Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/12/2016

Contrepoison

Je continue de poster ici quelques articles pour aller contre l'insupportable climat de propagande de la période actuelle.

L'avantage c'est qu'on voit mieux qui est qui, des masques tombent et des voix plus libres et lucides se font entendre.

 

topelement.jpg

Richard Labévière, né à Thonon-les-Bains le 4 mai 1958 (58 ans), est un journaliste et écrivain français qui a été rédacteur en chef à la Télévision suisse romande (TSR) et à Radio France internationale (RFI).

ALEP : SOS PROPAGANDE !     source

En matière de propagande, la libération d’Alep par l’armée nationale syrienne et ses alliés russes, iraniens et libanais, nous fait atteindre des sommets himalayens !

Il y a d’abord eu – mardi dernier (13 décembre 2016) au Conseil de sécurité des Nations unies à New York – un moment grandiose lorsque s’adressant aux représentants de Syrie et de Russie, l’ambassadeur des Etats-Unis – Samantha Power – a osé déclarer le plus sérieusement du monde : « la Syrie, la Russie et l’Iran : trois Etats membres des Nations unies contribuent à mettre la corde au cou des civils. Cela devrait vous faire honte ! Au lieu de ça, cela vous donne visiblement encore plus d’audace : vous préparez votre prochaine attaque. Etes-vous vraiment incapables de remords ? N’y-a-t-il absolument rien qui puisse vous faire honte ? Est-ce qu’il n’y a aucun acte de barbarie contre des civils, aucune exécution d’enfant qui vous atteigne, qui vous glace ne serait-ce qu’un peu ? Est-ce que vous allez mentir sur tout, tout justifier ? »

Effectivement, il fallait oser ! Dans la rubrique spéciale « l’hôpital qui se moque de la charité », cela faisait longtemps qu’on n’avait pas fait aussi fort ! Le grand écrivain libanais Saïd Takeddine fait dire à l’une de ses héroïnes quelque peu désabusée qu’« il n’y a pas plus éloquent qu’une prostituée pour parler de la vertu… » En l’occurrence, c’est même faire injure à cette corporation que de l’associer, même indirectement, aux propos de Madame Power qui n’a pas dû bien saisir toute la portée de ce qu’elle était en train de dire.  

Le million de victimes irakiennes du printemps 2003 fait-il honte à Madame Power (quel nom de famille évocateur, du reste…) ? Les dégâts collatéraux des tirs – quotidiens mais clandestins – des drones américains sur quinze points de la planète font-il honte à Madame Power ? La destruction d’une partie de l’Arctique par les Majors américaines fait-elle honte à Madame Power ? Les dizaines, sinon les centaines de milliers de victimes du Plan Condor (dont les corps d’une majorité d’entre elles n’ont jamais été retrouvés) font-elles honte à Madame Power ?

Durant le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973 au Chili, un ami d’enfance de l’auteur de ces lignes, blessé mais encore vivant, a été emmuré derrière un paravent de briques et de ciment élevé par des maçons assassins encadrés par des fonctionnaires de l’ambassade américaine à Santiago… Rien d’honteux, en effet, dans ces multiples chantiers de terrassements de la liberté et des droits humains, mais une seule efficacité au nom du combat contre les dictatures communistes bien-sûr !

On pourrait poursuivre encore longtemps l’évocation des millions de disparus de ces terribles cortèges et déportations organisés par les administrations américaines successives – républicaines ou démocrates – depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la découverte des camps nazis et les procès de Nuremberg ! Alors, sur le plan de « la honte » Madame Power ferait mieux de se la coincer !

Parallèlement et simultanément, dans le style de Jean-Marie Colombani -« nous sommes tous Américains ! » -, les pages « Débats » du Monde ouvrent leurs colonnes du 15 décembre dernier, à deux personnages hauts en couleurs, sous le titre « SOS Alep ». Le premier est le fiston d’André Glucksmann (l’ex-mao devenu « nouveau philosophe », avant de finir sa vie au fond de la classe de l’école néo-conservatrice américaine), devenu conseiller de différentes officines liées à l’OTAN, en Ukraine, en Géorgie et partout où il s’agit de réveiller l’antisoviétisme primaire reconverti dans la haine de la Russie de Vladimir Poutine. A la ville comme à l’écran habillé par Maman, ce jeune homme est le compagnon de la speakerine Léa Salamé, ce monument de la pensée médiatique qui affirmait dernièrement sans rire à son ami Bernard-Henri Lévy que René Descartes avait été excommunié de l’Eglise à cause de son Discours de la méthode… Une réouverture urgente des Lagarde et Michard s’impose !

Chacun fait, bien évidemment, ce qu’il veut de sa vie privée, mais il est des apparentements du microcosme parisien qui en disent long sur l’idéologie médiatique dominante qui sévit dans notre vieux pays républicain. Depuis quelques décennies, celui-ci génère organiquement de petites coteries monarchiques héréditaires, celles des filles et fils de : Bernard-Henri Lévy déjà cité, Jean-Paul Enthoven, Richard Bohringer, Serge Gainsbourg, Gérard Depardieu, Guy Bedos, etc., etc., etc. Les Héritiers et La Reproduction de Jean-Claude Passeron et Pierre Bourdieu n’ont pas encore dit toutes leurs ruses… Plus que jamais, ces mécanismes de cooptation tribale, sinon mafieuse témoignent d’une exception française pas très glorieuse mais caractéristique du monde merveilleux de nos élites nationales et post-modernes.

L’autre signataire de ce SOS, tout aussi désopilant que « la honte » de Madame Power, est candidat à… l’élection présidentielle française ! Et bien que n’ayant jamais mis les pieds en Syrie et que, visiblement ne connaissant rien, mais alors strictement rien, des complexités de la région dont il prétend parler, ce quasi-inconnu profite honteusement – c’est ici le cas de la dire ! – de la tragédie syrienne pour faire acte de campagne. Il n’est pas très étonnant qu’un rescapé de cette piètre nébuleuse écologique française se retrouve ainsi embarqué dans une campagne de communication au service de l’OTAN.

Sans déconstruire toutes les fadaises des deux compères, on y retrouve bien toutes les grosses ficelles de la propagande transatlantique : « l’éradication de la population de TOUTE une ville » (les quartiers Est d’Alep regroupaient moins d’un tiers de la population de la deuxième ville de Syrie) ; « Alep crève comme Srebrenica et Grozny » ; « le maître du Kremlin assume », etc. Plus cocasse encore lorsqu’on lit qu’« Alep avait fait sa révolution… » Quelle révolution ? Celle de l’imposition de la Charia, des tribunaux islamiques et de la lapidation des femmes rebelles ? Permettons-nous de renvoyer ici à l’article très complet du Monde diplomatique de ce mois de décembre : « Qui sont les rebelles syriens ? » On comprendra mieux les choses… Mais est-bien le but recherché ?

Cet édifiant SOS électoral demande surtout aux électeurs français de juger et de voter, bien-sûr, en réclamant un renforcement des sanctions contre la Russie. Nous y voilà ! Sans un mot sur les guerres « humanitaires » globales de l’Occident – Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Palestine, etc. -, ni la moindre évocation des aveuglements intéressés des diplomaties américaines et françaises notamment, le nouvel ennemi planétaire est clairement désigné : la Russie de Vladimir Poutine. Là encore, les limites de notre papier nous obligent à faire un autre renvoi, en l’occurrence au livre définitif de notre ami Guy Mettan – Russie-Occident, une guerre de mille ans. La russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne – Pourquoi nous aimons tant détester la Russie – paru aux éditions des Syrtes en mai 2015. Le livre en est à sa cinquième réédition.

Enfin, le meilleur est toujours à venir en guise de cerise subliminale : « l’indépendance de l’information ». Avec les deux signataires en question, soyez rassurez braves gens et dormez tranquille : l’OTAN et ce qui reste du parti écologiste de Vincent Placé – qui doit réformer l’Etat avant mai prochain – veillent au grain… Parfait tempo avec une autre campagne planétaire qui cherche à nous convaincre que la Russie de Poutine a fait élire Donald Trump, nos deux compères laissent entendre que les mêmes démons sont certainement responsables du Brexit, de la gamelle de Juppé et de la présence actée du Front national au second tour de la prochaine élection présidentielle française.

La CIA, le FBI et Barack Obama confirment que des plateformes « russes » ont bel et bien pesé sur le scrutin présidentiel américain. A voir… Une chose est confirmée : l’existence de plateformes « Toute la vérité », racontant tout et n’importe quoi d’absolument invérifiable mais empochant au passage un maximum de publicité avant de disparaître dans la nature numérique, celles-ci renvoyant à des hackers basés en Roumanie et en Ukraine… Mais que fait l’OTAN ? Les prédications de George Orwell sont dépassées comme le mur du son, un dépassement annonçant, dans un proche avenir, la criminalisation des journalistes européens – notamment français – qui continueront à collaborer avec des médias comme Radio Sputnik ou Russia Today. On y vient gentiment : vous verrez que nous connaîtrons alors les joyeusetés d’un nouveau maccarthysme qui a déjà commencé à étendre ses tentacules moralisatrices du genre SOS, version OTAN-écologie électorale en déshérence.

Toujours sous la rubrique « propagande-Alep », les enquêteurs de la chaine de télévision libanaise Al-Mayadeen (très sérieux et compétent ceux-là) ont passé les images des blogs, Face-trucs et autre Sweets-Home de la « rébellion » – affirmant rendre compte du martyr d’Alep – au scanner. Ils y ont découvert des images des rues d’Islamabad après l’assassinat de Benazir Bhutto (27 décembre 2007), des scènes d’été à Deir ez-Zor tournées dans des quartiers aux mains de Dae’ch et de vieilles séquences de la place Tahrir du Caire en pleine ébullition égyptienne du printemps 2011…

Enrôlées dans ce drôle de salmigondis bobo-universalo-pantoufles, ces pauvres victimes d’Alep-Est n’en demandaient certainement pas tant. Toujours est-il qu’on se souvient aujourd’hui avec effroi du martyr du village de Maaloula – le terme est ici pleinement approprié – tombé aux mains des islamistes de l’Armée syrienne libre (ASL) et du front Jabhat al-Nosra, le 7 septembre 2013, comme d’autres localités de cette région montagneuse du nord-est de Damas. Les informations et témoignages parvenus au patriarcat maronite de Bkerké (Liban) faisaient alors état de femmes violées des heures durant avant qu’on leur coupe les seins, les mains et les pieds…

Le patriarche Béchara Raï s’empressait de transmettre ces pièces terrifiantes aux services de Laurent Fabius qui n’en n’ont rien fait, considérant que les Chrétiens de Syrie – dans leur majorité – soutenaient le dictateur sanguinaire Bachar al-Assad, d’autant qu’une partie des violeurs « modérés » étaient armés par la France éternelle. A l’époque, la presse parisienne n’avait que faire de ces informations concernant des Chrétiens suspectés de soutenir le « régime de Damas ». Nicolas Truong, le petit censeur des pages « Débats » du Monde préférait s’en tenir aux affirmations mainstream de l’historien auto-proclamé Jean-Pierre Filiu et des « experts » de l’expertise, genre Frédéric Encel, Bruno Tertrais et Agnès Levallois pour lesquels le client est toujours roi.

Enfin, dernière coupure d’électricité au pays des Lumières : le maire de Paris Anne Hidalgo a décidé – le 14 décembre dernier – d’interrompre les illuminations de la Tour Eiffel en guise de solidarité avec Alep. Quelle détermination ! Elle aurait mieux fait de rouvrir les voies sur berge… mais bon, le besoin s’exprime comme il peut disait Jacques Lacan ! Ses Ecrits font toujours autorités pour comprendre les méandres du délire, comme les enseignements lumineux de L’Idéologie allemande de Marx qu’on ferait bien d’enseigner dans les école de journalisme.

On n’en prend pas le chemin au moment où le ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem interdit aux profs d’histoire d’évoquer devant les têtes blondes et crépues, les noms de Clovis, de Charlemagne, de Jeanne d’Arc et de… Rousseau (sic) ; ceux de géographie devant proscrire la « géographie physique » et autres « cartographies techniques » au profit d’un enseignement « thématique » et « problématique ». En installant des claviers d’ordinateurs dès les classes enfantines, on est ainsi assuré de produire des générations de crétins qui auront tout loisirs d’inscrire sur les fesses des « réseaux sociaux » ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas… SOS : « Je ressens donc je suis ! »

Ce pauvre Descartes excommunié, une fois de plus ! Avec ou sans l’aval des Oratoriens ? Nous demanderons à Léa Salamé ! Une chose est sûre : c’est non seulement une certaine idée de la France qui fout le camp, mais aussi une conception certaine du savoir et de l’intelligence qui, sans aucun doute, est en grand péril. Bonnes fêtes de Noël quand même…

Richard Labévière
19 décembre 2016

 

Ajout postérieur:

Par Peter Hitchens pour THE MAIL ON SUNDAY

Publié le 18 décembre 2016

Je suis l’opposé d’un drogué de guerre. Je hais le bruit des feux d’artifice parce qu’ils me rappellent une terrible nuit de janvier 1991 en Lituanie, où j’étais couché dans une neige boueuse pour sauver ma peau des balles soviétiques.

J’étais aussi paralysé par la peur en décembre 1992 dans Mogadiscio sans loi, gouvernée par des gangs, en attendant l’arrivée des marines américains.

A Bucarest en décembre 1989, je rampais sous le lit lorsqu’un tir de balles traçantes sifflèrent devant ma fenêtre d’hôtel, et – parce que mon appel longtemps retardé arriva à ce moment précis – je dictais mon compte rendu des événements à ma femme. Rien d’héroïque en ce qui me concerne, merci.

3b2dcd4b00000578-4044792-image-a-29_1482027497297

Ces derniers jours nous avons été bombardés de compte rendus divers et variés des événements à Alep, écrits ou transmis par des gens depuis Beyrouth ou même depuis Londres, écrit Peter Hitchens.

Je suis allé dans tous ces terribles endroits par accident. Je n’ai jamais souhaité être là. Je fais très attention de ne pas être à nouveau surpris dans de telles situations.

Mais j’en ai appris des choses, principalement que le vieux cliché que la “première victime de la guerre, c’est la vérité” est absolument vrai. Ça devrait être affiché en lettres de feu dans chaque compte rendu télévisuel du conflit comme dans chaque article de journal, pour toujours.

Presque rien ne peut être vérifié. On devient totalement dépendant des gens avec qui on est en relation, et on adopte leur point de vue.

Si l’on trouve un téléphone opérationnel, on se sent autorisé à hurler n’importe quelle information dans le combiné, aussi dépouillée et médiocre que possible. Et votre rédaction se sentira autorisée à la publier à la Une (si vous êtes chanceux).

Et c’est lorsqu’on en est rendu vraiment là que ça devient une sorte d’excuse pour tordre le cou aux règles.

Ces derniers jours, nous avons été bombardés de comptes-rendus de toutes sortes des événements à Alep, écrits ou transmis par des gens depuis Beyrouth (située à 290 km dans un autre pays) ou même depuis Londres (située à 3400 km et dans un autre monde). Il y a eu, nous a-t-on dit, des massacres de femmes et d’enfants, des gens ont été brulés vivants.

Les sources de ces informations sont des soi-disant “activistes”. Qui sont-ils ? Pour ce que j’en sais il n’y avait pas un seul reporter d’aucune agence de presse des pays occidentaux à Alep Est la semaine dernière. Pas un.

Pour la bonne raison qu’ils auraient été kidnappés et probablement assassinés. La zone étaient administrée sans pitié par des sympathisants d’Oussama ben Laden lourdement armés, qui bombardaient l’ouest de la ville avec une artillerie puissante (tuant fréquemment des civils et touchant des hôpitaux, puisque vous le demandez). C’est pourquoi on ne voit jamais de photo d’hommes armés à Alep Est, seulement des photos bien composées de beaux et jeunes hommes désarmés sortant des enfants blessés des gravats, avec juste le bon éclairage.

Les femmes sont également invisibles, séparées et enveloppées de noir, tout comme dans les zones tenues par Daesh, comme on les voit quand ils les laissent sortir.

Pour des raisons que je trouve de plus en plus difficiles à comprendre ou excuser, la plupart des médias anglais font pudiquement référence à eux en tant que “rebelles” (David Cameron les appelaient “des modérés”). Mais s’ils étaient n’importe où ailleurs dans le monde, même à Birmingham ou Belmarsh, ils les appelleraient extrémistes, djihadistes, terroristes et fanatiques. L’un d’entre eux, Abu Sakkar, arracha le cœur d’un ennemi tombé et y mordit à pleines dents, pendant que ses compagnons l’encourageaient. D’ailleurs, c’est un fait contrôlé et vérifié, de visu.

Sakkar l’a confirmé ultérieurement à la BBC, quand les journalistes occidentaux étaient encore en contact avec ces gens, et il y a un film de cela si on veut le voir. Il y a aussi un film d’un groupe de “rebelles” syriens, Nour al-din al Zenki, décapitant un enfant de 12 ans appelé Abdullah Issa. Ils se marraient beaucoup. C’est pour le compte de ces “modérés” que le premier ministre a organisé un débat unilatéral la semaine dernière, et pour leur compte que tant de gens se sont laissés entrainer à l’émotion des soi-disant massacres et des crimes supposés des troupes syriennes et russes, pour lesquelles je n’ai toujours pas vu une seule preuve indépendante et vérifiable.

Lorsque je voyageais beaucoup dans le monde communiste, je haïssais particulièrement le fait que quasiment toutes les annonces officielles fussent des mensonges délibérés, narguant le peuple asservi dans son impuissance à les mettre en doute.

Je passais des heures à manipuler le réglage des ondes et changer l’antenne pour capter BBC World sur mon poste à ondes courtes, la vérité dite par des gentlemen, parce que ça fait du bien à l’âme d’entendre ça. Ces temps-ci les mensonges d’État ont atteint mon propre pays, et la BBC, et je dis la vérité aussi fort que je peux, simplement parce que je n’entends personne d’autre la dire. Si ces mensonges ne sont pas mis en doute, ils deviendront le fondement de quelque chose de très grave encore à venir.

Source : Mail Online, le 18/12/2016

18/12/2016

Caroline Galactéros

 

Polémologue (science de la guerre), spécialiste de géopolitique et d'intelligence stratégique,

elle décrit sans détours mais avec précision les nouvelles lignes de faille qui dessinent le monde d'aujourd'hui.

Colonel de réserve.

 

caroline.jpg

Son blog: Bouger les lignes

 

 

«À Alep, sortons enfin des vues manichéennes»

Entretien avec Alexis Feertchak 16 Décembre 2016

FIGAROVOX. - L'armée syrienne a repris aux rebelles la ville d'Alep, ancienne capitale économique du pays. Comment percevez-vous le traitement médiatique de cette bataille décisive dans le conflit syrien?

Caroline GALACTEROS. - Si vous me pardonnez cette franchise, je le trouve globalement déplorable et surtout dangereux. Par ignorance, goût du sensationnalisme et de la polarisation manichéenne des situations, confiance excessive dans les réseaux sociaux, ou par inclination à relayer la doxa véhiculée par le pouvoir et ses alliés, la plupart des médias se sont engouffrés depuis des mois dans la brèche de la facilité et ont relayé bien des informations parcellaires voire fausses (cf. l'affaire des «Casques Blancs» ou «l'opération OSDH» - source unique elle aussi anglaise, clairement contestable et pourtant devenue la référence depuis cinq ans ). Ils ont en conséquence nourri une interprétation déformée des enjeux et des faits. Bref, l'immense majorité des médias occidentaux s'est fait la caisse de résonnance naïve ou parfois sciemment complice d'une vaste entreprise de désinformation sur la nature des «rebelles», les objectifs réels de la guerre, l'idée même d'une guerre civile ou encore la dimension confessionnelle du conflit de fait secondaire mais montée en épingle, etc...

voir la suite de l'entretien

18/11/2016

"On l'a échappé belle..."

25/02/2016

Un oeil sur la planète...

05/07/2015

Clouscard, rappel...

(Note déja mise en ligne le 1er mai 2013.)

Michel Clouscard est un sociologue et philosophe marxiste, né en 1928 et mort en 2009, dans le Tarn.

capitalisme,libéralisme,libertaires,clouscard,libéralisation,jouir sans entrave

 

Il a notamment forgé le terme et concept de  "Libéral-libertaire" qui apparait vers 1972 et dans son livre "Néofascisme et idéologie du désir".

Libéral et libertaire ne représentent dans cette optique que les deux aspects, recto-verso, d'un même courant, axé sur le désir individuel.

Il a critiqué le mouvement étudiant de mai 1968 en l'analysant comme une contre-révolution libérale se cachant derrière  une poussée (de déconstruction) libertaire.

Une déconstruction de la société d'alors rendue nécessaire pour permettre le passage d'un "système" capitaliste industriel vers un ultralibéralisme débridé à la conquète de nouveaux marchés dans une société de loisir consumériste et permissive.

(permissive pour les consommateurs et répressive pour les petits producteurs)

L'essor d'un tel monde libéral (celui où nous vivons désormais) du libre échange et de la mondialisation ne pouvant se faire qu'au prix de progrès sociétaux, et de libertés individuelles bien spécifiques. (Plus sexuelles et ludiques que politiques.)

Le sociétal remplaçant  et cachant la carence d'une vraie évolution sociale.

La permissivité servant de monnaie d'échange pour déguiser l'oppression économique des classes moyennes et ouvrières en une nouvelle société du "jouir sans entrave".

Ces deux notions  libéral-libertaire  et social-sociétal apparaissent de plus en plus souvent utiles pour décrypter l'actualité, et essayer de comprendre ce qui se cache derrière ce que certains essaient de nous faire prendre pour La réalité, économique et sociale.

 NB: A mettre en relation avec la façon dont l'industrie du tabac a proné dès 1929 l'émancipation des femmes pour s'ouvrir un nouveau marché.      Comment faire fumer les femmes

 

Pour en savoir plus:

 

source

03/01/2015

La société de l'indécence...

Consumérisme dévoyé, obsolescence programmée, marketing amoral, jeunisme, féminisme, famille etc...

Le triomphe des épiciers.

Propos sur le livre " La société de l'indécence", de l'américain Stuart Ewen.

source:

http://www.meridien-zero.com/

 Conseil: pour éviter les pubs de plus en plus insupportables, regardez les vidéos directement sur le site-source, ou ajouter Adblock Edge sur Firefox.


La société de l'indécence partie 1 par cdmanon

 


La société de l'indécence partie 2 par cdmanon

28/11/2014

Henri Guillemin, historien libre et non conformiste...

 

 

hg.jpg

 

Narrateur "passionnant et passionné", cet historien et polémiste né à Macon en 1903 excellait dans l’art de la conférence...

Henri Guillemin est avant tout un spécialiste du XIX ième  siècle, qu'il aborda au départ par la littérature puis par la question sociale.

(Pour lui, l'histoire doit être au service du peuple, non des puissants.)

Sa vision de l'Histoire est parfois anticonformiste et décapante ou iconoclaste , il a d'ailleurs été contesté à plusieurs reprises sur certains points (Jeanne d'Arc, Gide)

Sa particularité est d'avoir  enregistré dès les années  60 et 70 plusieurs vidéo-conférences sur divers thèmes historiques pour la Télévision suisse romande, la Radio suisse romande et Radio-Canada.

Nous avons donc beaucoup de vidéos disponibles sur le site de la TSR (par tranches de 30 minutes environ en plan fixe, "sans autre artifice que son talent de conteur et son érudition"…)

Archives de TSR  (nombreux sujets)

A découvrir absolument...

 

 

La commune de Paris 1871   1/13 (situation)

                       

 

 

                                            La commune de Paris 1871    2/13    ( Thiers )

(encore 11 vidéos sur la commune  à suivre ici)

 

autres thèmes:

 

L'affaire Dreyfus

 

 

 

L'énigme Jeanne d'Arc

 

 

 

 

Confidences...

17/06/2014

Best of...

L'article le plus lu, cité et utilisé de ce blog date déja d'avril 2009 et se compose de 4 pages très documentées sur la sérendipidité.

Probablement ce qu'on peut trouver de plus exhaustif sur ce sujet en français.

Je l'ai ajouté il y a quelque temps dans les pages fixes du site, accessibles par un lien direct dans la colonne de gauche en page d'accueil.

Sérendipité 2/4

etc...

                                                                *****

Voici à nouveau (5 ans après) la première page de présentation:

 

 

Sérendipité  1/4


La sérendipité  est la  démarche ou l'état d'esprit qui consiste à trouver quelque chose d'intéressant de façon imprévue, en cherchant (ou pas) tout autre chose.
Cette approche "heuristique" est, bien sur, éternelle mais le mot lui-même est relativement récent.
Il provient de l'anglais "serendipity" mot créé par Horace Walpole (considéré aujourd'hui comme le précurseur du roman gothique et du conte absurde) en 1754 dans une lettre à son ami Horace Mann.


Il y cite un conte persan, les Trois Princes de Serendip, publié en Italie en 1557.


(Serendip est le nom du Sri Lanka en vieux persan)

BahramGur.jpg


Dans cette histoire  le roi de Serendip envoie ses trois fils à l'étranger parfaire leur éducation.
Ils y connaissent de nombreuses aventures au cours desquelles, ils utilisent des indices infimes grâce auxquels ils reconstituent par déduction des faits dont ils ignoraient tout.
Ils y décrivent par exemple avec précisions un chameau qu'ils n'ont pas vu :
" J'ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j'ai remarqué d'un côté que l'herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l'autre, où il n'avait pas touché ; ce qui m'a fait croire qu'il n'avait qu'un œil, parce que, sans cela, il n'aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise".


Walpole précise dans sa lettre que les jeunes princes font simplement preuve de sagacité, et que leurs découvertes sont purement fortuites.
Ce serait alors une autre version de la démarche déductive que décrit avec fascination Edgar Alan Poe, ou de celle d'un Sherlock Holmes.

Mais ce n'est plus tout à fait le sens qu'on y met aujourd'hui puisqu' on définit la sérendipité comme une découverte, provoquée par une attitude d'esprit, qui consiste à rebondir sur les conséquences imprévues d'une aventure, d'une rencontre, d'une recherche ou d'une expérience.
L'accent s'est donc déplacé de l'aspect déductif d'un raisonnement pointu vers l'aspect d' adaption aux circonstances, tout en revendiquant ces heureux hasards comme favorisés par un état d'esprit, qu'il s'agit d'adopter.
Certains considèrent qu'on ne peut parler de sérendipité que quand on cherchait bien quelque chose au départ, et que l'on reconnaît que ce qu'on a trouvé a plus grande valeur que ce que l'on cherchait.
Sérendipité ne veut pas simplement dire qu'on a de la chance, mais qu'on a également l'intelligence nécessaire pour reconnaître l'intérêt de ce qu'on a trouvé par hasard et pour l'exploiter.


L'homme qui est tourné vers la sérendipité, on le nomme inventeur, aventurier, créateur ou traqueur d'indices.
Il reconnait les anomalies, les incohérences subtiles, les infîmes différences ou les exceptions qui peuvent engendrer du neuf.
Selon un dicton connu, " des milliers de gens avaient déjà vu tomber des pommes avant Isaac Newton et aucun n'en avait imaginé pour autant la gravitation universelle ".
Pour Paul Valéry : " Il fallait être Newton pour apercevoir que la Lune tombe, quand tout
le monde voit bien qu'elle ne tombe pas".

180px-newtonstelescopereplica.jpg

Diverse définitions:
 Daniel B. Klein la définit ainsi:" La sérendipité est une découverte majeure qu'une personne ne recherchait pas, qui modifie sa propre interprétation de ce qu'il était en train de faire, et qui se révèle évidente au découvreur ".
En sociologie, il s'agit de l'observation d'une anomalie stratégique qui n'a pas été anticipée, et qui peut être "à l'origine d'une nouvelle théorie ".
D'après Yves-Michel Marti et Bruno Martinet:" la sérendipité est l'art de trouver la bonne information par
 hasard".


Pasteur:"le hasard favorise l'esprit préparé".


Certains managers parlent de coïncidence, de contingence, d'autres de chance ou de hasard sans oublier la notion de foi.
La nature joue bien souvent son rôle (par l'eau,le feu,la neige,le chaud,le froid).
Dans d'autres cas, la fatigue ou le manque de concentration du découvreur déclenche l'effet de sérendipité.
(Par lapsus, rêve, coïncidence ou acte manqué notamment.)


-L'invention du Nutella, par exemple, est un effet de contingence en deux fois. Une première fois, les noisettes sont substituées au cacao, plus nombreuses dans la région concernée. La deuxième fois, l'inventeur bénéficie de la canicule qui fait fondre sa crème.

serendip,heuristique,zapping,sérendipité


On a beaucoup étudié  la notion de sérendipité dans le management (matérialisme oblige), où le meilleur entrepreneur sera attentif à ce qui lui semble anormal.
Soit, parce que tous les éléments sont présents pour la réussite, mais rien ne fonctionne.
Soit, inversement (on appelle ça l'effet Merton), tout semble a priori concourir vers un échec, pourtant les résultats sont positifs.
Par exemple, un commercial n'a pas le look de l'emploi ou n'est pas à l'heure à ses rendez-vous mais pourtant il fait partie des meilleurs vendeurs. Quel est son truc ?
Toutes ces anomalies et  exceptions lorsqu'elles sont remarquées servent de bases d'inflexion à la réflexion de nouvelles découvertes.
Généralement, les organisations modernes essaient de découvrir ces anomalies ptentiellement fécondes d'inovation.

Par exemple, Arthur Fry de chez 3M s'interroge sur ce qu'il peut faire avec « une-colle-qui-ne-colle-pas », la réponse est le post-it.

serendip,heuristique,zapping,sérendipité

En tant que processus de créativité, dans l'art ou les affaires, la sérendipité s'associe très bien avec d'autres méthodes :

le brainstorming d'Alex Osborn,
la synectique de William Gordon,
la pensée latérale d'Edward de Bono,
la carte mentale de Tony Buzan,
le «circept » ou concept circulaire de Michel Fustier,
les flashs d'intuitions,
les illuminations,
l'analyse,
l'improvisation,
les démarches oniriques,
l'identification,
la relaxation hypnagogique,
la méthode Triz qui propose, par comparaison ou benchmarking, de partir de ce qui a fonctionné ailleurs pour trouver une solution à son propre problème sans oublier les techniques projectives.

Être là au bon endroit (ou la synchronicité, comme la dénomme Carl Gustav Jung) joue aussi favorablement pour la sérendipité.
Comme la sérendipité ne peut pas être planifiée, les entreprises ne peuvent que créer les conditions favorables et vraisemblables à son émergence.
Mais pour les Grecs, ou toute une lignée d'artiste (surréalisme, mouvement Panique, improvisation, free jazz) cet état d'esprit est exactement ce qui définit le travail conscient de l'artiste:
créer le cadre, au travers duquel va jaillir l'inspiration, la création.

Selon les chercheurs Foster et Ford, l'interaction sociale entre des gens de différents types de connaissance peut être aussi bénéfiques. La proximité physique, la création de moments de contacts
entre des personnes aux spécialités différentes et des filtres relais efficaces facilitent les découvertes accidentelles.

Les cadres marketing et commerciaux de la société Colgate Palmolive étaient réunis en séminaire spécial pour savoir comment accroître la vente des tubes de dentifrice. Plusieurs jours passèrent sans que d'idée n'émerge. Puis, un soir, épuisé et désabusé, un responsable demande à la femme de ménage qui passait par là pour nettoyer les bureaux, à une heure où d'habitude plus personne ne la voit, ce qu'elle ferait, elle, à sa place. Et, là un grand tonnerre de sérendipité s'abattit. "Vous n'avez qu'à élargir l'orifice d'ouverture !" Son idée permit de faire croître rapidement les ventes. En effet, les gens, habitués à une certaine pression sur le tube avait gardé leur geste quotidien et consommaient donc plus de dentifrice. CQFD.

 

 Le zapping et surf.
L'utilisation de la technologie, liée à la consommation des médias, est source de sérendipité : télécommande de la télévision, changement au hasard des stations de radio ou parcours de page en page sur internet.

remplacer-sa-telecommande-pour-une-plus-performante-id728.jpg

En 2005, trois chercheurs australiens, LEONG Tuck W, VETERE Frank et HOWARD Steve, ont fait une étude sur l'impact du shuffling, à partir du livre de J. McCarthy et P. Wright (Technology as Experience). Ils mettent en valeur la sérendipité et l'apprentissage qu'ont les individus à interagir avec la technologie.

Certains fabricants comme Apple ont inséré dans leur produit (ipod), un procédé qui choisit au hasard des morceaux de musique sur une liste préétablie (bibliothèque musicale). Selon leur étude, le
shuffling provoque chez les interviewés, l'impression de surprises auditives « comme dans une caverne d'Ali Baba ». Ces expériences ressenties reposent sur des aspects sensuels, émotionnels et d'imagination de dialogue. Ce procédé provoque ainsi plaisirs et dépendances car il met en relation le consommateur avec une découverte non anticipée et infinie.
C'était déja l'effet recherché dans certains jeux comme les cadavres exquis ou l'ouverture de livres au hasard.


L’heure de l'ordinateur et de l’hypertexte...
Avec le développement des Technologies de l'information et de la communication, la sérendipité a pris une dimension toute particulière dans la recherche documentaire actuelle sur ordinateur et particulièrement sur Internet.


Découvertes, inventions et vocations sérendipiennes:
La sérendipité remonte jusqu’à la création de l'humanité. La création du feu est-elle une découverte sérendipitienne ?

homme-decouvrant-le-feu.jpg


Les témoignages ou les documents nous manquent pour l'attester. Mais, on suppose que oui, soit par l'observation de la foudre ou de l'entrechoquement de deux silex. Le pain et le vin (vinaigre de xérès, vin de madère) sont aussi caution à l'interrogation de découvertes sérendipiteuses. Sur tous les continents, le phénomène de la sérendipité est présent.

Elle s'immisce là où on ne l'attend pas.

 

suite: Sérendipité2/4

...