps, sauf quand le magicien le laisse gagner une fois dans les nuées afin de laisser croire que le jeu n'est pas pipé. Lundi, le magicien a fait croire qu'on pouvait gagner au jeu de bonneteau.

   Or Macron ment. J'en veux pour preuve cet aveu qu'il fit d'entrée de jeu: selon lui, avec la crise des gilets-jaunes "ce sont quarante années de malaise qui s'expriment". Pourquoi dès lors n'a-t-il pas été question une seule fois de l'Europe maastrichtienne, de cet État molosse et moloch, de cet empire qui nous gouverne jusque dans les moindres détails et qui interdit à l'État-Nation de vouloir librement parce que le véritable pouvoir est celui des technocrates du marché libre de Bruxelles et de Strasbourg mais non pas Macron qui en est le voyageur de commerce. Pourquoi ce silence en effet?  

   Deuxième mensonge: "je prends ma part de responsabilité". C'est faux. Car, si tel avait été le cas, ce qui s'imposait, c'était d'annoncer un changement de cap. Or, c'est précisément ce que demandent les gilets-jaunes. On ne peut parler d'une crise qui couve depuis quarante ans sans désigner les coupables que sont les présidents de la République depuis Mitterrand jusqu'à lui-même. Car tous, sans exception, ont piloté le bateau avec un seul et même cap: celui de l'Europe libérale. Et, pour mémoire, Macron au si jeune âge eut tout de même le temps d'être le ministre de l'un de ces présidents après en avoir été le conseiller préféré...

   Or, c'est ce cap que remettent en cause les gilets-jaunes, et c'est ce même cap dont Emmanuel Macron nous dit qu’il sera gardé... La rue exprime avec vérité que nous voguons vers l'abîme -je le dis depuis des années... Macron affirme qu’il a compris le message et, pour ce faire, il distribue des quignons de pain aux rameurs de la galère que sont les gilets-jaunes. Puis il confirme qu'il faut encore et toujours avancer dans la même direction! Il a parlé impôts, charges, primes, heures défiscalisées, hausse de la CSG, maintien de la suppression de l'ISF, investissement, création d'emplois, fortune immobilière, fiscalité, mais les gilets-jaunes veulent une autre façon de faire une autre politique et non pas une autre façon de faire la même politique.

   Dans les manifestations, on a vu nombre de drapeaux bleu-blanc-rouge, mais aussi des drapeaux de région -la fière tête de Maure noire sur fond blanc de la Corse, les bandes blanches et noires avec les mouchetures d'hermine de la Bretagne ou les deux léopards d'or sur fond rouge de la Normandie. Lui est-il venu à l'idée, à ce président, qu’il n'y en eut pas un seul qui fut le drapeau européen qu’il arborait derrière lui pendant son discours, un drapeau dans les plis duquel le drapeau français se perd depuis des décennies? On a également entendu des Marseillaise chantées avec ferveur: a-t-on un seul exemple qu'il fut entonné ici, là, ou n'importe où ailleurs en France, l'Hymne à la joie qu'Emmanuel Macron fit symboliquement jouer devant la pyramide du Louvre le soir de son élection à la présidence de la République?

   Cette intervention fut également l'occasion de mensonges par omission. C'est l'une des modalités du mensonge, on l'oublie trop souvent -et sa plus subtile, sa plus fine, sa plus retorse. Car il y fut question de représentation, de diversité, de vote blanc, d'organisation de l'État, de centralisation, de service public dans les territoires, mais rien de concret, du vent, du verbe, des mots. Tout juste l'habituel jeu de pipeau des présidents de la République qui, une fois élus, semblent ne pas se souvenir qu'ils l'ont été et qui ne font pas des discours de présidents, mais des discours de candidats à la présidence de la République.

   "Je veux", "Je veux", "Je veux", n'a cessé de dire cet homme qui, pour la galerie médiatique, joue les modestes, fait semblant de reconnaître des erreurs de communication, des fautes de style existentiel, mais qui manifeste de la sorte qu’il se croit toujours Jupiter alors qu'il n'en montre que les attributs -comme un collégien qui, au club théâtre, croirait être Dieu parce qu'il serait grimé avec son costume et une longue barbe blanche!


   Autre mensonge : quand il annonce qu'il a bien entendu qu’il y avait des problèmes avec l'immigration et l'identité de la nation et qu’il propose "un débat sans précédent" sur ces questions. De qui se moque-t-il? Il a envoyé le jour même Jean-Baptiste Lemoyne, son secrétaire d'État auprès du ministre... de l'Europe et des Affaires étrangères (sic). Apprécions d'ailleurs en passant que cet intitulé avalise l'idée que l'Europe c'est la France, la France c'est l'Europe et qu'en dehors de ce conglomérat, il s'agit d'affaires étrangères!


   Il n'est pas besoin de lire la totalité du Pacte. Il suffit de prendre connaissance des attendus formulés dans l'article 8 de son préambule: "Par le présent Pacte mondial, nous nous engageons collectivement à améliorer la coopération en matière de migration internationale. Les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’Histoire, et nous reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation, elles sont facteurs de prospérité́ (sic), d’innovation (sic) et de développement durable (sic) et qu’une meilleure gouvernance peut permettre d’optimiser ces effets positifs (sic)". Que l'immigration soit un facteur de prospérité et d'innovation et qu'elle ait des effets positifs, cela reste à prouver... Il n'est de toute façon pas sûr que cette prospérité bénéficie à ceux qui manifestent avec un gilet jaune. Quant à la relation entre développement durable et immigration, elle manque également d'une démonstration convaincante. Quant aux effets positifs: il manque un post-it sur laquelle ils seraient listés... Des "migrations bénéfiques à tous", voilà le projet formulé dans l'article 9 du préambule. On nous dit que la signature de ce pacte n'est pas contraignante: pourquoi dès lors perdre du temps, de l’argent, de l'énergie, à rédiger des textes, réunir des gens afin de parapher un document qui n'engagerait à rien ? On se moque du monde...


 Question subsidiaire : quelle a été la trace carbone des avions privés de tous les signataires de ce pacte dont on dit qu’il n'engage à rien et qui sont venus du monde entier à Marrakech? Combien de CO2 a été envoyé dans l'atmosphère pour cette seule messe internationale du politiquement correct? Et si l'on convertissait ce CO2 officiel en CO2 d'une voiture de gilet-jaune obligé de rouler pour effectuer son travail? Pour la trace carbone de l'avion du secrétaire d'État français, combien d'équivalent CO2 en provenance des voitures de gilets-jaunes ?

   Pour résoudre les problèmes de la ruralité abandonnée, des provinces oubliées, des campagnes sinistrées, des campagnes désertées, de la disparition des services publics dans les communes, les petites villes, le sous-préfectures, Macron a une solution : il va rencontrer les maires... "Misère à poil" comme on dit dans mon village! Cette fausse montagne accouche d'une véritable souris. Les maires, il les a déjà reçus le 15 novembre dernier à l'Élysée et, devant ma télévision, j’avais été sidéré par le brouhaha dans lequel ils recevaient son discours! En riant jaune, Macron a été obligé de rappeler à l'ordre plusieurs fois les élus qui préféraient parler entre eux plutôt que de   l'écouter! J'y avais assisté en direct à une terrible leçon sur le défaut d'autorité du personnage. Jupiter ne parvenait pas même à faire la loi dans ce genre de classe d'un collège qui paillait, pépiait et se moquait absolument de ce que le prof avait à dire.


     Macron distribue quelques billets de leur argent aux gueux en les invitant à rentrer chez eux et en espérant qu'ils vont croire son boniment: il affirme qu'il a compris cette crise profonde de la société qui remonte à quarante ans, mais, en même temps,  il assure qu'il va garder le cap qui a conduit à cette crise;  il affirme qu’il a compris le malaise social et sociétal et qu'il va y répondre, demain, demain étant le jour où l'on rase gratis, mais, en même temps, il assure qu’il ne changera pas le cap qui a conduit à ce malaise; il affirme  qu'il a compris que l'immigration posait un problème, mais, en même temps, il signe le pacte selon lequel l'immigration n'est pas la cause d'un malaise, mais la chance d'une "prospérité" -c'est le mot du pacte; il affirme qu’il a compris la souffrance du pays en dehors de Paris et promet qu’il va voir les maires de France mais, en même temps, il les a déjà vus à Paris et ils lui ont signifié qu'ils n'en avaient rien à faire de son laïus. De qui se moque-t-il ? Du peuple, comme toujours...


     Macron a été, il est et il restera jusqu’à son dernier souffle politique, l'homme lige de l'Europe libérale, de l'État maastrichtien devenu empire. Il a été mis en place pour ça par les milieux d'affaire dont il fait la politique -et non celle du peuple qui se trouve aujourd’hui dans la rue. Le problème n'est pas entre la fin du monde et la fin du mois comme le formulent habilement les conseillers du président à destination des journalistes benêts trop content d'avoir une formule à ânonner, mais, s'il faut une formule, entre la fin de la France et la faim de la France -car cette fin de la France voulue par Macron comme prix de l'Europe maastrichtienne se paie de la faim de la France. Lui qui a choisi la fin de la France se moque comme d'une guigne de la faim de la France. C'est logique car cela découle de son cap qu'il ne veut pas changer. Au balcon médiatique il a jeté lundi soir quelques pièces de menue monnaie au peuple qui l'écoutait en contrebas. Si le peuple croit ce bateleur, Macron aura eu raison de jouer du pipeau.


     Pour l’heure, souvenons-nous de la leçon de La Boétie: le pouvoir tient sa force du simple fait que nous y souscrivons. Il nous suffit de ne plus vouloir être esclave pour commencer à cesser de l'être. Mais, pour ce faire, encore faut-il ne pas souscrire aux sirènes de la communication présidentielle relayées par les médias du système. Ce fut du vent, rien que du vent, des mots, rien que des mots.

Michel Onfray

09/06/2017

Le futur qui nous est promis , selon Attali...

Attali : « La démocratie a échoué, maintenant ça suffit, on met de l'ordre ».

Jacques Attali, éminence grise du Pouvoir en France, porte-parole de la finance, conseiller de tous les présidents, parrain d’Emmanuel Macron, déclare sans ambage que la démocratie est un leurre, que l' Europe nous est imposée, que l'État d'urgence restera permanent et que l'Homme deviendra peu à peu un robot marchandisé !

Au moins c'est clair...

Petit montage vidéo de Vox Plebeia

08/05/2017

Les loups sont entrés dans Paris (Onfray)

La réaction de Michel Onfray après la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle.


http://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/les-l...

21:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : onfray, macron |  Facebook

29/04/2017

La double imposture (B. Guigue)

 
 
 
La double imposture
 
C’était couru d’avance. A l’issue d’un premier tour truqué, nous voilà sommés de faire barrage au “fascisme”. La boucle est bouclée. On vole sa victoire au peuple, on lui fait les poches, et maintenant on le traite d’ordure parce qu’il refuse de voter pour un maquereau. En contrôlant la presse, les milliardaires ont préempté le cerveau des électeurs. Le citoyen est conduit par la main, comme un enfant, vers l’urne où il déposera son bulletin “Macron”. On lui dit qu’il faut le faire pour sauver la République, et il le croit. Aucun risque, l’élection du gigolo est assurée. Mais cela ne suffit pas. Il faut encore s’acharner sur ceux qui résistent au décervelage.
 
C'est d'autant plus urgent que le mouflet est à la peine dès qu’on entre dans le vif du sujet. L'affaire Whirlpool, de ce point de vue, est une véritable leçon de choses. Voilà une entreprise qui va fermer parce que ses actionnaires ont décidé de la délocaliser dans un pays, la Pologne, où la main d’oeuvre est plus docile. C’est la “libre circulation des capitaux”, comme disent les traités européens. Les travailleurs sont mis en concurrence les uns avec les autres, et le capital se déplace là où les perspectives de profit sont les plus alléchantes. Porte-parole officiel de l’oligarchie, Jacques Attali a utilisé une belle formule. Cette affaire, a-t-il dit, est “anecdotique”. Le pire, c’est que ce margoulin a raison. Ce drame qui frappe 700 familles, hélas, c’est l’écume des jours, c’est la rubrique des chiens écrasés du capitalisme.
 
Décidé à faire son numéro, l’oligarque poudré se rend alors à Amiens. Et que dit-il aux ouvriers jetés à la porte comme des malpropres ? Que cette fermeture n’a rien à voir avec la mondialisation, que l’Etat n’y peut rien, et qu’il est venu pour parler du plan social. Dès qu’on passe aux choses sérieuses, l'idole des impubères qui s'époumone en salle de concert s’aplatit comme une crêpe devant les vrais patrons. Celui qui a vendu Alstom aux Américains liquidera notre patrimoine industriel, il le mettra en pièces, méticuleusement, tout en éblouissant les gogos avec ses miroirs aux alouettes façon “start-up”. Macron, c’est un fossoyeur qui a seulement pris la précaution de se faire blanchir les dents.
 
Marine Le Pen ayant saisi l'occasion de cette visite pour lui tailler des croupières, le commis de l’oligarchie se trouve alors en difficulté. Vite, il faut inventer autre chose pour le faire rebondir. Heureusement, son équipe de com’ est à la manoeuvre, et elle a un coup de génie. Elle envoie le Don Juan, aussi sec, faire un “selfie” avec le clocher d’Oradour-sur-Glane, ce village français qui fut martyrisé par les nazis. Le message est d'une subtilité impressionnante. Qu'on se le dise ! Si vous ne votez pas pour le freluquet, c’est que vous êtes un copain des SS. “Non, pas ça, pas ça !” s’égosille en meeting le chouchou du Cac 40. A défaut de résister aux multinationales, Macron aura au moins inventé une parodie d’antifascisme, la gueulante au micro tenant lieu d’acte de résistance, avec sa voix éraillée de post-adolescent qui se prend pour Radio-Londres.
 
Macron, rempart contre le “fascisme” ? On pourrait discuter de ce vocabulaire, mais si Le Pen c’est le fascisme, alors Macron c’est Von Papen. Que l’on sache, le Casanova de la finance est le serviteur attitré d’une oligarchie qui a sorti le FN de la naphtaline, l’a nourri au grain, et l’engraisse tous les jours en dévastant la société française. Même si elle en profite, ce n'est pas l'extrême-droite qui a mis les travailleurs en concurrence, détruit les emplois industriels et plié devant le diktat des marchés financiers. C'est cette même bourgeoisie, cramponnée à ses privilèges de classe, qui prétend aujourd'hui nous guérir d’un cancer dont elle est la cause. Qu'elle assume ses turpitudes !
 
Lorsqu'on nous conjure de combattre Le Pen en votant Macron, c’est comme si on prescrivait un remède dont on est sûr qu’il achèvera le malade, ou comme si on nommait un pédophile directeur d'école. Une imposture n’en chasse jamais une autre, surtout si elles se renvoient la balle. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que l’antifascisme de Macron n'est que du vent. Macron a besoin de Le Pen pour se faire élire, car il est minoritaire dans le pays. Le Pen a besoin de Macron pour occuper la fonction protestataire que le PS lui a offerte et que Mélenchon a failli lui ravir. Pour lutter contre l'extrême-droite, il faut aussi lutter contre Macron et ceux qui le soutiennent. Et si l’on veut purger la France du nationalisme identitaire, il faudra d’abord tordre le cou à l’oligarchie qui est son tas de fumier.
 
*************************************************************************************
Dans le même ordre d'idée:
 

Pier Paolo Pasolini

" Une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui, ou du moins ce qu'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C'est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation, définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. "

*************************************************************************************

NE NOUS SOUMETTONS PAS !
Henri Pena-Ruiz
Philosophe, écrivain.
Dernier ouvrage paru : Dictionnaire amoureux de la laïcité (Editions Plon)


Selon Montesquieu le propre du despotisme est de gouverner à la peur. Or qui veut nous faire peur aujourd'hui? Ceux qui prétendent que le FN est aux portes du pouvoir alors qu'il sera loin d’avoir la majorité à l'Assemblée Nationale, et par conséquent ne pourra pas gouverner. Les amis de M.Macron, avec sans doute l'appui d'un président qui a trahi les promesses grâce auxquelles il s’est fait élire, mettent en scène leur rêve, en forme de ruse machiavélique. Orchestrer la peur de voir Mme Le Pen gouverner afin de construire pour leur candidat une "majorité présidentielle" écrasante. Et disposer ainsi d’une majorité nette à l’Assemblée nationale pour continuer la politique d'un quinquennat sinistre. C’est typiquement la logique de la cinquième République, hélas aggravée naguère lorsque Monsieur Jospin crut devoir inverser le calendrier électoral. La monarchie présidentielle prenait ainsi davantage encore le pas sur l’élection des représentants du peuple, ligotant celui-ci dans des alternatives mystifiantes. Quant à la lutte contre le FN, certains feraient bien de balayer devant leur porte. Qui donc a cyniquement joué sur un score élevé du FN pour substituer la peur à tout inventaire critique d’une politique de trahison fondée sur une tromperie initiale ?
Sauver la démocratie ? Allons donc ! Monsieur Macron annonce son intention d'aggraver la Loi El Khomri par ordonnances...pendant les vacances d'été, afin d'éviter toute contestation. Jolie façon de réaliser la « démocratie participative » ! Naguère il proposait aux jeunes d’avoir pour seul idéal de devenir milliardaires. Sans doute en exaltant un système « Qui produit la richesse en créant la misère » (Victor Hugo). Belle profession de foi humaniste ! Ouvrons les yeux. Ras-le bol de ce chantage à l'apocalypse pour désespérer encore une peu plus les laissés pour compte du néo-libéralisme et de la « concurrence libre et non faussée". Avant de pleurnicher sur la montée du lepénisme, il serait bon de s'interroger sur ses causes et de proposer une véritable alternative, comme le fait La France Insoumise. Qui vient de faire reculer le score de Marine Le Pen, sinon Jean Luc Mélenchon? Le score du FN est passé de 28 % à 21,5 % tandis que celui du candidat de la France Insoumise a atteint 19,6%. Sa proposition de soumettre toute décision concernant le second tour à une réflexion collective des militants qui l’ont soutenu est toute à son honneur. Elle est en phase avec notre volonté de changer la politique par l’invention d’une sixième République. Elle répond à la complexité d’une situation qui mérite réflexion et délibération, à rebours de toute image d’Epinal. Ceux qui osent traiter Jean Luc Mélenchon de dictateur le calomnient, une fois de plus. Leur rage est d’ailleurs inconséquente. Tantôt ils lui reprochent son autoritarisme vertical, tantôt ils croient devoir s’indigner de sa refondation horizontale de la politique, soucieuse de faire parler le peuple. Il faudrait savoir !
Nous, fossoyeurs de l’Europe ? C’est la façon de construire l’Europe qui en creuse la tombe. Une Europe qui contredit les idéaux de justice qu'elle était censée incarner. Victor Hugo inventa l’expression « Etats-Unis d’Europe », qu’il pensa union des nations sur un mode confédéral. Des nations libres dans une union libre, tournées vers le progrès social et la culture délivrée des inégalités économiques. Il doit se retourner dans sa tombe au regard de la caricature de son idéal par l’Europe actuelle. Une Europe néolibérale voulue par l’homme d’affaires Jean Monnet, attachée à corseter les peuples dans la négation quasi irréversible des conquêtes sociales qui forcèrent le capitalisme à s’humaniser. Qui refuse la régression de civilisation que représente le credo du moins-disant social imposé par l’Europe actuelle ? Qui demande en Europe une harmonisation des droits sociaux par le haut ? La France Insoumise, avec die Linke, Podemos et Syrisa. Monsieur Hollande avait promis de renégocier un traité européen, le TSCG. Il ne l’a pas fait. Et il ose maintenant, avec un ton apocalyptique, reprocher à Jean Luc Mélenchon de vouloir le faire ! Qu’a donné la litanie d’un changement intérieur de l’Europe ? Telle qu’elle a été menée, rien, car elle a sous-estimé l’emprise d’une finance mondialisée et elle a finalement abdiqué devant elle. Le terrible sort réservé au peuple grec en est la preuve. Relisons la mise en garde prémonitoire de Pierre Mendès-France contre cette orientation mortifère pour l’Europe. C’est notre acte d’insoumission qui réconciliera les peuples avec l’Europe, par une refondation politique, écologique et sociale.
Par ailleurs, qui mène la bataille des idées contre le FN en expliquant le rôle des immigrés dans la reconstruction de la France, et en rappelant que les immigrés paient plus de cotisations qu'ils ne touchent de prestations? Qui rejette le nationalisme d'exclusion inspiré par l'opposition du "eux" et du "nous" chère à Carl Schmitt? Qui combat la thèse de Samuel Huntington selon laquelle les civilisations s'opposeraient et se hiérarchiseraient inéluctablement? Qui ouvre la réaffirmation de la souveraineté populaire au niveau national à l’internationalisme, avec la promotion du progrès social pour tous les peuples? La France Insoumise. Et cette orientation n’a rien à voir avec celle du FN et de « préférence nationale » Pour faire reculer les réflexes racistes ou xénophobes, ne nous contentons pas de condamnations moralisantes. Agissons sur les causes et déconstruisons les préjugés obscurantistes. Nous n’avons pas de leçons à recevoir des principaux responsables de la montée du FN ! Trêve de mots pièges et d’amalgames odieux entre les « deux extrêmes ». Un amalgame qui soit dit en passant banalise le FN puisqu’il lui donne le même statut qu’à la France Insoumise !
« Populisme » ! Allons bon, encore un mot magique pour disqualifier sans argumenter ! Le propre du populisme de droite est de flatter le peuple et non de le servir. C’est d’ailleurs le sens littéral du mot démagogie, en grec ancien. Mais si défendre réellement les classes populaires c’est être populiste, alors soyons populistes. Par une telle défense, nous défendons également l’intérêt général. D’où la lutte contre la dévastation des droits sociaux et des acquis du programme du CNR, comme la Sécurité Sociale et les services publics, et le refus de la déconstruction du code du travail à coup de 49-3 et bientôt d’ordonnances. Quant à ceux qui au nom de la rentabilité prétendent ces droits sociaux insupportables pour notre économie, je voudrais qu’ils m’expliquent comment la France des « trente glorieuses » (1945-1975) a pu les supporter alors qu’elle produisait beaucoup moins de richesses que celle d‘aujourd’hui.
Ensemble, en 2012, nous avions chassé la droite. Et pendant 5 ans nous avons eu la droite déguisée en gauche, avec l’exception honorable du Mariage pour tous courageusement promu par Christiane Taubira, réforme sociétale juste, mais qui n’aurait pas dû dispenser de l’attention à la question sociale. Il faut comprendre la désespérance du monde du travail, sans justifier pour autant n’importe quel vote protestataire. Je comprends qu’en l’état actuel des choses on puisse se sentir écartelé entre un vote blanc, improprement appelé « nul », qui marque le dégoût d’une pratique politique désespérante, et un vote Macron, posé un peu vite comme seule alternative à l’extrême droite. Les deux votes sont respectables, et on ne peut en disqualifier un a priori. C’est désormais un troisième tour, celui des Législatives, qui permettra de dresser un véritable barrage contre l’extrême droite, et non un score-fleuve pour Monsieur Macron, adepte du 49-3 et des ordonnances.
Un dernier mot sur l’incroyable faute déontologique et le manque d’esprit laïque du Président de la République. Comment Monsieur Hollande a-t-il considéré les devoirs de sa fonction lorsqu’il a violé la réserve qu’il avait annoncé vouloir respecter, n’étant ni candidat ni chef de parti mais Président de tous les Français? Ses accusations insensées, aux limites de la calomnie, sur la prétendue complicité de Jean Luc Mélenchon avec Assad et Poutine, ou sa propension supposée dictatoriale, ont rompu l’égalité de traitement des candidats alors que la constitution lui faisait un devoir de la respecter. Décidément l’immunité présidentielle, elle aussi, devra être revue par la Sixième République dans le cadre de la moralisation de la vie politique!
Ne nous soumettons pas !!

 

24/04/2017

Elections piège à ?

Un article d' Aude Lancelin :

Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40...

"Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force."

lire l'article

arton31793-c6b07.png

07/03/2017

Vous avez dit démocratie?

Source : Le grand soir

Quand la démocratie dégénère en bouffonnerie

         Bruno GUIGUE

On parle beaucoup des mésaventures de M. et Mme Fillon, mais la crise conjoncturelle gravissime que traverse la droite française, en réalité, révèle surtout la perte de substance démocratique de notre système politique. Ce scandale politico-financier somme toute assez banal (si ce n’est que le principal intéressé est un candidat majeur à l’élection présidentielle) ne nous a pas appris que les élus considéraient les deniers publics comme de l’argent de poche. On le savait déjà. Il n’a pas dévoilé, non plus, l’imbrication suspecte des pouvoirs politique, médiatique, judiciaire et financier. Le phénomène est connu, et aussi ancien que la démocratie formelle, suspendue aux rapports de forces des acteurs sociaux qui se saisissent de ses procédures comme on investit un champ de bataille.

Ce que montre cette crise, c’est l’inanité d’un système où tout est suspendu au sort d’un politicien transformé par les primaires en deus ex machina. Que ce champion s’effondre, et tout est fini. On peut comprendre la colère des électeurs de droite, frustrés d’une représentation digne de ce nom lors d’une compétition majeure. Mais ce danger systémique est la rançon d’un régime qui fait du scrutin présidentiel la clé de voûte des institutions. Si elle lâche, tout s’effondre. Depuis la fondation de la Vème République, la vie politique a été mise en orbite autour de l’élection suprême. La compétition élyséenne en constitue l’alpha et l’oméga. L’instauration du quinquennat a accentué cette tendance, en faisant dépendre l’issue des élections législatives du verdict présidentiel.

Ce dispositif institutionnel taillé sur mesure pour le général de Gaulle fonctionne désormais à rebours de son projet initial. Destiné à souder la nation autour d’un chef élu par le peuple, il dépossède ce dernier en dévitalisant le débat démocratique. Emmanuel Macron est à la fois le théoricien et le bénéficiaire de cette politique de la terre brûlée qui évacue scrupuleusement la politique (au sens noble du terme) du débat électoral. Complètement artificielle, calquée sur les tempos instantanés et les codes débilitants de la télévision, la personnalisation du scrutin relègue les programmes au second plan. Les candidats sont lancés sur le marché comme des savonnettes, la confrontation dégénère en coups tordus, l’obsession du « buzz » supplante le débat d’idées. Le résultat final, c’est qu’on a un cheval de cirque à la place d’un cheval de course.

On pointe à juste titre la vacuité de cette joute électorale, on peste contre la débilité de ce Barnum politicien, mais on oublie généralement de souligner l’américanisation qui en est la cause. Au lieu de confronter des projets incarnés par des forces sociales organisées, la compétition présidentielle met aux prises des compétiteurs sans envergure, des bateleurs rodés à la « com » qui font des moulinets avec leurs bras en débitant des banalités. Si les électeurs sont dépolitisés, inutile de se demander pourquoi ! La crise de la politique est entretenue par le débat politique lui-même, soigneusement vidé de sa substance par les professionnels du décervelage.

Cette dégénérescence de la démocratie en bouffonnerie est d’autant plus nocive qu’elle s’accompagne d’un autre phénomène. C’est l’emprise des milieux financiers sur les médias de masse, phénomène qui semble avoir désormais atteint son maximum historique ! Dans un pays où neuf milliardaires possèdent la quasi-totalité des organes de presse, la délibération démocratique est au mieux une illusion consolatrice, au pire une vaste fumisterie. Naïfs, nous croyons que nous choisissons nos dirigeants et que ce choix est transparent. Mais deux idées fausses ne feront jamais une idée vraie. Et ce qui est sûr, c’est que cette double illusion est indispensable à la perpétuation de l’oligarchie.

La promotion d’Emmanuel Macron sur les décombres d’un fillonisme faisandé illustre à merveille ce poids des structures. La candidature du père Noël des possédants ayant explosé en plein vol, la caste lui a aussitôt trouvé un substitut. L’insoutenable légèreté de ce candidat à programme variable tient lieu de boussole d’une élection dont le résultat est programmé d’avance. La mine réjouie du jeune banquier d’affaires, très fier d’avoir gagné deux millions d’euros en deux mois en montant une OPA pour Nestlé, orne les couvertures des magazines, M. Bourdin lui sert copieusement la soupe sur BFM, et « Le Monde » fait sa campagne grâce aux subventions publiques. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de l’oligarchie. Contrôlant les médias qui formatent l’opinion, elle préside à une foire d’empoigne électorale qui distraira le bon peuple et ne lui réservera aucune mauvaise surprise.

Bruno GUIGUE