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09/01/2019

Les limites de l'intelligence

Un philosophe de plateau sur Cnews ose dire  sur un ton posé qu'il comprend "la violence" des manifestants et cela scandalise les invités.

La présentatrice semble effarée, elle n'avait pas envisagé cette possibilité,

cela dépasse ses limites, c'est en dehors de son catéchisme. ("Mais je ne peux pas vous laissez ...")

D'autres aussi semblent dans la stupeur, tremblants , pétrifiés, affolés.

"C'est compréhensible, de quoi?"

Ils vivent dans quel monde abstrait?  Vont-ils se réveiller un jour?

<<Tout est relatif, par ailleurs.On ne parlait pas ici de terrorisme ou d'armes. Et certaines manifestations précédentes furent beaucoup plus violentes.Avec trois fois plus de blessés chez les manifestants que parmi les policiers.Au départ, il ne s'agit cette fois que de la "violence" , filmée puis montée en épingle, d'un homme non cagoulé à mains nues face à un CRS en armure de kevlar avec casque et bouclier. Puis une porte enfoncée... Pas de morts. >>

Il suffit d'ailleurs  de surfer un peu sur le Net pour comprendre qu'une grande partie des manifestants grandement pacifiques , à force de supporter la répression très violente , et ce au bout de 8 semaines sans résultats probants, non seulement  comprennent mais excusent que certains (infime minorité au demeurant) y réagissent en retour.

On dirait même parfois que tout est fait pour ça. Les membres du gouvernement jettent ouvertement de l'huile sur le feu, sans vergogne.

C'est ne pas comprendre cette violence réactive suscitée et voulue (en grande partie) qui me parait, personnellement, très inquiètant.

Tous les journalistes qui n'expliquent pas cela sont complices de ces dérives.Ne veulent-ils pas le voir? Regardent-ils ailleurs?

Il n'y a pas de légitime défense face à un policier qui vous agresse et donc, quand certains éléments des forces de l'ordre, épuisés, mal formés, ou trop zélés débordent la légalité (plus de 50 enquêtes de l'IGPN en cours) vous êtes condamnés à subir, ce que les dirigeants politiques ont sciemment cherché , de par leurs ordres et provocations verbales. C'est grave! Les Griveaux, Darmanin, Schiappa, Castaner, Macron et autres se cachent derrière ces policiers mais ce sont eux qui ont du sang (yeux crevés, mains arrachées, nombreuses blessures) sur les mains. Précisément au 15 Décembre: 6 morts (accidentels) et 1 052 blessés parmi les manifestants, 245 du côté des forces de l’ordre, plus 3 326 arrestations et 2 607 placements en garde à vue.

Soit 4 manifestants blessés pour un policer blessé jusqu'au 15 Décembre.

Ce coefficient est d'ailleurs inhabituel et révélateur.

Cela ne semble pas effleurer leur conscience, ils continuent de fanfaronner, fustiger et mépriser.

L'incident du boxeur ...

>>>>Ce boxeur gitan aux poings nus a soulevé la réprobation ulcérée automatique d'une bonne partie des commentateurs  (politiques et médias en tous cas) mais , pour d'autres, il  a vite incarné symboliquement la résistance du peuple à l'oppression.Car ce garçon a bon coeur, on le devine, et son entraîneur n'en dit que du bien (ici). Loin d'être une racaille c'est un gilet jaune du premier jour, tranquille et apprécié, qui cette fois a pété un plomb devant un gendarme mobile trop zélé. Frapper un homme à terre ce n'est pas bien, évidemment. Mais on le voit aussi ensuite sur une autre vidéo (ici) faciliter le départ des 6 gendarmes mobiles encerclés par la foule (donc parler de lynchage est abusif).

Son avancée en force face aux boucliers en recul  a fait le buzz. Il s'est rendu de lui-même après avoir reconnu avoir mal réagi face aux gaz et au matraquage d'une femme à terre (voir le témoignage de cette femme ).Le gendarme mobile concerné a témoigné qu'il avait été tiré par derrière, projeté à terre et roué de coups de pieds (voir le témoignage de ce policier). C'est juste, mais il oublie de dire qu'il était alors lui-même en train de matraquer cette femme à terre (la vidéo qui le montre) et il parle de bombes agricoles et pierres lancées, ce qui semble faux (voir ici). Il ajoute "C'était taper pour faire mal, voire pour tuer". Faire mal , c'est sur, mais tuer non... (car cela s'est terminé ainsi). On voit en revanche des grenades lacrymo lancées en l'air dans la foule.

Avant de juger et de condamner  à partir  d' une  ou deux séquences, en boucles,  une enquête s'imposait.Mais peu de journalistes ont cherché la vérité.Les journalistes en place critiquent beaucoup les LIVE sur le Net, car ils seraient "comme des caméras de surveillance sans explications", sans contextualisation, sans commentaires et donc trompeurs.Quelle ironie! Je crois que ceux-là avouent ingénument que leur rôle est de manipuler l'opinion en nous imposant leur interprétation.S'il est vrai qu'une seule vidéo tronquée peut induire en erreur, avec la multiplication des smartphones et des LIVE, on trouve désormais suffisamment de séquences pour avoir une vue complète d'un incident dans ce genre d'actualités de foule avec des dizaines de témoins.

Cagnotte incroyable en quelques heures pour la famille de ce boxeur, père de 3 jeunes enfants (car les gens se doutent qu'il va prendre cher, pour l' exemple). Certes il a donné des coups de pied à un gendarme mobile  à terre (en casque et armure), ça c'est beaucoup moins glorieux pour un boxeur , c'est surtout cela que l'on peut lui reprocher, car franchement pour le reste, frapper à mains nues un bouclier ou un casque, faut arrêter d'en faire des tonnes. Regardez plutôt les mains arrachées et les yeux crevés.C'est un peu, deux poids deux mesures. La violence légitime de l'Etat a bon dos, quand il ne s'agit pas de casseurs récidivistes mais de manifestants pacifiques délibérément poussés à bout.

En ne retenant que les incidents les plus spectaculaires (qu'ils provoquent * en grande partie par les ordres donnés : gaz lacrymogènes souvent injustifiés, gardes à vue préventives ou en plein air, donc abusives, parcage, séparation des cortèges, interdiction d'accès au parcours annoncé), les autorités par le biais des médias (montant en épingles ces incidents ponctuels et peu représentatifs) , semblent chercher:

faire régner la peur et dégouter les manifestants pour qu'ils ne reviennent pas (et cela fonctionne en partie bien évidemment).

radicaliser le mouvement et donc le diviser entre radicaux et modérés. Cela fonctionne aussi en partie  mais c'est à double tranchant. Car les deux tendances peuvent continuer à coexister tout en agglomérant chacune de nouveaux groupes, pour le moment en réserve.  Syndiqués, paysans,routiers, banlieues, lycéens, étudiants, gitans, selon les cas...  (Le printemps arrivera très vite et la convergence des luttes est en train de se mettre en place un peu partout, avec étudiants et syndicats notamment.)

éviter un rapprochement gilets jaunes-policiers , ces derniers étant leur seul rempart. D'un coté, ils ont répondu dans l'urgence de mi-Décembre à leurs revendications et de l'autre, ils font en sorte qu'ils soient détestés par les manifestants (stratégie de maintien dénoncée explicitement par certains syndicats de police et en coulisse par certains gradés). C'est assez pervers et dangereux.

Une bavure est possible et comme tout est filmé désormais...

(à suivre donc!)

 * provoqués indirectement certes mais c'est d'autant plus lâche de faire porter la responsabilité sur des policiers fatigués , surexploités, instrumentalisés et à bout, qui peuvent aussi de leur coté péter un plomb, on peut le comprendre. Bref les vrais responsables ne risquent pas directement d'être mis en cause. En tous cas, pas pour le moment.Mais tout peut évoluer très vite.

 Ce même philosophe (Vincent Cespedes) finit par sortir son argument choc en citant à très juste titre l'abbé Pierre, incontournable sur le sujet violence sociale.

Que rétorquer à cela en effet? La vérité nue est imparable.

Rappel  de son discours de 2007 (très actuel):

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure « Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix ! », je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous !

Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir.

Mais nous ne trompons pas, il n’y a pas de violence qu’avec des armes, il y a des situations de violences.

Il y a tel et tel peuple du monde que je connais très bien, où j’ai été tant de fois et où il n’y a plus aucune espérance pour la foule des plus petits. Aucune espérance d’apprendre à vivre. Et j’avais crié, vous les riches – il y a des riches qui sont honnêtement riches – vous avez le devoir de dépenser.

Ceux qui stockeraient dans des coffres de banque de l’or, des bijoux, qui les accumuleraient comme un trésor. Car la fortune dans les temps d’épreuve doit être partagée, venant au secours en créant des entreprises viables pour donner de l’emploi et du salaire. »

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